‹ Lettres de M. OlierChapitre 84 sur 226 · A UNE PERSONNE DE PIÉTÉ · texte numérisé non relu

A UNE PERSONNE DE PIÉTÉ

11 lui donne quelques avis très utiles pour marcher en sûreté sous la conduite d’un directeur.

|8 janvier 16il (4).]

Ma très chère fille,

Notre-Seigneur vous soit toutes choses. Après avoir différé longtemps à vous écrire, je vous dirai que vous ne devez point vous mettre tant en peine pour votre directeur. C’est un abus qui fait grand tort à la plupart des esprits qui se veulent mettre dans la dévotion, que d établir leur confiance sur les hommes. Souvent parce

(1) La plupart de ces noms sont déjà connus nar ce uni a été au

ues unecieurs.

(4) Le P. de Condren mourut le 7 janvier 1 plut hier à Dieu de lui retirer son directeur lettre.

janvier 1641. M. 01ier,en disant «qu’il ^recteur », donne la date précise de sa

qu’on s’y attache trop, on se voit privé des véritables lumières qui seraient nécessaires; et Notre-Seigneur les retire même aux directeurs, parce qu’il est jaloux d’être connu pour le grand directeur de l’Église, et de tous ses enfants.

J’ai moi-même connu par expérience le tort que m’a fait l’attache et la trop grande confiance que j’avais au mien, qu’il plut hier à Dieu de me retirer. J’apprends tous les jours combien Notre-Seigneur est jaloux qu’on s’abandonne à lui, que l’on s’adresse à lui, et que quand on consulte les hommes, ce soit lui qu’on aille chercher en eux. Il veut que souvent on lui renouvelle la protestation que ce n’est pas des créatures, mais de lui par leur bouche, qu’on désire d’être instruit et dirigé, ayant grande confiance en sa bonté qu’il nous éclairera et conduira par leur moyen . Mais il faut surtout prendre bien garde de ne point biaiser, ou gauchir en rien ; de ne point pallier nos fautes ; de les leur découvrir nettement comme à Notre-Seigneur même, sans craindre qu’on les connaisse, et que l’on aperçoive le bien ou le mal de notre conscience. Car allant avec, ces dispositions trouver un Directeur, ou plutôt cherchant Notre-Seigneur en lui, en humilité, simplicité, et confiance, on ne pourra manquer.

C’est pourquoi priez Notre-Seigneur qu’il vous fasse découvrir quelqu’un qui vous assiste de sa part à vous sauver. Enquêtez-vous même de vos bons amis, s’ils n’en connaissent point qui pussent vous rendre ce bon office; mais en attendant, tenez- vous fort en paix et demeurez tranquille. Si vous aviez vécu dans ces dispositions, vous n’auriez pas tant perdu de temps, vous n’auriez pas tant brouillé votre conscience et vous auriez été autant agréable à Notre-Seigneur, que vous

lui avez pu déplaire. Une chose vous excuse, c’est le défaut de lumière; je le vois bien. Mais on n’est pas éclairé tout d’un coup. Il faut que l’expérience et la croix nous ouvrent les yeux de jour en jour. Prions Notre-Seigneur qu’il nous illumine, afin de ne plus biaiser, ni nous fourvoyer dans sa voie. Liez-vous uniquement à lui, puisqu’il est votre Tout.

Page 1