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LETTRE LIX

XI lui parle île la mort ilu P. île Contlren et de la soumission amoureuse à la volonté de Dieu avec laquelle il accepte cette privation.

Il l'instruit ensuite de ce qu’elle doit faire après ses fautes.

[Saint-Maur des Fossés, vers la mi-janvier 1641 (2).]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille,

Je ne vous ai point vue dans votre lettre : cVoù vient cela? Je vous prie m’en mander pleinement et succinctement le sujet, dont je ne me puis ressouvenir aux termes de la vôtre.

Hé bien, ma chère fille, s’il fallait pour les accidents se troubler, nous n’aurions jamais de paix. Je vous ferai part de celui qui m’est arrivé. C’est que mon Père maître m’est ôté et ravi d’entre les mains par l’ordre de la divine volonté, notre chère maîtresse tant en la soustraction que dedans l’abondance, autant dedans

(1) Sur l’autographe : il était reproduit presque en entier danslaCLXI® des imprimées.

(2) M. Olier parlant de la mort du P. de Condren comme d’une chose récente, cela donne la date approximative de sa lettre et le lieu d’où elle fut écrite. Le serviteur de Dieu ne quitta Saint-Maur des Fossés qu’à la Septuagésime, qui, en 1641, tombait le 27 janvier.

les sécheresses que dans les communications les plus douces. Eh bien., ma très chère fille, c’est une personne qui m’aidait beaucoup pour me porter à Dieu, qui est ce que je chéris et désire le plus; c’est celui qui m’a tant encouragé à vous servir en particulier, qui m’a recommandé la maison de la Régripière, qui m’a fait séjourner ici, selon la volonté divine, je ne sais par quelle providence; enfin c’est lui lequel m’a tant dit de bonnes et saintes choses. Eh bien, ma sœur, la volonté de Dieu vaut-elle pas celles de l’homme, qui n’a de piété que par la sainteté de cette divine volonté? ne saura-t-elle pas suppléer à ce qu’elle nous ôte? ferat-elle pas bien par elle-même ce qu’elle faisait par autrui? Très chère fille, adorons la volonté de Jésus : adorons ce cher maître, lequel permet tous les rencontres les plus épineux, pour notre sanctification. Il permet nos chutes pour nous rendre plus humbles et plus soigneux de lui plaire et d’éviter les moindres occasions qui lui pourraient déplaire.

Ma chère fille, après avoir demandé pardon à Dieu par votre bon Jésus, et à lui-même, puisqu’il est Dieu, vous devez considérer vos faiblesses et vos infirmités qui vous font choir, et vous réjouir en cette vue (1) . Car le péché a deux regards. L’un d’être opposé à Dieu, et ainsi la contrition et la douleur doit suivre le péché, et puis se détourner de cette vue, car ce serait douter de la miséricorde de Dieu, lequel promet pardon à la

(i) Saint François de Sales parlait dans le même sens et presque dans les mêmes termes à sa Philothée : « Si je me suis déréglé, dit-il, par colère ou par dissolution, à dire des paroles indécentes et desquelles Dieu et le prochain est offensé, je me repentirai vivement et serai extrêmement marri de l'offense, laquelle je m’essayerai de réparer le mieux qu’il me sera possible ; mais je ne laisserai pas d’agréer l’abjection et le mépris qui m’en arrive. « (Introduction, part. III, ch. vi.)

LETTRES DE M. OLIEIL

douleur du péché. Le second regard du péché est de le voir comme la plus basse chose du monde et qui rend les créatures les plus viles, les plus abjectes et les plus misérables du monde. Et selon cette considération, il faut se réjouir dans la vue de cette chute et de cette faute. C’est là où vous devez purger votre amour-propre, exercer l’humilité, anéantir votre orgueil, vous nourrir dans votre abjection, et par là trouver les remèdes contre la source de la faute et des maux à venir.

La troisième choseque vous avez à faire, c’est de vous unir à votre Époux plus étroitement que jamais, afin de faire vos actions plus fermement et purement au double qu’auparavant pour réparer le péché. Ma pauvre fille, vivez en paix, ne vous découragez pas, mais au contraire prenez occasion de votre disgrâce de vous perfectionner. Changez cette affliction en moyen, cet éloignement en union : c’est le dessein de Jésus en 1 amour duquel je suis de toute ma volonté, ma pauvre fille, tout vôtre.

Olier.

Faites-moi bientôt savoir de vos nouvelles, car je suis en peine. Pratiquez ce que je vous mande, vous en serez aidée.

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