‹ Lettres de M. OlierChapitre 86 sur 226 · LETTRE LX · texte numérisé non relu

LETTRE LX

A LA MÊME RELIGIEUSE (2)

Il l'exhorte à se laisser remplir du pur amour de Jésus-Christ sans s’attacher à ses faveurs sensibles.

[23 mars 1641 (3).]

Qui a Jésus a tout! Hé, plût à Dieu que vous en fus- (1, 2 et 3) C’est la CLXlPdes imprimées.

— Dans la lettre précédente, M. Olier avait dit à la sœur de Vauldray

siez toute pleine, ma très chère fille. Je ne vous désire que cela. Car c’est en lui que vous trouverez tous les trésors de la sagesse et de la science qui peuvent vous rendre agréable à Dieu. Ne faites donc autre chose que de tendre sans cesse à ce bonheur, et vous présenter à lui pour recevoir ce divin amour, et ce cher Epoux de votre âme. 11 vient en ce jour et descend des cieux pour l’épouser. Tenez-la toute prête; et qu il trouve votre lampe allumée en vos mains, c’est-à-dire, 1 amour ardent en votre cœur, qui vous porte à tout faire et à tout souffrir pour Dieu. Ne soyez pas du nombre de ces folles vierges, qui, pour s’être écartées de lui pour un instant, et ne s’être pas toujours tenues prêtes, le perdirent, et ne furent point admises à ses noces. Soyez le plus souvent que vous pourrez en attention à ce divin Verbe, lui présentant votre âme continuellement ardente de son amour. Il est si beau qu’il ravit même son Père : il peut bien faire le même effet sur vous.

Si je vous ai mandé que je ne vous voyais pas dans votre lettre, ce n’est pas que je ne visse à plein et nettement votre état : mais je n’y voyais pas vos dispositions communes, et les traits ordinaires de votre âme, qui était un peu brouillée par l’amour-propre. Car si vous y prenez garde, ces troubles naissent non du seul

qu’il ne l’avait pas vue clans sa lettre; le mot rappelé clans celle-ci montre bien qu’elle est adressée à la même personne et vers le même temps.

— La date précise est donnée par cette phrase : « 11 (le Verbe) vient en ce jour et descend des cieux pour épouser votre âme. « Quant au lieu d’où elle fut écrite, il est indiqué approximativement par un passage des Mémoires où M. Olier dit que vers la mi-avril 1641, et après une mission il alla à pied en pèlerinage à Notre-Dame cle Chartres avec les autres missionnaires. Ce pouvait être Illiers, où ils firent la mission celte année-là et qui est à cinq lieues de Chartres. Ils donnèrent aussi des missions au Loreau, à Épernon et dans les environs.

déplaisir d’avoir offensé Dieu, mais de certaines réflexions que vous faites sur vous; comme de n’étre pas si parfaite que vous pensiez, de ce qu’on dira de vous, de ce que vous avez peu avancé : ce qui fait peine à votre orgueil, qui ne peut aussi souffrir la laideur qui se rencontre dans ses imperfections. Peutêtre même que vous étant trop attachée aux goûts et aux consolations, et vous étant rendue trop dépendante de ces grâces sensibles, quand Notre-Seigneur vous en prive par punition, et qu’il les retire, votre âme, accoutumée à le servir avec ces secours, s’inquiète, se trouble, s embarrasse, fait mille réflexions : et voilà l’état de notre pauvre Marthe.

Apprenez, ma chere fille, à ne plus faire désormais toutes ces réflexions, pour envisager seulement vos fautes par l’opposition qu’elles ont à Dieu, et pour ne '' ous en attrister que dans cette vue. Car alors vous n’en serez pas longtemps troublée ni abattue, mais au contraire vous y trouverez la consolation.

Rendez-vous aussi peu à peu indépendante de ces douceurs et de ces faveurs sensibles que Dieu donne quand il lui plaît, mais desquelles il ne faut jamais dépendre. Il faut l’aimer et le servir sans attache à ces choses, et ne lui être pas moins fidèle quand il nous en prive, que quand il nous les donne. Ces secours sont des secours que l’on peut dire même être comme étrangers à 1 amour de Dieu, puisque l’amour en luimême et en sa pureté, comme il est en Dieu et dans les âmes parfaites, n’est pas sensible.

Ce n est pas, ma chère fille, que je veuille que vous ne vous serviez point du tout de tous ces aides flatteurs que Dieu donne à votre infirmité : car vous en avez besoin. Mais j’entends seulement qu’il faut vous en ren-

cire indépendante; en sorte que quand vous en serez privée, vous ne laissiez pas de continuer vos devoirs et vos exercices, par la conduite et la lumière pure de la foi. C’est la petite leçon que je vous donne et que je vous conjure de retenir.

Gardez ce mot pour le relire de temps en temps, et le mettez à part. Car vous en pourrez avoir besoin, ou pour vous, ou pour consoler vos amies, à qui il pourra être utile dans les sécheresses.

Adieu. Priez pour ce pauvre infidèle qui ne demande qu’amour. Aimez bien Jésus. Anathème sur tous ceux qui n’aimeront pas Notre-Seigneur Jésus-Christ.

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