CHAPITRE VII
SA SECONDE MISSION EN AUVERGNE, OÙ IL SOUFFRE DE GRANDES CROIX, SUIVIES DE GRANDES BÉNÉDICTIONS.
Sitôt qu il eut la liberté du retourner en Auvergne , il se prépara pour une seconde mission qu’il voulait
faire en ce pays-là; n’ayant point trouvé d’ouverture pour aller prêcher l’Évangile en la nouvelle France. Il fit pour cela l’exercice des dix jours dans une maison de campagne, vers le mois d’avril de l’année 1636. Pendant sa retraite, il reçut des grâces considérables. Notre-Seigneur lui fit connaître qu’il se voulait servir de lui dans la prédication , il le délivra pour cet effet d’une faiblesse de poitrine qui, selon l’avis des médecins, ne lui permettait tout au plus, que de faire quelque petites exhortations familières : et il fut si parfaitement guéri de cette infirmité, que depuis il prêchait deux fois le jour pendant des mois entiers dans les plus grands auditoires.
Cette faveur fut accompagnée d’un autre don : car l’esprit de Dieu se communiquait à lui avec une telle plénitude, que depuis ce temps-là il n’eut presque besoin d’aucune autre préparation pour ses prédications, que de la prière. Il faisait pendant quelque temps oraison devant le très saint Sacrement, et ensuite il disait des choses si touchantes, que les auditeurs fondaient en larmes, qui étaient suivies des fruits cl’une véritable pénitence.
Après cette retraite il partit de Paris avec une troupe d’ecclésiastiques de qualité et de grande vertu , qui pendant dix-huit mois firent des missions dans tous les quartiers de l’Auvergne et du Vélay. M. Olier n’y contribua pas moins de sa personne et de ses biens que la première fois, mais avec cette différence qu’il eut pendant tout ce temps-là des croix très pesantes à porter.
Premièrement il fut traversé dans tous ses desseins par quelques usurpateurs du bien de son abbaye, qui, ne pouvant souffrir qu’il leur résistât, soulevaient une infinité de personnes contre lui. D’ailleurs personne
n’osait prendre son parti ni lui donner conseil, voyant qu’il avait à faire à des gens dont le pouvoir était redoutable.
En second lieu il fut travaillé de peines intérieures qui étaient si grandes, que toutes les persécutions du dehors étaient peu de chose en comparaison des angoisses de son âme. Ces peines avaient déjà commencé au sujet d’une infidélité qu’il croyait avoir commise, laissant échapper l’occasion d’aller faire une mission dans les Cévennes. Cette infidélité lui parut si considérable, qu’il ne cessa point pendant l’espace de trois ans de gémir devant Dieu, et de lui demander avec larmes qu’il voulût réparer par sa puissance infinie le tort que ces pauvres âmes souffraient par ses infidélités. Mais Dieu, pour le purifier davantage, ne faisait point paraître qu’il exauçât une prière si assidue et si fervente; il traitait au contraire cette âme affligée avec une extrême rigueur. 11 laissait son pauvre serviteur dans des obscurités et des aridités si grandes qu’il semblait que tout fût perdu pour lui. Ainsi pendant tout le temps de cette mission, M. Olier n’avait des consolations et des grâces sensibles que très rarement : il ne servait son Dieu qu’en crainte et sécheresse, et il ne se soutenait que par la pureté de la foi.
Ces croix portées avec une parfaite résignation attirèrent tant de bénédictions sur les travaux de notre missionnaire, qu’il avouait depuis, qu’il n’en avait jamais vu de telles dans toutes les autres missions où il s’est employé : et néanmoins elles étaient toutes communément suivies de tant de fruit, que M. Vincent lui dit un jour : Je ne sais, Monsieur, comment vous faites, mais la bénédiction vous suit partout où vous allez.
Il passa dix-huit mois dans ces provinces, pendant lesquels il courut tous les cantons des diocèses de Clermont, de Saint-Flour et du Puy. Le clergé et les peuples prirent une tout autre face , et l’on voyait les chanoines, les prieurs et les curés travailler avec une sainte émulation à instruire les peuples, à entendre les confessions générales des paysans, à donner les exercices spirituels aux prêtres, et à visiter les hôpitaux. Tous faisaient gloire de servir Dieu dans les peuples : il n’y avait personne qui ne fût ravi de voir la modestie et la piété avec laquelle l’office divin était célébré dans les églises depuis le temps de la mission, et l’on conçut dans ces pays tant de vénération pour M. Olier, qu’un chapitre députa en cour pour demander au roi qu’il plût à Sa Majesté de le nommer pour leur évêque (1). Ceux mêmes qui l’avaient persécuté reconnurent leurs fautes et le vinrent saluer lui amenant leurs familles pour recevoir sa bénédiction.