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LETTRE LXV

A LA MÈRE DE BRESSAND

Il lui parle de l’Humilité du grand saint Martin, et souhaite que cette vertu règne partout. Il rend compte de son voyage et des consolations qu’il y a reçues (2).

[18 novembre 1G41.]

Qui a Jésus a tout.

Ma très honorée Mère,

Enfin la bonté de notre Maître m’a rendu à Chartres, m’étant trouvé à Tours pour passer la fête de Saint-Martin, où j’eus grande consolation de voir les honneurs et la magnificence que l’on rendait à un petit homme de néant, un homme vil et abject aux yeux de tout le monde et à soi-même, pendant les

arrivés. ( Vie de M. Olier , t. I, p. 316.) M. Olier, quelques jours avant d’écrire à la sœur de Vauldray, avait quitté Chartres et s’était rendu à Paris pour les affaires de son abbaye.

(1) Sur l’autographe.

(2) M. Olier passa un mois dans son second voyage de la Régripière, de Clisson et de Nantes. En revenant, il célébra à Tours la fête de Saint- Martin, pour lequel il avait une particulière dévotion. (Vie de M. Olier , t. I, p. 321-325.)

jours de son infirmité. Bon Dieu! ma Mère, que l’humilité est magnifiquement exaltée et rehaussée! Oh! qu’il y a plaisir d’avoir l’esprit chrétien, l’esprit de petitesse et d’anéantissement ! Oh ! le grand trésor et que plût à ce bon Maître le répandre dans l’esprit de toutes nos filles de Nantes et de la Régripière ! Qu’elles seraient un jour grandes, élevées en gloire et en majesté! Je prie ce doux Jésus, ce divin Maître, qu’il le fasse aux dépens de quoi que ce puisse être.

Je vous dirai qu’outre cette joie j’eus encore le bonheur d’entretenir à loisir le R. P. Marcellin de sa bonne fille sainte (1) et lui en rendis compte; mais, par-dessus ce bien, le jour que je partis, la bonté de notre Maître, laquelle n’a point de bornes pour ses pauvres abandonnés, me fit faire rencontre d’un grand et sien serviteur, auquel je me réconciliai. Je le trouvai si admirablement illuminé et notre bon Maître me donna pour lui tant d’ouverture, qu’en un instant je lui découvris tout mon état, qui me remplit tellement de joie et de consolations que j’en eus pour jusqu’à Chartres. Il m’approuva et m’expliqua ma voie et m’encouragea si bien dans ma conduite que, depuis ce temps-là, je ne doute de rien et vois nettement comme je me dois tenir auprès de notre bon Maître; ce qui m’avance bien et raccourcira bien le chemin, si sa bonté ne permet point que je le délaisse, dont je n ai point d’envie ; millions de morts plutôt.

Au reste, j’oubliais de vous dire comme j’ai vu M. de Vaux, à Angers, qui me parait bien bon ser-

(1) On ne peut dire ce qu’était le R. P. Marcellin de Tours, ni ce que signifient ces mots : sa bonne fille sainte. Il n’en est parlé nulle part ailleurs non plus que du serviteur de Dieu qui, à Tours, encouragea M. Olier dans sa voie toujours un peu pénible.

viteur de Dieu (1). Ce qu’il m’a dit de notre sœur de Vauldray et aussi le P. Marcellin m’oblige bien particulièrement d’en prendre soin. Je suis plus coupable qu’elle, à ce que m’a dit le petit Père. Je m’en vais lui écrire une bonne lettre, s’il plaît à Notre-Seigneur, pour commencer à l’instruire du christianisme et de la voie où je la désire en Notre-Seigneur. Faites-lalui tenir. Je ne la quitterai plus, s’il plaît à Notre- Seigneur, vous priant de l’assister aussi de votre part comme vous avez fait jusqu’à présent. Je recommande à vos prières et à celles de vos bonnes filles une affaire de très grande conséquence de notre petite communauté (2), qui suis de tout mon cœur, ma très honorée Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.

Olier.

A Chartres, ce 18, d’où je pars pour Paris, pour être de retour à la fin du mois.

Ma Mère, je vous envoie la lettre ouverte que j’envoie à ma sœur de Yauldray, croyant que vous serez bien aise de la voir (3).

(1) M. Guy Lanier, abbé de Vaux en Saintonge, fut l’un des ecclésiastiques de son siècle les plus recommandables, par la sainteté de sa vie et par son zèle pour la réforme du clergé. Grandet, qui a écrit une notice sur lui , nous apprend qu’il établit à Angers des conférences sur le modèle de celles de Saint-Lazare. « M. Vincent et M. Olier, ajoute-t-il, l’honorèrent de leur estime et il eut la joie de recevoir, à Angers, ces deux grands hommes dans sa maison. » ( Vie de M. Olier, 1. 1, p. 325.)

(2) La fin de la lettre suivante donne clairement l’explication de ce que M. Olier entendait par cette affaire de grande conséquence pour la petite communauté de Chartres. L insuccès de l’entreprise du séminaire faisait que quelques-uns étaient d’avis d’y renoncer tout à fait pour reprendre les missions. De là le petit dissentiment qui menace d’éloigner un sujet de la Compagnie.

(3) Si cette lettre a été conservée, elle doit se trouver parmi les impri*

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