PROBABLEMENT A LA MÊME
Il lui donne quelques avis pour l’aider à travailler plus efficacement
à sa perfection.
[Vers le même temps (3).]
Je crois vous devoir avertir que vous preniez bien garde à ne pas travailler jusqu’au bout de vos forces. Il ne faut pas suivre le zèle indiscret et cette ferveur, qui se donne, comme dit saint Pierre, par tentation, laquelle n’aboutit qu’à miner les serviteurs de Dieu. Pour la discipline, ne la prenez point au delà des ordres que l’on vous donne. Mais pour la prendre par souhaits et par désirs très ardents, vous le pouvez autant qu’il vous plaira, gardant cette disposition jusqu’au jour où il la faudra souffrir en effet. Encore une fois, soyez
(1) C’est la dernière partie de la XLIII6 des imprimées.
(2) L’éditeur de 1672 ayant placé ce fragment immédiatement après la lettre précédente, qui était certainement écrite à la sœur Boufard, et l’historien de cette sainte Glle disant que parmi les lettres imprimées de M. Olier il y en a deux ou trois qui lui sont adressées, on s’est cru suffisamment autorisé à supposer que, probablement du moins, elle lui a été écrite.
(3) L’avant-dernière phrase suppose que M. Olier était à portée de voir assez prochainement la sœur Boufard, ce qui fait présumer qu’il devait bientôt aller en Bretagne lorsqu’il écrivit cette seconde lettre.
fidèle aux ordres qui vous sont donnés, afin que vous ne soyez pas trompée par les ruses du démon et par l’artifice de l’amour-propre, qui, pour satisfaire à une passion, ne craint point d’en affliger une autre.
Pour votre occupation intérieure pendant vos chapelets de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, je vous prie, en récitant la couronne de Jésus, de vous unir intérieurement à la très sainte Vierge, pour rendre en elle à Jésus-Christ tout ce qu’elle lui est, et qu’elle lui rend. Et en récitant le chapelet de Notre-Dame, de vous unir intimement à Jésus, pour entrer en son intérieur envers la très sainte Vierge. Vous y trouverez un grand fonds de substance et de vie intérieure qui vous renouvellera toute.
Soyez toujours courageuse à vous humilier. Dieu n’a rien de si cher que de voir triompher la grâce de la nature. Rien ne lui plaît tant que de voir son Fils unique et la puissance de son sang triompher du démon, et du venin mortel dont il avait empoisonné notre nature. Faites donc généreusement et magnifiquement ce que vous faites, pour le faire chrétiennement, et pour triompher dignement des restes de la nature. La grâce ne sera jamais maîtresse en rougissant et en tremblant. Le moyen de vous fortifier est de prendre en votre esprit des pensées sortables aux actions viles et basses que l’on vous donne à faire, comme serait la vue de votre néant et de vos péchés : car il n’y a point de bassesse et d’abjection qui ne leur soit due, et il n’y a point de mépris qu’ils ne méritent. L’enfer et ses confusions en sont des marques assurées, et c’est pour le faire expérimenter aux réprouvés, et en donner connaissance aux élus, que Dieu a formé ces abîmes. Après cela ne faut-il pas nous plonger et nous abîmer dans
toutes sortes d’abjections, d’avilissements, de mépris, de confusions, d’oubliances des respects humains et des retours sur nous-mêmes, qui ne sont que des fantômes et des chimères? C’est là où il faut se plonger entièrement, et non pas craindre de se mouiller le bout des doigts. Je serai ravi quand je vous verrai avancer dans ces pratiques, et que je saurai que vous aurez été un peu méprisée; comme ce sera le comble de ma joie, quand je saurai que vous l’aurez été beaucoup. Voilà les choses principales sur lesquelles vous aviez besoin d’être instruite. Ne vous étonnez pas si je ne réponds point à plusieurs autres que vous m’écrivez. Je m’arrête aux plus importantes, et je remets les autres au temps que la Providence me permettra de vous voir. Cependant je me consolerai avec lui, attendant le succès de tout ce qu’il opérera dans votre âme en sa divine charité, hors de laquelle toute la vie n’est qu’une langueur perpétuelle.