‹ Lettres de M. OlierChapitre 97 sur 226 · A UN DE SES AMIS · texte numérisé non relu

A UN DE SES AMIS

Il répond à quelques mots d’éloges qui lui avaient été écrits sur sa parenté et fait profession de n’étre plus touché que de la noblesse de sa seconde naissance.

Vaugirard, vers la mi-juin 1642 (2).

Vous m’écrivez, Monsieur, que je suis parent de mon-

(1) Tirée d’un recueil manuscrit intitulé l’Esprit de M. Olier (t. III, p. 713). On retrouve un passage analogue dans les Mémoires (Fie de M. Olier, 1. 1, p. 1,2.)

(2) C’est la date du passage des Mémoires . il est bien vraisemblable que la lettre est de la même époque.

sieur le Chancelier (1), de messieurs le Premier Président (2) , et Procureur général (3) ; il est vrai qu’ils nous font l’honneur de nous appeler leurs cousins; mais vous savez que nous devons mourir à tout ce monde.

Pour moi, je renonce à toute connaissance selon la chair, neminem novimus secundum carnern : et puisque dans le baptême nous avons fait profession de mort à notre génération d’Adam, aussi bien qu’à tout le siècle présent, il faut être dans cet esprit de mort à l’égard de cette première naissance, pour ne vivre plus que de la seconde qui est infiniment glorieuse pour moi, puisqu’elle me donne Dieu pour mon Père, l’Église et la sainte Vierge pour ma mère, Notre-Seigneur pour mon frère et les anges pour ministres.

Faites-moi la grâce, mon Dieu et mon Père, de ne jamais souffrir que j’estime rien en ce monde, ni en toutes ses grandeurs, que je suis convaincu n’être que vanité et que folie.

LETTRE LXXIII (à).

Il lui souhaite l’esprit «le sainte Madeleine, lui recommande la confiance en Notre-Seigneur et la soumission a son directeur. Quelques

mots sur la cure de Saint-Snlpice dont il va être charge.

[Vaugirard, 21 juillet 1642 (5).]

Ma très chère fille,

Je prie Notre-Seigneur vous vouloir remplir de

(1) Pierre Séguier.

(2) Mathieu Molé.

(3) Biaise Méliand.

(4) Sur l'autographe.

(5) La date est indiquée exactement et pour le jour et pour l'année par

son intérieur et changer tellement le vôtre clans le sien que vous ne soyez plus vous-même, mais Notre- Seigneur vivant intérieurement en vous. Sainte Madeleine, dont nous honorons demain la fête, était tellement changée intérieurement de sa première vie, qu’elle n’avait plus rien d’elle-même. Elle vivait après sa pénitence par un principe étranger à elle-même; elle vivait par le Saint-Esprit qui lui avait été donné par Notre-Seigneur Jésus, lequel esprit étant tout opposé à sa chair, lui donnait des mouvements et des inclinations toutes contraires à la chair qui était sa première vie, qui faisait qu’elle n’écoutait plus rien de ses premières dispositions et sentiments, mais seulement ceux que le Saint-Esprit lui fournissait, qui étaient tous semblables à ceux de Jésus-Christ, à cause que le même esprit qui conduisait et éclairait Notre-Seigneur, c est à savoir l’esprit de Dieu, ce même esprit résidait dedans elle par la bonté de Notre-Seigneur qui l’avait mis en elle. Cet esprit donc étant le même, opérait en Madeleine de mêmes sentiments, dispositions, inclinations et mouvements qu’en lui, et c’est cet esprit-là qui réside dans vous comme en tous les chrétiens qui sont en grâce, auquel je vous conseille de vous donner pour le mettre souvent en possession de vous-même, afin que ce soit lui qui agisse par vous et en vous, à la gloire de Dieu.

Ma bonne fille, ne vous donner pas à cet esprit si volontiers pour agir comme je vous le recommande, procède de l’ignorance et de l’erreur de notre chair, qui ne connaît pas les mystères et les merveilles

la teneur même de la lettre. C’est la veille de la fête de Sainte-Madeleine et l’année où il devînt curé de Saint-Sulpice que M. Olier l’a écrite.

de notre grâce et du bien que Jésus-Christ nous fait, car il nous fait dépositaires de son esprit par le baptême et effectivement il réside dans nous pour nous conduire, nous éclairer et nous mouvoir à la gloire de Dieu. Ne doutez donc point de vous donner à lui, car il n’attend que notre abandon à lui pour nous mouvoir, régir et gouverner en tout. Ceux-là, dit l’apôtre saint Paul, sont véritables enfants de Dieu qui sont mus et conduits par son esprit. Faites donc que cela soit afin que vous soyez vraie fille du Père éternel, membre de Jésus-Christ et temple du Saint-Esprit qui repose dans vous pour louer Dieu par vous et le servir aussi par vous, ne le pouvant pas faire par sa sieule personne, laquelle étant égale à Dieu ne peut pas le servir que par une nature étrangère et inférieure à sa grandeur : c’est celle de l’homme dans lequel il repose pour ce sujet.

Ma très chère fille, je vous laisse entre ses mains et vous conjure de vous abandonner à lui en confiance, car c’est lui qui gouverne tout le corps de l’Église. Il est jaloux de conduire toutes les âmes à Dieu. Confiezvous donc beaucoup à sa sagesse, à sa puissance et son amour, et ne doutez de rien. Outre cela soyez toujours soumise à cause que l’esprit de Dieu est soumis parfaitement. Je vousconjure donc de vous confier à M. l’abbé de Vaux, de la piété et capacité duquel je vous en ai écrit autant que je pouvais. Il est tel qu’il vous le faut. Je ne pense pas que vous en puissiez trouver un semblable en quelque lieu que vous pussiez le chercher.

Au nom de Dieu, ma fille, conformez-vous à Jésus- Christ crucifié, c’est votre attrait et votre vocation. Conformez-vous à lui, surtout intérieurement, c’est-àdire, à ses dispositions intérieures en l’état de la croix, ’est à savoir, à sa grande humilité, patience, souf-

france, pauvreté, bref à toutes ses vertus qu’il faudrait être un siècle pour les décrire. Donnez-vous à l’esprit qui a formé ses vertus en lui, afin qu’il les forme aussi en vous. C’est l’esprit de Dieu qui est au milieu de vous, lequel vous sollicitera toujours à l’exercice de ses vertus et vous offrira la force de les exécuter. 11 est la lumière qui les enseigne, la volonté qui dispose à les pratiquer et enfin la force qui donne de quoi les exercer.

Je ne vous dirai mot du séminaire d’ecclésiastiques que nous portons à Saint-Sulpice (1), c’est vous blesser que vous le dire, mais c’est aussi vous consoler que de vous donner espérance de la gloire de Dieu qui se peut procurer par cette voie. Vous êtes à Dieu et à sa gloire plus qu’à vous-même, puisque vous êtes toute pour elle. C’est assez de vous dire que c’est pour cette gloire que nous avons épousé l’église de Saint-Sulpice, à laquelle nous vous prions très humblement de nous vouloir secourir par vos prières et par l’intercession des sacrifices

(1) Pressé parle curé de Saint-Sulpice, par les religieux de Saint-Germain des Prés, par Marie Rousseau et plusieurs autres serviteurs de Dieu, M. Olier avait signé, le 25 juin 1642, le traité de permutation qui lui assurait la cure de Saint-Sulpice. Dès ce moment il fut convenu que la petite communauté de Vaugirard serait transférée à Paris. Ces nouvelles étaient de nature à affliger la sœur de Vauldray, qui pouvait craindre que le soin d’une si vaste paroisse ne permît plus à son saint directeur de venir en Bretagne (il fut en effet six ans sans y retourner), ni peut-être de continuer à la diriger par lettres. Cette dernière appréhension n’était pas sans doute aussi fondée que la première, et cependant il est à remarquer qu’on ne possède aucune lettre autographe écrite par M. Olier à cette religieuse, postérieurement à celle-ci. Joseph Grandet, dans l’histoire manuscrite du séminaire d’Angers où il était directeur, dit bien qu’en 1674 la mère Pallas, religieuse de la Régripière, lui communiqua quatorze à quinze lettres originales écrites de la main de M. Olier à des religieuses de la Régripière, mais il n’indique ni à qui, ni quand elles furent écrites : il ne dit pas davantage si l’éditeur de 1672 les avait publiées.

de M. et très honoré M. l’abbé de Vaux ; ce que j’espère de votre charité après tous les autres témoignages que vous m’en avez daigné rendre jusques à maintenant, dont je me sens extrêmement votre redevable et prie le ciel de vous en vouloir reconnaître à tout jamais.

Au reste, ma très chère fille, souvenez-vous que sainte Madeleine reçut l’adieu de Jésus-Christ en lui disant quelle ne l’approchât pas, quoiqu’elle en eût un désir très ardent, la remettant au jour du ciel où elle le verrait et le posséderait pour jamais. Et non seulement au jour qu’elle y serait montée, mais quelques jours après qu’il y serait monté. Si maintenant il nous faut dire adieu et nous résoudre de ne nous voir que dans le ciel, c’est beaucoup; mais ne remettons pas si loin. Aimons bien Dieu, aimons bien Jésus- Christ, consommons-nous bien en lui, soyons tous un en lui et nous serons unis intimement les uns aux autres en lui. C’est un moyen bien excellent que celui de Jésus-Christ.

Hélas ! ma fdle, dans le ciel nous serons tous un par Jésus-Christ et tous un en lui, ce qui se commence sur la terre par la sainte communion; et c’est ainsi que Notre-Seigneur l’entendait en disant à sainte Madeleine qu’elle attendit qu’il fût monté au ciel; qu’après il se donnerait à elle par la communion dans laquelle elle jouirait intimement de lui et par les voies les plus tendres de l’amour. Il ne peut faire plus que de deux choses n’en faire qu’une. Et c’est ce que fit Notre-Seigneur à sainte Madeleine, car après s’être donné premièrement à son Père, entrant dans son sein au jour de son Ascension, il se donna à Madeleine comme au reste de l’Église par la sainte communion après les premiers jours de Pentecôte, car l’Église ne

commença de communier qu’en ce temps-là, et même l’Église fait la fête du très saint Sacrement aussitôt après l’octave de Pentecôte. Adieu, ma très chère fille, sans adieu, car je suis en lui tout à vous.

Olier.

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