‹ Lettres de M. OlierChapitre 99 sur 226 · A UNE AUTRE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

A UNE AUTRE RELIGIEUSE

Il l’engage à venir an secours de sa sœur qui souffre dans sa position et qui cependant ne doit pas la quitter, les croix n’étant pas un motif de sortir d’un lieu où Dieu nous a mis.

[Vers le même temps (3).]

Ma très chère tille,

Après avoir béni et glorifié Dieu par Jésus et Marie de

(1) C’était la LXIVe des imprimées.

(2) Il est probable que cette religieuse appartenait, ou du moins avait appartenu, au couvent de la Régripière. Le nom du lieu dont l’initiale a été introduite dans cette lettre, par l’éditeur de 1672, semble l’indiquer. Dans cette supposition on pourrait penser que M. Olier écrit à une religieuse sortie récemment de la Régripière où sa sœur se trouve encore. On sait que Tordre de Fontevrault, dans les temps de sa ferveur, prêta souvent de ses religieuses pour réformer ou pour établir des monastères de filles. On sait en particulier que l’abbesse actuelle, Jeanne-Baptiste de Rourbon, qui avait été élevée à Chelles, favorisait beaucoup les maisons de Saint-Benoît dont elle professa d’abord la règle et qu’elle consentait volontiers à leur venir en aide. C’est ce qui avait eu lieu récemment dans les environs de la Régripière. Ce prieuré, en 1626 et en 1637, fournit plusieurs religieuses pour aider une communauté de bénédictines qui devaient reconnaître l’autorité des évêques de Luçon, à s’établir à Montaigu. La même chose eut lieu à Clisson en 1640, comme on le voit par une lettre de la prieure qui gouvernait la Régripière en 1701. « En 1640, dit-elle, il sortit deux religieuses de chez nous qui sont celles qui ont établi les bénédictines de Clisson, qui se sont mitigées , trouvant notre règle un peu trop forte, et sont sous la domination de l’évêque de Nantes. » — (Biblioth. d’Angers, manusc. 792.)

(3) La date précise est incertaine. M. Olier n’aurait pas dit peut-être

toutes les bénédictions et de toutes les grâces dont il a comblé votre âme pendant cette octave de notre divin Maître, qui a toujours promisses consolations à proportion de la part qu’on aura eue à ses souffrances et à sa croix, je vous dirai comme j’ai lu la lettre de votre bonne sœur qui accompagnait la simple et la cordiale expression des miséricordes de Dieu sur vous. Je vois par les choses qu’elle mande, qu’il serait à propos de soulager ce bon enfant qui s’embarrasse dans ses liens, et qui s’embrouille dans sa croix. C’est ce qui vous doit obliger de lui écrire, en sœur chrétienne, pour lui faire connaître l’usage qu’elle en doit faire , en attendant que la Providence divine vous donne le moyen et les ouvertures de la servir.

Il y a de l’apparence qu’il sera utile de la retirer du milieu de ces esprits rudes et fâcheux avec lesquels elle vit. Car les esprits de la R... sont fort rudes et difficiles, surtout à des personnes douces et délicates, comme est l’esprit de votre bonne sœur. Mais il faut qu’elle attende la miséricorde de Dieu en patience; et cependant qu’elle se soumette avec humilité à sa justice, de laquelle elle doit porter les effets avec douceur et avec joie selon l’esprit, adorant tous ses desseins sur elle. Notre-Seigneur vous donne suffisamment pour elle ce qui lui sera utile. Vous êtes nouvellement sortie de cet état : ainsi vous êtes toute instruite par vos expériences de l’usage qu’il en faut faire pour Dieu, et de la conduite qu’il faut tenir durant ce temps avec les créatures. Si elle agit de la manière que je vous ai écrit lorsque vous étiez dans ces états, où je vous conseillais des choses qui n’étaient que pour vous, j’ai

après son second voyage à la Régripière que les esprits y étaient rudes et fâcheux, puisque l’union y régnait.

peur qu’elle ne s’embarrasse à un point, qu’elle sera ensuite bien marrie d’avoir usé de son esprit et de ses mouvements propres, qui pendant ces temps sont fort vifs et peu réglés.

Il y aurait encore à souhaiter une chose du côté de votre soeur. C’est qu’elle eût avec elle des religieuses de conduite et de sainteté , pour être utile à l’œuvre de Dieu et à elle-même. Car comme elle est fort jeune, il ne faut pas l’exposer à avoir aucun commandement dans la faiblesse de son âge, et peut-être de sa vertu, qui doit être forte et très bien établie avant que de conduire les autres, et avant que de se voir exposée à un emploi si dangereux. Il vaudrait bien mieux qu’elle fût embarrassée dans son couvent, où par la patience et par l’humilité véritable elle pourrait profiter beaucoup, que de la tirer de là pour exposer son salut dans ce changement, en la mettant dans un lieu, où peutêtre serait-il difficile d’établir une communauté entière avec la clôture, et avec les choses nécessaires à sa défense et à sa sûreté contre les embûches du siècle et de Satan.

Vous savez ce que c’est que la créature , quelle est son infirmité , et ce qu’elle doit appréhender, si elle est vraiment convaincue de ce qu’elle est. Combien de risques et de faiblesses en ce sexel Combien de tentations et d’occasions, desquelles Dieu n’est pas le garant, quand par soi-même on s’expose , et on se retire du lieu et de l’engagement où il nous avait attachés! La croix, la persécution et la peine sont des voies de bénédiction pour mourir à soi-même, et pour être enseveli comme le grain afin de ressusciter. Il n’est pas utile de retirer le grain de la terre quand il pourrit : c’est lui ôter le moyen de germer, et de

prendre une nouvelle vie : c’est le moyen de le faire mourir, et de ne porter jamais aucun fruit solide et véritable.

Quand vous lui écrirez, mandez-lui quelque chose de ceci pour la faire penser à elle, et pour l’obliger beaucoup à prier, afin qu’elle ne s’expose pas, en sortant, à perdre beaucoup de grâces , et à faire sa propre volonté, pour chercher son soulagement et sa délivrance, qui peut-être un jour lui pourrait être périlleuse.

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