‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 14 sur 80 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Sur V abattement de Vame,

J'Avoue qnece que l'on me mande de Faugmentation de votre foiblesse , qui ne vou« permet presque pas de vous appliquer à rien , et qui vous mit mardi hors d'état d'entendre la Messe , m'a donné d'abord une vraie inquiétude. Mais la paix et la tranquillité où vous paroissez être dans cet état d'épuisement , étant une marque du bon usage que vous en faites , je me sens tout consolé de pouvoir croire que vous êtes aussi agréable à Dieu , en ne faisant rien par incapacité d'agir^ que vous le seriez, en faisant mille bonnes choses par impression de zèle. Après tout , que nous importe ici-bas de travailler , ou de cesser de travailler , pourvu qu e la divine volonté s'accomplisse en nous sans l'agrément de la nôtre ? Ne pensons qu'à vouloir ce que Dieu veut , et portons avec humjlité l'humiliation qui est attachée à un abattement , causé , selon toutes \es apparences , par une trop grande sensibilité Baturelie. Souvent l'esprit contribue beau-»

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coup à accabler la chair ; et comme le Saint-Esprit nous apprend que le corps , qui se corrohîpt, appesantit i'ame , aussi voyons - nous par expérience que Pâme qui par vertu se fait violence , jette le corps dans Tépuisement. Pour lors iî faut se voir défaillir avec une sainte complaisance pour les ordres de celui qui est le maître de la santé et de la vie : on avance plus en peu de jours par cette route d'acquiescement et de soumission , qu'on ne fercit en bien du temps par les meilleures actions qu'on peut^ faire de son choix.

Il ne faut point souhaiter avec empressement de sortir de cette inaction , un moment plutôt que Dieu ne voudra , ni s'affliger de Timpuissance où l'on se trouve de faire ses fonctions et ses prières accoutumées. Il suffît de se tenir doucement era la présence de Dieu pour l'adorer , pour le goûter , pour consentir à notre totale destruction , quand il lui plaira ; d'être ravi dans la partie supérieure de notre ame , d'avoir moins de viv^acité pour les choses les plus agréables de la vie, de n'être presque pas touché de ce qui , dans un autre temps , feroit un plaisir bien sensible h notre amour - propre.

Yoilà ce qui m'est tombé dans l'esprit 1

^6 Let.deM.l'Ev. DE Chartres

mais si vous écoutez Dieu , pour peu cfu'il vous parle, la moindre de ses paroles intérieures vous sera infiniment plus utile : ouvrez-lui bien votre cœur , et ne desirez que lui : vous y trouverez toutes choses.

LETTRE ÏX.

Sur le renoncement à soi-même,

A Juger des choses humainement, on devroit vous estimer heureuse d'aller rejoindre l'homme dont la séparation vous avoit si sensiblement affligée. Mais, selon l'esprit de l'Evangile, \iàs jours d'affliction sont meilleurs que les jours de joie : et il faut plus de vertu pour bien user des consolations humaines, que pour supporter les peines et les souffrances. Je prie Notre-Seigneur qu'il scit toujours en tout temps le maître absolu de votre cœur : et je le bénirai sur- tout lorsque je verrai qu'il prendra soin de vous marquer au coin de sa croix :, c'e s tie caractère des élus.

jouissez, madame , de la solitude '^ue Dieu vous a faite : quand on la trou ve au milieu des plaisirs du monde, on

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peut , on doit croire que c'est Dieu seul qui en est Fauteur. Je souhaite qu'il vous parle souvent ?.u cœur , et que vous iiii répondiez comme il le c'esire. La peine que vous avez de votre dissipation , vous empêchera d'y tomber par inclination.

Marcher au-dedans avec îjieu , et autant que Dieu le veut , c'est l'état d'une ame toujours intérieure ou recueillie. Le recueillement ne consiste pas à se retirer de tout, mais à être avec Dieu par- tout où îl veut , quand la providence nous y en^gage. Je suis bien content que vous vous possédiez un peu davantage, et que vous vous laissiez moins aller à îa vivacité. Courage, madame , cette voie vous conduira à la perfection.

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