LETTRE XX
Conseils sur le Roi y sur F Église , et sur Saint-Cyr,
JE craindrois que Dieu ne vous eût éîe« vée pour vous faire tomber de plus haut , s'il ne semoit votre chemin de plusieurs épreuves. Mais allez toujours avec une humble soumission à votre devoir , et dites avec confiance coînme David ; Dieu est ma force dans les tribulations excès-' sii'es qui m* ont environnée : c* est pourquoi je ne craindrai pas y quand la terre seroit renversée. Je ne doute pas que Dieu ne vous soutienne et ne vous sanctifie extraordinairement dans vos infirmités et dans les dégoûts que votre zèle pour le roi , votre amour pour le bien de la religion et de l'érat , votre sincérité et votre vertu vous attireront de la part des méchants ou des envieux. Le monde admirera , malgré lui , en vous , ce qu'il n'est pas capable de pratiquer : et répandra à la fin Éur vous la joie et la paix qu'il promet aux siens , et que les fortunes du siècle ne peuvent donner. Vous serez l'asyle du roi , son conseil , sa consolation , son
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ange gardien , que Dieu lui a envoyé^ visiblement pour son salut. Quelle joie de vous sauver avec celui à qui vous devez tout, après Dieu î Vous le défendrez des pièges qu'on lui tend de toutes parts, des ennuis de sa place, de Pimpatience dans les traverses , dans les maladies ; et votre société que Dieu a formée par un miracle , et qu'il cimente et affermit tous les jours pour le bien de celui auquel vous êtes envoyée, le préservera de la mort y où il seroit peutêtre tombé sans vous, au grand préjudice de la religion et de Pétat. Vous servirez l'église : je craindrois quelquefois pour vous , si vous ne craigniez rien ; mais puisque vous appréhendez d'en faire trop et de n'en pas faire assez , Dieu vous conduira par là au parti de la sagesse. Vous êtes dans une route où l'on ne peut s'égarer : vous vous attachez à la vérité déclarée et décidée par Téglise, en vous déclarant contre le parti qu'elle condamne.
Ce qui restera d'obscur sur les personnes, s'éclaircira par les moyens sages que vous prenez ; les choses éclatent ; et jusqu'ici il me paroît que la lumière et la vérité ont conduit vos pas. Quand vous connoîtrez l'intérêt de la religion , vous ne devez rien lui préférer. Il faut toujours faire
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le bien avec sagesse et avec circonspection ; le progrès du mal est certain^ les remèdes qui le paiiient Pétendront encore. Qu'on compare les diocèses où l'on veille avec fermeté et avec sagesse, à ceux où la tolérance , et un esprit de paix mal-entendu , a laissé l'ennemi se fortifier et s'avancer ; la différence est du tout au rien. Par rapport à ceux qui ont l'honneur devons appartenir, vous prenez le conseil de la sagesse : je ne crois pas que Dieu vous ait rendu grande pour vous afîûiblir avec eux. Vous vous élevez nonseulement au-dessus de votre place , mais au-dessus de vous même , en continuant «i ne point céder à la chair et au sang, quand Dieu , ou leur salut , le demanderont de vous. Souvenez-vous de ces paroles de l'évangile de Noël : Dieu a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu â ceux qui ne sont pas nés du sang , ni de la volonté de la chair , ni de la volonté de r homme , mais de Dieu.
Quant à celui , madame , que vous honorez de votre confiance et de vos bontés , il vous sera dévoué sans réserve tant qu'il vivra : rien ne lui fera jamais plus de plaisir , que de pouvoir vous soulager, vous soutenir dans vos peines et dans Tacçomplissemenc dçs grands desseins de
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Dieu sur vous. Ne m'épargnez pas ,' madame : Apollon est à vous , et vous êtes à Dieu.
Saint -Cyr devroit vous consoler, et vous ne devez pas craindre de le déranger : vous l'avez fait, après Dieu, ce qu'il est ; votre ombre le tient dans la règle : vous y avez tout pouvoir , spirituel comme temporel : et l'on peut vous défier de rien faire qui soit contraire au bien général ou particulier de cette communauté. Vous devez y mener sans contrainte les personnes de dehors qui peuvent vous délasser 5 vous amuser , et faire venir celles de vos filles qui vous soulageront et vous plairont le plus : il faut les accoutumer à suivre le mouvement de leur vraie mère : et ce sera un grand châtiment pour elle , quand vous vous y contraindrez au préjudice d'une santé d'où dépend raffermissement de tout le bien que Dieu y a mis jusqu'ici. Je vous souhaite ^ Madame, îa paix abondante que Dieu promet aux âmes de bonne volonté. Car je sais trèscertainement que vous êtes de ce nombre.