‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 25 sur 80 · LETTRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXI

Consolation dans les malheurs de VEtat^

IL faut bien , madame , être soumise au bon plaisir de Dieu , dans tous \ei événements de cette vie : votre résignation me console des peines que voue souffrez de toutes parts , parce qu'elle vient de la grandeur de votre foi , et qu'elle est une assurance du progrès que vous ferez dans l'adversité , et de la récompense qui vous attend dans l'éternité.^ Dieu vous fait sentir , par expérience , combien la gloire de ce monde est fragile, afin que vous ne cessiez point de retourner vers les biens solides , qui ne passeront jamais. Vous voyez notre nation déshonorée , le prince pieux ( M. le duc de Bourgogne ) que vous aimez > exposé encore aux discours injurieux des: libertins et des insensés , le roi à qui vous voudriez épargner tant de nouvelles peines , tant d'afflictions , les suites importantes de nos disgrâces. Si Dieu n'y met la main , tout cela met votre bots cœur à une grande épreuve. Ne nous lassons pas , madame , de recourir à Tome IX. (15) E

9,o Let. de MvL'Sv. de C-hA'RTres

Dieu avez instance , comme à notre père. II ne soufTrira pas qu'une nation , qui lui est consacrée par la religion , soit poussée au delà de ses forces. Demandons-lui qu'il ne laisse pas triompher de son héritage les hérétiques , qu'il maintienne la religion dans le royaume, et qu'après nous avoir humiliés, et vengé les injustices dont nous sommes coupables ^ il nous donne la paix pour la gloire de son nom. Tâchez., madame, de ne point perdre de vue ce royaume de J. C. qui s'élèvera sur la ruine de tous les empires de la terre. Ne souffrez pas que votre ame s'endorme pair la tristesse et par Taccablement des peines de cette vie. Le jour de Jesus-Christ luit sur vous par la foi : marchez toujours à cette lumière : notre salut s'avance ; et il est plus proche de nous , que lorsque nous avons commencé. Armez-vous des vertus, qui sont les armes de lumière, dont St. Paul nous parle aujourd'hui dans l'épître : elle«; sont nécessaires en tout temps : et faites si bien , madame , par votre union continuelle avec J. C. , qu'il soit lliabîllement intérieur de votre ame, et votre vêtement aU'dehors ; en s,orteque vous puissiez dire , autant que votre état , eî votre foibîesse le peut porter : Jt ne

A ,MAD...J)E Maîntenoiîî. 9t

t;:is plus- , mais c'est J. C. qui Kit eji moi, Î1 vient à vous , vous donner un nouv.el être , pu perfectionner le nouvel être qu'il vous a déjà donné. Courez au devant de lui pour le recevoir. Quelque perte que nous fassions dans nos disgrâces , vous -serez bien,, dédommagée , si vous bc perdez rien des dons de Dieu , et si vous vous mettez en état d^en recevoirde nouveaux. Je vous . les souhaite comme à moi-même: mais j'ai' bien plus de confiance que vous en serez remplie que moi î vous irez en paradis , madame , j'espère y aller avec vous. )e le souhaite trèsardemment : la vie présente nous e?t donnée pour y arriver : elle est comme la semence de la rie future : celle qui aura semé ici-bas avec pleurs,, moissonnera avec des transports de joie : ne vous découragez donc jamais , supportez patiemment les souffrances que Dieu vous envoie , dans Tespérance du fruit que vous en. recueillerez infailliblemenf: ne voyezvous pas que le laboureur attend avec patience que la terre lui produise le fruit de son travail ? ce fru^t est pourtant plus incertain que la moisson que vous, attendez.^ei/r^'wx , dit David, celui qui , étant aidé de la grâce , se fait des degrés dans son cœur pour s^ élei^er à la perfection^

91 Let. de m. l'Ev. de Chartres

en cette vallée de larmes et de misère ! le Dieu des armées mettra fin à nos diid" sions ! il brisera les arcs , les flèches et les épées , et nous comblera d'une paix que rien ne pourra troubler. II a dans sa main droite des bénédictions inexplicables pour vous dans les siècles des siècles , pourvu que vous soyez inébranlable dans le vœu que vous avez fait de le préférer à tout , tt de vivre et mourir pour lui : vœu qu'on regarde dans le monde comme une perfection , et qui n'est pourtant que notre premier devoir.

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