LETTRE XXX
Sur ses progrès dans la pieté.
JE suis affligée , dites- vous , de ne point connaître mes fautes , quoique je ne puisse douter d^en avoir fait plasifurs pendant la semaine. Et moi , je me réjouis que vous n'en fassiez plus de ces remarquables , de ces volontaires , qu'on apperçoit après des années entières. Je me réjouis de ce qu'étant plus attentive à la présence de Dieu, plus exacte àvous examiner tous les jours , ayant la conscience plus délicate , étant plus éclairée sur vos obligations , vous voyez dans vos comptes moins de péchés qu'autrefois : c'est qu'il ^ en a moins en effet : c'est qu'ils sont
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moins volontaires ^ c'est qu'ils vous seront aussi moins imputés. Dieu soit béni à jamais ^ qu^ ayant été ci- devant esclave, du péché ^ vous avei obéi du fond du cœur a V évangile ^ et êtes devenue esclave Ae la justice ! T^ous ave\jait servir ce qui étoit en vous à [iniquité : tout doit servir pré-^ sentement ^et tout servira en effet à la justice pour votre sanctification : c'est à peu près le texte de St. Paul. Lisez , madame , cet admirable chapitre : vous y verrez ce que îe baptême opère en ceux qui meurent au péché; comme ils deviennent semblables à J. C. dans la mort et dans la résurrection : vous y verrez que les deux états se suivent ; que le chrétien , qui est mort au péché , participe h la grâce de la résurrection et de l'immortalité du Sauveur : et pour réponse à toutes vos peines , lisez et entendez bien le verset 14. Ce qui doit vous surprendre , c'est comment ce monstre puissamment fortifié , qui avoit fait en vous des chaînes de fer pour vous retenir sous son domaine, a pn perdre si aisément tout son pouvoir. C'est îà le miracle de la grâce , c'est l'œuvre du Tout-Puissant : Chantons à jamais les miséricordes du Seigneur, disoit David.
Je sais que vous n'êtes pas exempte de plusieurs fautes pendant la semaine , quoiU
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que votre conscience quelquefois ne vous reproche rien ; mais ces fautes ne vont point à la mort ; mais vous les haïssez , quoique cachées ; mais vous en demandez pardon humblement à Dieu comme David : Ab occultis meis manda me; mais vous êtes bien résolue de les chercher tous les jours dans votre examen , et de leur faire la guerre quand vous les trouverez. Laissez croître la himiere de la grâce : vous verrez alors clairement ce que vous n'appercevez pas aujourd'hui. En attendant , réjouissez-vous de ne rien appercevoir. Votre orgueil vous afflige , et vous fait la guerre jusque dans le sanctuaire : vous craignez qu'il ne vous ravisse le biea que vous faites. Votre crainte vous mettra en sûreté : tant que vous le craindrez, vous vous défendrez contre lui : et si quelquefois il vous fait des blessures , elles seront légères. Mais , dites- vous , je suis quelquefois troublée^ quand je me trouve si orgueilleuse. Heureuse l'ame qui craint d'offenser Dieu î le trouble vous sera salutaire : vous en deviendrez plus humble, plus soumise, plus pénitente, et plus préparée aux grâces nouvelles. J'ai été ravî d'avoir vu , il y a quelques jours , celle qui ne se troubîoit pas aisément autrefois 5 qui croyoit pouvoir se suffire ^ qui
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n'appeîoit à elle que le secours de la raison , dont l'esprit- fort , d'une mauvaise force , regardoit les contraintes des âmes timorées comme des petitesses : j'ai été ravi de la voir humiliée , contrainte , craintive , sentir son insuffisance, avoir besoin d'être rassurée etconsolée par les ministres du Pdre de toute consolation. Dieu a. accoutumé de laire passer ses élus par deux épreuves différentes , la joie et Ja crainte: le trouble et la paix ne sont jamais de longue durée. O profondeur de la bonté et de la sagesse de Dieu ! nous avons besoin d être troublés pour ne pas présumer : nous n'avons pas moins besoin aussi de la consolation du ciel , pour n'être pas abatus par la défiance et par le sentiment de notre foiblesse : Aussi , dit St. Chrysostôme 5 Dieu mêle la joie avec la tristesse^ £t tempère F une par F autre . C'est ainsi qu'il agit avec tous les saints. Il ne laisse pas toujours , ni dans les périls , ni dans la sécurité : mais il fait comme un tissu et une chaîne de biens et de maux : c'est ce^ qu'il a pratiqué envers St. Joseph , cet. Iiomme appelé juste par excellence dans l'Evangile, dépositaire des anciennes proniesses de Dieu , et le gardien du trésor de la religion. Il voit , continue ce Père , la giOjsesse de Marie , et U en^re aussi-
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tôt dans le trouble et dans l'inquiétude : il soupçonne sa femme d'adultère; mai^ Fange le délivre de ses craintes : Joseph ^ lui dit- il , ne craigne^ pas de prendre avec vous Marie rotre épouse : [enfant qui est né en elle , est Fout-'rage du St. ^prit. L'enfant paroit ensuite : Joseph en reçoit une extrême joie : il voit venir les pasteurs , accourir les rois d'Orient pour l'adorer, Siméon le reconnoître pour le Messie , prédire qu'il sera la lumière des nations et la gloire du peuple d^Isra'éL Quelle consolation pour ce saint homme ! mais elle est aussi-tôt suivie d^une douleur étrange , lorsqu'il voit un roi fuiieux, résolu de perdre l'enfant : Fange le console par sa visite, lui ordonne de prendre la iriere et l'enunt , et de fuir en Egypte : il a l'afRictîon d'être parmi les idolâtres pendant plusieurs années : le reste de sa vie ïnx aussi mêlé. Soyez béni à jamais , 6 mon Dieu ! de ce que vous donnez le secours nécessaire à notre foiblesse , et que vous ne dédaignez pas de dissiper nos peines , et de nous fortifier par votre: visite !
Quoique affligée souvent de n'en pas faire auîant que vou« voudriez, vous crafr "gnez cependant quelquefois qu'on ne vous en demande trop : vous frémissez memca
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craignant la sévérité du ministre à qui votre ame est confiée. Dieu me fasse la grâce de me traiter dans mon état , comme je dési-re vous traiter dans le vôtre ! Ce que je puis vous dire , madame , c^est que yos fifaintes ne m'embarrassent pas ; et iries préventions ne me tromperont point : ce qui me console , c'est que vous êtes prête à tout ; c'est que j'espère ne vous rien demander de singulier , ni au-dessus de vos forces et de vos désirs.
LETTRE XXXL
Sur sa conduite dans son domestique,
JE vous mande en détail ce que je crofs que vous devez faire par rapport à votre domestique. Aujourd'hui, madame^ que Dieu vous enflamme plus tendre-»
ment de son zeîe , il faut que vous commenciez à l'exercer sur votre maison.
CeUii que vous servez de si bon cœur, doit aussi être servi prétérablement à vous par vos domestiques : il faut que votre maison lui soit autant consacrée que votre cœur; qu'on la distingue entre les autres par la piété, et qu^elle devienne une église domestique, cominç
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l'étoit autrefois celle des premiers fidèles , ainsi que nous ie voyons dans St. Paul , qui appelle la maison d'Aquilée et de Prisciiie , leur église domestique ^ comme aussi celle de Nymphas : Salue^ , dit-il aux Coiossiens , l'église qui est dans la maison de Nymphas. Faites , madame , par votre vigilance , et par votre douce autorité , qu'ils travaillent tous avec une pieuse émulation à devenir d'excellents chrétiens. Souvenez- vous que quand vous mèneriez en votre particulier une vie toute sainte , et que tout le monde voiîs regarderoit avec admiration , vous seriez morte devant Dieu , si vous n'établissez dans la foi et dans la piété , autant qu'îi est en vous , le petit peuple dont vous êtes chargée en conscience : car sans cela , vos œuvres ne seroient pas pleines. N'oubliez pas ce que Dieu dit à tous les chrétiens chargés des autres dans la personne de Tévêque de Sardes : Je sais quelles sont vos auprès : vous ave\ la réputation d^être vivant ^ vous êtes mort: soye\ vigilant , songe^ à ceux dont vous êtes chargé qui sont prêts à mourir: car je ne trouve pas vos œuvres pleines devant Dieu : et afin qu'on sache que cet avîs est pour les fidèles de tous les temps , iî le finit par ces paroles, qui devroie^t
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bien réveiller ceux qui sont endormis i Que celui qui a des oreilles , entende ce que rEsprit dit aux églises. Voilà un homme qui passoit pour un saint dans le premier temps de Té^lise naissante , et qui est mort devant Dieu , parce qu'il néglige des gens dont il est responsable. Faites donc en sorte , madame , que personne ne meure chez vous , ou du moins que leur mort ne vous soit point imputée.
Votre charité ingénieuse trouvera assez de moyens d'insinuer à vos gens la piété avec douceur, et saura bien aussi les attendre avec patience : il faut qu^ils aimenf la vertu , et qu'il n'y ait que ceux qui seroient endurcis , qui aient sujet de vous craindre. Quant à ceux-là , ii est bion qu'ils sachent , par les exemples que vous en ferez au besoin , que vous êtes aussi inexorable à Pégard du vice, que vous êtes patiente à Fégard à^s foiblesses. Ne renoncez point aux plaisirs innocents attachés à votre état : allez au-devant, en faveur des grands biensque vous pourrez faire par eux : rendez la vertu douce , aimable , accommodante ; mais sans blesser les règles. Les specîades sont , ou criminels , ou occasions^ de crime : vous devez n'y aller que p.ai^
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^dre , ainsi que nous en sommes convenus : il est bon , quoi qu'en disent certaines gens, qu'on sache que vous n'approuvez pas ces sortes de plaisirs, et que vous n'y cherchez autre chose que l'obéissance de votre état. Souvenez-vous des paroles d'Isaïe : Je vous ai appelée à mol à* un pays éloigné <y et je vous ai choisie pour moi.