‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 34 sur 80 · LETTRE XXXI L · texte numérisé non relu

LETTRE XXXI L

Sur V amour du bien public,

UE Dieu est bon , de vous faire- ^^ voir le monde par des côtés qui vous en donnent tant d'horreur et de Hiépris ! Hélas ! si on le regardoit toujours ainsi , il n'enivreroit pas tant. Et qu'avezvous fait à Dieu pour n'être pas du nombre de ceux qui sont si dangereusement enivrés? Rien n'égale ses bienfaits y, madame ! rien ne doit égaler votre reconnoissance et votre fidélité. Ayez confiance en lui avec plus de simplicité et de fermeté que jamais : vous plantez ,. ji donne l'accroissement : sanctiîiez^vouspour les œuvres que Dieu vous prépare 9, et pour les religieuses dont vous ?4^e*-^

ïi8 Let. de m. l'Ev. de Chartres

être l'institutrice. Aimez l'Eglise plus que Saint-Cyr , et plus que tout ce que vous aimez sur la terre : priez Dieu qu'il détourne tous les maux qui l'affligent , et tous ceux qui la menacent. N'usez point votre crédit aux affaires des particuliers , quelque saints qu'ils soient : réservez-vous pour les affaires générales de l'Eglise , pour le bien de l'état , et pour celui du roi. Hasardez des avis, et faites des instances pour ces grandes affaires , sans vous lasser , mais aussi sans sortir de la douceur et du respect que vous devez. A mesure que vous connoissez certaines choses , uti'es à inspirer ^ marquez-les pour vous en servir. Lisez le Concile de Trente à votre loisir. Aimez l'Église y je vous en conjure^ pour laquelle J. C. est mort , afin qu'elle fût sans tache et sans ride. Voilà , madame , ce que je crois devoir mettre à la place des austérités : elles rebuteroient et fatigueroient tous ceux à qui vous avez à faire : si vous en faisiez beaucoup plus que vous n^en faites , peut-être vous ôteroientelles la force qui vous est nécessaire pour soutenir l'accablement des autres occupations : mdis la piété que vous exercerez avec l'Eglise ^ sera bonne à iQvx 3 et suppléera à tout. Vous ne vivez

A Mad. de Maintenon. 119

que pour cela , et je crois que vous diriez volontiers avec un de ces généreux juifs : Il raut mieux que nous mourions , que de voir les maux qui menacent notre église et notre nation. J'espère du Dieu de miséricorde , qui vous a choisie , qu'il vous fera attendre en patience les moyens , et qu'il vous mettra dans le cœur et dans la bouche sa parole pour toucher efficacement les articles importants. Le dernier chapitre , que je vous ai marqué du Concile de Trente , page 450 , est admirable : lisez-le , et le relisez : c'est l'Eglise qui vous l'adresse pour se faire entendre à celui auprès de qui son époux vous a mise.

LETTRE XXXIIL

Sur la fête de tous les Saints,

'W'oiCI , madame , les écrits que vous ^ m'avez demandés sur les trois articles que vous m'avez marqués : j'ai peur qu'en voulant bien faire , je ne l'aie fait trop long : mais mon écriture est grosse , et vous pourrez la partager , et en lire un article chaque jour. Votre état est bon : vous êtes sur la croix de Notre-Seigneur:

Ï30 Let. de m. UEv. de Chartres

vous la portez , elle vous portera réelproquement. Ayez donc bon courage ; que craindriez- vous? Le salut et la persévérance , qui en est le sceau , dépendent de la sollicitation : faites-en une forte dans cette octave : l'Église vous offre aujourd'hui un nombre innombrable d'inîercesseurs : employez-les efRcacement , pour demander cette disposition de David : Je n^ oublierai jamais vos justi-^ fications. Jamais est un grand mot, mais c'est le mot des élus. Qiie veux-je sur la terre et dans le ciel , sinon vous , ô mon Dieu ! vous qui êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour toujours ! il faut que ce toujours soit joint à votre foi , à votre espérance , à votre patience , à iout le bien que vous faites , et sur-tout à votre amour : vous l'obtiendrez , ce toujours : Dieu ne vous le refusera pas. Dites souvent dans cette octave , à l'intention de ce toujours , tous les saints de Dieu priez pour moi. N'oubliez pas la reine des saints , qui vous aime singulièrement y ni votre patron , ni ceux du roi , ni les anges de l'état.

O que ce£ grands saints prieront de bon cœur pour vous , pour l'amour àes pauvres ^ pour la protectrice du Clergé , pour celle qui aime uniquement l'Église ,

A Mad. de Maintenon. 13 î

au milieu du monde , pour celle enfin que Dieu a préparée au soulagemenc du peuple , à la sanctification du roi , et pour être à la cour le modèle des grandes vertL!|^ , Je canal des bons conseils et des maximes évangeliques devant ceux qui les regardent comme une folie !

Lisez peu , écrivez encore moins , tant que votre foibîesse durera : contentezvous de vous faire lire quelque chosede court , tous les jours un chapitre de l'Imitation , ou du Nouveau Testament, ou des Pseaumes , ou de quelque lettre de St. François de Sales , touchant l'état où vous êtes , ou de quelque autre livre de piété. Ne faites que de courtes prières : mais élevez toujours votre cœur à Dieu : dites-lui que vous l'aimerez toujours : cela fait un grand plaisir à notre souverain Maître : car il ne veut que notre amour. Ne faites aucune difficulté de prendre vos commodités pour vous soulager : vous êtes si souvent mal à votre aise , que je vous crois cette liberté très- nécessaire pour ne pas succomber. Communiez , comme vous faites, sans règle, et selon que votre santé vous le permet. Amusez-vous , quand vous n'y prendrez pas grand plaisir ; ^uoi^ue

13a Let. de m. VEy. de Chartres

vous disiez , je crains que les classes de Saint- Cyr , jointes à vos autres applications 5 ne vous aient fort incommodée.

Continuez à faire de bonnes œuvres , selon qu'elles se préseii^eront à vous : voilà votre grande prière : elles ont une voix puissante qui se fait entendre aux oreilles de Dieu. Du reste soyez en paix : la mort sera un passage pour aller à votre père , à votre famille , et à votre vraie patrie : elle n'a plus d'aiguillon pour vous : car T ai gui lion de la mort y ceU le péché.

Page 1