LETTRE XL IV
Sur les Prophéties,
JE ne suis pas fâché de voir vos Jours partagés entre les rois et les ennuis.
Il faut souvent ne leur rien dire pour leur parler plus utilement : il faut leur accorder des compliments humains , pour
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les disposer à recevoir les grâces célestes , et à écouter les avis de la divine sagesse , quand le bon moment est venu : il faut y être fidèle , quelque peine qu'on y trouve. Dieu vous a sanctifiée et vous a mise à la cour pour y faire les œuvres de Dieu. Tout le reste doit tendre là , dans le secret de votre intention :
mourez en faisant de bonnes œuvres > les œuvres pour lesquelles Dieu vous a destinée , et que vous seule pouvez faire : c'est la meilleure préparation à la mort. Votre saîut est entre les mains de Dieu : il est mieux là qu'entre les vôtres. Il vous a confié Je salut des grands : soyez fi de lie aux occasions qui se présentent à vous : vous vous sauverez en tâchant de sauver les autres : ne re-« gardez pas quel en est le succès : Dieu seul le connoît : lui seul donne l'accroissement : c'est à vous à planter et à arroser : il exige de vous le soin de certaines âmes : il n'en exige pas la guérison. Il vous faut une sainte liberté d'esprit et une grande confiance en Dieu , Jointe à une humilité profonde , pour vous acquitter de ces devoirs. N'oubliez jamais cette parole de Jesus-Christ :
Sans moi , vous ne pGUve\ rien faire.
Vous êtes uae branche de sarment : vous
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tîreztout de Jésus- Christ. Si la vraie vigne, d'où vous sortez , cessoit un moment de vous communiquer la sève qui vous fait vivre , vous seriez morte : vos feuilles , vos fleurs , vos fruits et votre fonds , tout lui appartient Déclarez- lui souvent dans vos prières , par esprit de justice et de reconnoissance , que vous renoncez à toutes les folles pensées qui vous viennent malgré vous de votre propre mérite , que vous lui renvoyez toutes les louanges qu'on vous donne, et que vous ne voulez user de l'estime des hommes que comme d'un moyen de le glorifier davantage.
Dites lui souvent ces paroles du roi prophète : Ne me de'laisse:^ pas , Seigneur 3 quand mes forces diminueront. Dieu vous aime tendrem.ent , madame ! il vous prépare de grands biens : il veut que vous en fassiez encore beaucoup icibas : soyez gaie , patiente , douce , charitable , condescendante , moins vive que jamais. Décriez ces pernicieux conseils de la politique des gens qui vous environnent et qui empoisonnent nos princes. Jamais les crimes que la religion proscrit, ne feront le bonheur d'un état : la religion est le premier ressort des sages gouvernements : tout lui doit céder : et la foi , madame , est le premier principe de la
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religion. Soyez prudente dans le bien : il y a un temps , une manière , une mesure pour le bien faire : ne perdez pas courage , quelque renversement que vous voyiez , et quoique vos forces diminuent : •quo!-|u'en nous l^homme extérieur se détruise , FhoQime intérieur se renouvelle de jour en jour : car ce moment si rapide des afflictions que nous souffrons en cette vie , produit en nous une gloire dont la solidité doit l'emporter sur towt.
Je sais, madame , la confiance que vous avez en mon ministère : il ne vous manquera jamais, tant qu^i! vous sera utile : ^'e suis plus à vous en N. S. que je ne puis vous l'exprimer : celui qui vous inspire une coniiance que je ne mérite pas par moi- mime , me met au cœur un zèle égal pour vous , et une espérance pareille en votre docilité : je vous gronderois , si je le croyois à propos : je vous prèsserois , si vous vous relâchiez : mais je crois devoir vous dire que Dieu , qui a partagé i'âg^et les forces de notre vie , ne demande pas des vieillards ce qu'il exige des jeunes gens. Vous êtes à Dieu , et j'ai cette ferme confiance que vous ne lui échapperez jamais : ce sera par sa grâce que vous demeurerez debout : mais ne vous lassez point de lui demander tous
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les jours le grand don de la persévérance. Je suis charmé , madame , de la piété du roi et de celle de nos princes dans la perte douloureuse que nous avons faite : ce sont des preuves que votre travail n'est pas sans fruit : c^est dans les coups imprévus de la providence que Von Connoît mieux le fond du cœur. Hélas ! que nos prévoyances sont incertaines !
nous ne savons ce qu'il faut demander touchant les événements de cette vie ; et le parti le plus sage et le plus sûr pour nous est de charger Dieu de nos intérêts , en nous déchargeant , avec une vraie foi , de toutes nos inquiétudes , dans son sein paternel : par là il est comme engagé à prendre soin de nous. Ne cessez de lui demander la paix générale 5 le salut du roi , et de nos princes. Un seul homme juste a obtenu de Dieu les besoins de tout un peuple : les saints rois ont obtenu de pareilles grâces : Elie n'^toit qu\in homme : à sa prière , le ciel s'est fermé ^ et s'est r'ouvert pour tout Israël. Il faut insinuer ces vérités au roi : sa foi le met à portée de les entendre ; et sa piété ^ de les goûter. Il ne peut rien faire sans J. C. : sa sagesse est vaine , ses efforts sont inutiles, ses armes ne donneroient que àes coups d'enfant : tout est perdu si Dieu ne
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îe soutient. Il veut que les rois fassent comme David , comme Salomon , et tous les autres qui lui ont été agréables , qu'ils aient recours à lui avec une persévérance fidelle. Voilà , madame , le salut des empires : car Diew choisit ceux par qui il veut les sauver ; mais il faut qu'ils soient iideles , et qu'ils soutiennent la conduite de rinvisible , comme s'ils le voyoient» Vous êtes vous-même du nombre de ceux par qui le salut doit venir en Israël : soyez donc , madame , toujours pour la foi sous la toute-puissante main de Dieu ,, qui seul perd et sauve ^ condamne aux portes de la mort , et en rappelle , nonseulement les prophètes , mais encore les peuples entiers.
Je vous enverrai tous les livres de l'écriture sainte : vous pourrez tout lire : iî n'y a nul danger pour vous ; je connois votre simplicité dans la foi , et votre respect pour la parole de Dieu , dont vous révérez les profondeurs : je sais que vous n'en voulez sonder les obscurités que par ^interprétation de Péglise. Vous trouverez dans les manuscrits de M. de Meaux des réflexions importantes sur les prophètes et sur renchaînement miraculeux qu'ilsont avec J. C. et avec la loi nouvelle, pour la confirmation de laquelle Dieu les;
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a suscités : Ilfalloit que tout ce qui est écrit de moi dans Moïse et dam les Pseaumes , et dans tous les prophètes , fût entièrement accompli y d'nl^. S. lui-même dans Tévangile. Les libertins sont bien à plaindre , d'ignorer les démonstrations que Dieu luimême nous a données de notre nouvelle religion ! Elle contient de grands mystères : ils deviennent évidemment croyables par tout ce que Dieu a fait pour les rendre certains. Ce qui fait dire à St. Paul ces paroles profondesqui renferment toute l'économie des preuves de notre religion : Il est manifeste que le mystère de Ict pieté est grand. Notre Dieu a été manifesté dans une chair semblable à la nôtre : il a été justifié par le St. Esprit , qui a rempli les peuples : il s'est fait voir aux anges , et ils ont rendu témoignage : il a été prêché aux nations idolâtres et incrédules : et ce qui est le plus grand des miracles , il a été cru dans le monde. Il faut ajouter que les témoins de sa résurrection et de son ascension , n'ont cessé de rendre témoignage , au milieu même des plus cruels supplices , sans qu'aucuif d'eux se soit démenti , malgré les tourments de la plus ingénieuse cruauté. Ce qui dicte à St. Augustin cette réflexion , pleine de vérité et de sagesse : ou le monde
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dolâtre a vu des prodiges de la part des apôtres , qui l'ont obligé à embrasser la foi , prêchée par les apôtres ; Dieu donc a établi la religion pour laquelle il a tant fait de miracles ; ou bien le monde a cru sans miracles , et c'est là des miracles le plus grand , que Dieu , par le pouvoir suprême qu'il a sur nos esprits et sur nos cœurs , ait obligé le monde incrédule à embrasser une religion qui lui paroissoit si difficile à croire et à pratiquer. Dieu , par une profonde sagesse , a répandu et conservé les juifs par toute la terre , en prédisant que cette nation demeureroit dispersée jusqu'à la consommation des siècles , afin de rendre témoignage aux prophéties anciennes , qu'elles sont véritables , et que les chrétiens ne les ont pas supposées. Evénement singulier : les autres peuples plus puissants , et qui domjnoient même sur tous les autres , se sont confondus avec les peuples qui les ont subjugués ; en sorte qu'on n'en voit pas aujourd'hui la moindre trace : des Medes , des Perses , des Grecs , des Romains, qui se sont succédés^ des Goths , des Visigots , qui ont dominé autrefois dans nos contrées , qu'en reste-t-il ? ils ont été absorbés , dès que leur monarchie a été renversée ; les juifs , sans
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temple , sans autorité , chassés de lenc Judée, haïs de tous les peuples , en dépit de toutes les révolutions humaines , se conservent par pelotons , en toutes les diverses contrées où le souffle de Dieu les a dispersés , et rendent malgré eux témoignage aux prophéties. Les nations idolâtres disent , selon la pensée de St. Augustin : si ces prophéties sont véritables , elles doivent s'entendre de J. C. ; les Juifs disent : Elles sont vraies , mais elles ne s'entendent pas de J. C. Les chrétiens en concluent qu'elles sont vraies, et doivent s'entendre de celui qui les a accomplies jusqu'aux plus petites circonstances. Ne pleurez point , madame î votre état n'est ni une tentation , ni une bizarrerie , mais un choix et une destination de Dieu. Moïse quitte pour la foi , le palais de la fille de Pharaon ^ préférant l'opprobre du peuple de Dieu aux délices du péché. Dieu veut que vous soyez dans les palais des princes , et que vous y souffriez Popprobre de J. C. , aimant mieux par la foi souffrir pour les peuples Taffliction de travailler pour eux sans fruit , que d'être complice des iniquités et des plai-» sirs de la cour.
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