‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 48 sur 80 · LETTRE XLVII · texte numérisé non relu

LETTRE XLVII

Sur T:^icit et ks sentiments de la dirigée 1

T 1 ^ ;- bien, madame, qne votre ëtat 3 soit ct. Dieu ; car il y a tous les jours un étrange combat à soutenir , et il vous y protège et fortifie visiblement. Vous êtes au milieu d'hommes et de femmes qui ne songent qu'à la vie présente : et votre cœur n'est porté que vers les choses du Ciel , jusqu'à demander souvent de mourir. Les pécheurs vous environnent ,»

et les meilleurs hommes qui vous approchent , font pleins d'imperfections.

Vous voudriez souvent de tout votre cœur èxïi' attachée à Dieu intimement , et devenir un m.éme esprit avec lui : ei; vous êtes tiraillée de tontes parts ; et le bien même que Dieu vous donne en partage , vous refuse cette douce consolation , et vous expose à mille distractions. Vous voudriez que J. C. vécût en vous : et les objets de la cour excitent souvent en vous votre propre vivacité, et ralentissent cette vie de Dieu. Vous

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voudriez servir FEglise ei Véidt : et vous trouvez des obstacles qui paroi:sent invirr- \cibles. Vous aimez quelqu'un que vous devez aimer, et il devient souvent votre plus rude croix, et vos serit'hnenrs sont toujours différents .... Vous êtes dans un âge et d'une santé où le re[>os vous conviepdroit, et vous avez toujours à agir: vous êtes infirme et souvent malade , et vous à faire ce que vous faisiez il y a vingt ans. Vous êtes à la place des reines , et vous n'avez pas la liberté d'une petite bourgeoise.

Je vous avouerai , madame , que vous m'êtes un preuve bien sensible de la singulière providence de Dieu sur les hommes et sur les justes dans les états les plus difficiles de la vie chrétienne. Tâchez de posséder votre ame par la patience : partagez ce que vous pouvez remettre : ce qu'on fait pour Dieu doit être fait sans trouble : Dieu est le Dieu de paix , et il ne demande pas que nous fassions tout à la fois : au contraire , il nous dit par son apôtre : Que tout^e fasse parmi vous avec ordre.

Le bien de l'Eglise, de l'état ; le salut du roi ; celui de la princesse , que la providence vous a livrés , celui des autres princes que vous seule pouvez ramener

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h la piété : voilà votre tâche ; voilà les œuvres que Dieu vous a préparées , et dans lesquelles il veut que vous marchiez : on ne vous demande pas le succès , mais le soin. Les contre-temps , les mécomptes passés ne doivent pas vous reButer : si vous pouvez , prenez mieux votre temps : si vous vous êtes trompée en quelques points, profitez de votre expérience. Les obscurités de la vie ne doivent pas décourager , et réduire à l'inaction les âmes que Dieu appelle à de grandes œuvres : il faut demander 'la lii-^ miere , et la suivre quand elle paroît. Je suis ravi que Dieu vous fasse connoître les mouvements secrets de votre cœur : il vous éclaire sur vos fautes , il se montre à vous , et vous enflamme souvent de reconnoissanee, de confiance , et d'amour. Malgré les obscurités dent vous vous plaignez souvent , je vois que l'esprit de Dieu, plus pénétrant qu\in glaive ci deux tYa.n-^ chants ^pénètre en roiis y jusqu'en la divi^sion de la chair et de V esprit , et vous fait connoître les mouvements de l'une et de l'autre. J'ai lu , avec plaisir , cet endroit de vos redditions d'octobre :

Je crois pouvoir vous dire ^ que je nai jamais été plus occupée de Dieu ^ que je le suis ; je songe toujours à ne le point

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offenser , et je nen suis pas plus contrainte l Vous m'écrivez aiiienrs que j'excite souvent votre amour - propre par àe^ louanges : que d'un côté, elles tous font voir toute votre foiblesse que je veux soutenir , et de Pautre , votre vanité par le goût que vous y prenez , et que vous renvoyez le tout à Dieu. Demeurez en paix , pourvu que je sache tout : c'est en effet, madame , tout ce que vous avez à faire :: ce qui vient de Dieu et qui est pour Diea doit retourner à lui : quand je vous loue y, j'excite votre reconnoissnce et votre ferveur , en vous remettant devant les yeux , ce que vous avez reçu de Dieu , et ce que vous lui devez : le St. Esprit n'a voit- il pas appris à St. Paul ce qu'il ëtoit par la grâce , et que cette grâce îî'avoit pas été vuide en lui ^ mais qu^elle^ y demeurercit toujours ? li est vrai ^ madame, que je suis très- content de vous: je vous vois ferme dans la voie du salut : vous l'écrivez vous-même , pour mefair^ connoître tout ce qui se passe en vous. Taime Dieu de tout mon cœur , médites - vous quelquefois , ;t' n\iime qu^lui : et dans un autre endroit : Je me trouve plus de bonne volonté que jamais .^ et toujours dans la jerveur ; je persistSc mus cette bonne volonté^ quoique san^

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goût s ensila le : mais le tiraillement de ma pijce y ma maiipaise santé y et la multi^ tilde des di s n actions , me font bien man-^ quer des prières et d,es communions.... Je vois votre cœur , toujours en la présence de Dicc] 5 et un grand soin de purifier votre intcuiion dans ce que vous faites. Soyez libre , soyez en paix , demeurez terme et inébranlabie dans la profession de votre espérance : car celui qui apro» mis est fidèle. J'ai bien envie de le voir , de le bénir , de îe louer éternellement avec vous.

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