‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 49 sur 80 · LETTRE X L V · texte numérisé non relu

LETTRE X L V

Sur Saint- Cyr et sur la Cour,

Ne mère écoute ses enfants : il est naturel qu'i's aillent ci elle : votre supérieure n'en sera pns jaîo'ise : vous les lui renverrez , pour les choses ordinaires: je sais combien vous voulez qu'elles lui soî^^nt soumises. Quand l'intérêt ou des vues humaines les conduiront à vous , vous les recevrez en les instruisant simplement avec la sagess-^ et la piété que Dieu vous a dot. née. N'êtes - vous pas chargée d'une véritable mission ? ne voulez-vous pas en remplir les devoirs ?

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n'est - il pas à désirer que vos filles ren« ferment la conduite de leur ame dans le^ confessîonnal, et îou-t le reste dans le sein des supérieurs du dedans ? ne savez- vous pas que PEglise vous a chargée de cette maison, aussi-bien que le roi son fondateur ; et que vous avez un pouvoir spirituel de fortifier les foibles , de consoler les pusillanimes , de corriger les inquiètes 5 et d'exercer avec bonté et avec patience un ministère de salut envers toutes ? Allez avec confiance : Dieu sera avec vous : vous n'irez point seule en Paradis ; et vous direz à Dieu : Me voici ^ 'Seigneur , avec les enfants que vous iriave^ donnés, La seule réserve que j'établis , madame , s^il vous plaît , pour toujours , dans Texercice de vos fonctions à Saint-Cyr , c'est que vous ne fassiez point aujourd'hui , aux dépens de votre santé, ce que vous pouvez faire également bien un autre jour de la semaine , ou du mois ; que vous sachiez renvoyer vos filles avec un mot , et qu'enfin vous vous ménagiez pour ceux à qui vous vous devez. Les impressions que vous jetez dans Te^^prit du roi en faveur de PEghse, vous donneront part à tout le bien qui se fera. Je compterois pour peu les affections que la grâce « excite en vous ^ si je ne voyois des Œuvres. 1

A Mad. de MAINTENON. î97

Dîeu en demande de vous de grandes ^ de grands ser^^ices à PEgîise, et de grands soins des pauvres. Hasardez quelquefois des avis dans les affaires importantes : et abstenez- vous-en dans les petites par l'inceititude du succès : représentez avec force les inconvénients des mauvais conseils. N'autorisez jamais ces sensualités , ce luxe , cette mollesse qui régnent où vous êtes : c'est à vous 5 madame , à réformer le monde ; ne vous conformez donc jamais à [ui par une lâche condescendance : mais fuyez les singularités.

Vos commodités sont la suite de votre place , et non refret de vos recherches :, com.ment pourriez- vous quitter les unes sans Tautte ? ne vous en troublez pas ; votre cœur n'est point dans ces choses : usez-en selon les besoins de votre santé'. Continuez à dire à Dieu : V^oifs save\ , Seigneur , que mon cœur nest point dans la vanité ^ m dans les superfluités de F état où vous irLave\ mise. Mortifiez quelquefois un peu votre vue 5 une autre fois votre goût : mettez un moment votre corps en quelque contrainte , selon que la grâce vous Pinspirera , sans scrupule 5 sans ernbarra-s et" sans suite. Ne craignez point j madame, de répéter vos anciennes plaintes : je ne craindrai point de vous

î9BLet. deM.l'Ev. de Chartres

redire ce que vous avez déjà entendu y non pour vous apprendre quelque chose de nouveau , mais pour vous exciter de plus en plus : Ffiglise nous redit toutes les années ce que nous avons appris les 2nnées précédentes, pour nous remettre dans les sentiments qui s'effacent par le malheur de notre fr ri gilité.

Ne vous mirez jamais dans vos perfections , pour vous complaire en vousmême , et pour vous préférer aux autres : quelque progrès que Dieu accorde à votre piété , ayez toujours une charité patiente et compatissante pour les autres : soyez bien éloignée de ces saints et de ces saintes qui se préfèrent en secret à toute îa terre ; qui se piquent de savoir les secrets de la vie spirituelle , et qui croient qu'on ne peut s'écarter de leur conduite sans s'égarer : quand ces personnes auroient conversé avec les anges, et seroient arrivées au plus haut degré de la contemplation , je ne vous souhaiterois point leur prétendue sainteté : Js ne peux point de consolation , dit Thomas à Kempis , qui ôte la componction.

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