LETTRE XLIX
Sur la douleur.
ON me dit hier au soir , madame ^ que vous souffriez beaucoup d'un mal de dents : Dieu soit béni ! ii afRige ce qu'il aime : la douleur est le partage de ses enfans chéris , et je me réjouis de ce que vous êtes du nombre : ils ont ia paix «ans la douleur, et sont heureux de souffrir , pendant que le monde est véritablement m.aîheureux dans la joie. Le temps de la douleur est bon pour édifier le roi , qui n'est pas accoutumé à souffrir , et qui sera plus touché de vous voir patiente , que d-e tous les sentiments de perfection , en pleine santé, qui lui parcîtroient , peut-être , des raffinements i montrez-lui donc ce que cVst que de se nourrir de la volonté de Dieu et de l'aim.er paisiblement au milieu des peines ; îa douleur est la meilleure de toutes les au» stérités. Si je ne voyois ai vous que la crainte des châtiments , oi? un amour appt^rent , tel que celui des gens du siècle, qui ne {^ardent point les ccmmen— déments de Dieu , je vous intimiderois ^
200 Let. de m. l'Ev. de Chartres
aii-lieu de vous consoler : mais je ne puis clouter que vous ii^aimiez Dieu par préférence à tout , puisque vous gardez. sa parole , et que non-seulement vous vouiez être fideile à ses commandements , mais encore à ses conseils. Je vois en vous du courage , de la fermeté , une vraie crainte d'offenser Dieu. Je vous sus un si bon gré dernièrement , de ce que 5 vous conseillant de réparer le rnatia îe défaut du sommeil , à cause de vos migraines , vous m'objectâtes d'abord vos pénitences de nécessité ! Dieu pourroitil abandonner une ame qui ne le veut point quitter , quoi qu^il lui en coûte , et qui donneroit sa vie plutôt que de î'olTenser jamais ? Je vous Tai déjà dit , et je vous îe répète avec plaisir ( car je vois bien que vous ne vous lassez poist d'en recevoir les assurances ) il m'a parm une grande prédilection de Dieu sur vous : j'ai vu le bras du Tout-Puissant étendu sur vous , et je ne doute point que Dieu n'ait sur vous quelqiie granddessein.
A Mad. de Maintenon. aorî