‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 53 sur 80 · LETTRE LU · texte numérisé non relu

LETTRE LU

Sur les découragements de la dirigée.

JE suis accablée de soins , de peines , et d'affaires temporelles : je suis in-vebtie de tout ce qui me déplaît , et de tout ce à quoi je ne suis pas propre. Quand ma conversation sera-t-elle dans le ciel? je ne communie que par obéissance : je n acquiers aucune vertu : je ne me fais aucune vio^ lencepour r amour de Dieu , et je ne connois point r union avec lui, La prière m'ennuie : je ne sais ni la continuer ni la reprendre. Sous prétexte d'' obéissance j je suis toU" jours occupée de ma santé : j'ai une continuelle application à éviter ce qui pourroit me lasser et m^ incommoder : mon esprit lie peut se soumettre à la contrainte des exercices de piété : je médite mal : en un mot ^ je ne puis comprendre sur quoi est fondée l'espérance que j'ai de mon salut. Cependant je prie continuellement , si gémir devant Dieu est une prière : du reste , je suis comme hébétée par F accablement de mes peines et de rna tristesse.

Voilà , madame , ce que vous m^écrivez: je voiilois y répondre à loisir ; mais j'ai

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eu tant d'affaires depuis ce temps-là , que je ne sais si j'aurois le courage de travailler à votre guérison , supposé que vous fussiez aussi malade que vous l'exposez. Mon état me fait mieux comprendre le vôtre : je n'ai que des affaires spirituelles ; et par leur multitude et le commerce où elles m'engagent , elles me rendent temporel et dissi-pé : mais je sais les grâces que Dieu vous fait , et je ne crains point de vous encourager à une plus ferme confiance que jamais. L'espérance de votre salut est bien fondée : elle est fondée sur une miséricorde singulière de N. S. J. C. sur vous, à laquelle je vous vois correspondre , depuis bien des années , avec un nouvel accroissement de bonne volonté et de ferveur : il n'y auroit à craindre pour vous que le découragement et l'infidélité : et je vois que c'est là tout ce que vous craignez souverainement vousmême ! les premières approches du relâchement vous alarment. Si vous cessiez d'être dans ces dispositions ^ je cesserois d'espérer si fort pour vous , et votre confiance me paroîtroit hasardée. Craignez votre foiblesse , mais espérez davantage au secours d'en-haut. St. Grégoire remarque que la conduite ordinaire de Dieu sur les justes , est de leur laisser quelques

imperfections ,

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imperfections , afin qu'au milieu de l'éclat des vertus , qui les rend l'édification de tout le monde , Pennui que leur causent ces imperfections , les tienne dans Rabaissement ; et que les difficultés qu'ils éprouvent à résister au mal , en de petites occasions , leur apprennent à ne se point enorgueillir de la victoire qu'ils remportent dans les grandes. Si votre cœur me conversoit pas dans le ciel , vous prendriez plus de plaisir aux conversations de la terre. Il est très-bon de communier par obéissance , même sans attrait sensible. Quand on est dans les dispositions où vous êtes , il ne dépend pas de vous de le faire toujours avec goût : je sais que vous vous faites de grandes violences pour Dieu ; mais il n'est pas à propos que vous soyez dans une continuelle conîra'nre.

Vous devez , sans aucun srupuîe , vous occuper de votre santé : elle n'est pas à vous , et vous en rendrez compte à Israël , à qui elle appartient.

C'est à J. C. que vous devez le pur amour qui vous domine , depuis que j'ai l'honneur devons connoître, cette science de la foi qu vous élevé au dessus des sages du siècle , cette craine filiale , qui vous donne tant d'horreur du péché , Tome IX, (15) K

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cette espérance dont vous cherchez le fondement : c'est le partage des âmes qui désirent J. C. avec ardeur , et qui se consacrent entièrement à lui : PasseT^ à moi , vous tou^ qui medesire\ ardemment. O bonheur inestimable ! vous Tavez cherché avec ardeur , vous l'avez trouvé : vous vous êtes portée vers ce Dieu des vertus et de toute consolation : vous n'êtes plus à vous , vous êtes à J. C. sans réserve et sans retour , par la préparation de votre cœur : vous avez déjà quitté le monde , quoique vous soyez encore au milieu da monde ; vous avez passé dans le monde nouveau de la grâce et de la sainteté , où l'on trouve. J. C. , ou l'on reçoit les biens de J. C. , où l'on goûte J. C. et ses délices. Il est vrai que vous desirez encore , que vous cherchez encore , que vous êtes encore plus afFamée, plus altérée qu'auparavant : je veis par toutes vos redditions , où vous m'ex pos^z l'état de votre intérieur ; je vois , dis-je , que vous gémissez toujours de n'être pas assez unie à Dieu , et que vous aspirez à une plus grande perfection : ce sont là les marques du salut ; voilà le caractère de ceux que Dieu aime : Ceux qui me mangent auront encore faim , et ceux qui me boivent auront encore soif^

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Les personnes, qui ont quelque expérience de la conduite de Dieu à l'égard des bonnes âmes , ne trouveront rien de nouveau ni d'extraordinaire dans vos vicissitudes de tiédeur et de ferveur; car on a vu de tout temps cette alternative de paix et de trouble dans les plus grands saints : de là vient qu'un d'eux disoit dans son abondance : Je ne serai jamais ébranlé ; et il ajoute aussi-tôt : Vous ai^ei^ détourné votre visage de moi , et je suis tombé dans le trouble. Le soir , dit le même David , nous serons dans les larmes j, et le matin dans la joie.

Après vous avoir fait observer ce que J. C. est pour vous , voyons ce que vous devez être pour lui. U'Epître du dimanche de cette octave vous l'apprend en peu de mots : i^. Celui qui ni écoute ne sera pas confondu. 2^. Ceux qui agissent en moi ne pécheront pas. 3^. ceux qui ap^ prennent aux autres à me connoitre^ auront la vie éternelle.

Voilà ce que vous devez faire pour plaire à J. C. et la récompense de votre fidélité : lO. Il faut écouter avec une souveraine soumission cetteSagesse incarnée, qui est pour vous l'unique voie, Punique vérité , l'unique vie. Marie-Magdeleine étoit aux pieds de Jésus , et l'écoutoit i

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la Sainte-Vierge , ditFEvangiîe , conser-^ voit toutes ses paroles : heureux moments dans lesquels Dieu parle à notre cœur ! quand il se tait , il faut nous rappeller ce qu'il nous a dit. Quel besoin n'avez-vous pas de recourir au conseil de la Sagesse dans l'état où elle vous a mise , et dans le temps où nous sommes !

Elle vous mettra au cœur des paroles de paix pour son peuple , des paroles de sanctification pour les princes et les grands de la terre , des paroles de sagesse et de vérité pous vous- même : une seule de ses paroles peut vous éclairer pour le reste de votre vie : Le Seigneur a parlé une fois 5 et fai entendu ces deux choses , que la puissance est à Dieu , et que la miséricorde est à vous , Seigneur , et que vous rejîde\ à chacun selon ses œuvres.

1^. Ceux qui agissent en moi ne péche^ ront pas. Une ame qui prête l'oreille aux paroles de la Sagesse , est féconde en bonnes œuvres : les bonnes œuvres sont l'aimant de la charité. Dieu demande de vous les œuvres que vous seule pouvez faire : elles vous suivront dans l'éternité. La plupart des chrétiens passent leur vie à ne rien faire , ou à faire du mal , on à faire toute autre chose que ce qu'ils devroient : grâces à Dieu ! je vous vois

occupée des œuvres de votre ëtat ; vous les faites en Dieu , et pour Dieu : j'en espère pour vous une grande récompense je les regarde comme un gage p!ns certain de votre salut , que si vous faisiez des miracles , et que si vous prophétisiez ; parce que l'Evangile m'apprend qu'il y aura des faiseurs de miracles , et des prophètes qui seront rejetés sur ce qu'ils n'ont pas fait la volonté de Dieu.

3^. Ceux qui apprennent aux autres à me connottre auront la vie éternelle. Voilà , madame, un des fondements sur lesquels l'espérance de votre salut est appuyée : vous avez travaillé à Saint -Cyr, à la cour , et ailleurs , à faire connoitre et aimer celui de qui vous tenez tout ; je sais mieux qu'un autre que vous ne voulez perdre aucune occasion de continuer , tant que vous vivrez ; vous aurez la vie éternelle : ceux qui instruiront les autres à la justice ^ seront éclatants comme des étoiles dans V éternité , dit un prophète : on sauve son ame en sauvant les autres , ou du moins en travaillant pour leur salut. Dieu vous a formée , comme il forme tous ceux qu'il destine aux grandes œuvres ; voyez avec une profonde reconnaissance , la différence de votre personnage à celui de tant de femmes vaines, frivoles, occu-

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