‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 57 sur 80 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

Sur ses progrès,

J'Ai reçu , madame , le dernier paquet que vous m'avez envoyé : il m'a donné une consolation singulière : je vois et j'admire la conduite paternelle de Dieu sur vous : votre état n'est pas naturel : il devroit faire couler sur vous une abondance de consolation sensible , et vous ôter le repos et la joie de la conscience : îa jouissance des biens temporels , qui s'offrent à vous , devroit vous faire perdre les biens éternels : car telle est la loi que Dieu a établie : l'on perd les biens et la paix de la conscience , quand on cesse de chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice : et il en coûte beaucoup à la nature quand on veut tout

sacrifier

'a Mad. de Maintenon. 13^

•sacrifier à la gloire de Dieu et à son saîut : Votre place , madame , devroit naturellement faire une réprouvée , et Dieu veut y avoir une sainte et une prédestinée : vous lui sacrifiez un royaume temporel , et en échange, il vous en prépare un éternel. Je veux, madame, m'étendre davantage sur le sujet de votre dernière ; celle-ci n'est que pour en accuser la réception , et pour vous dire en un mot que les pensées de Dieu sont bien éloignées de celles des pauvres I hommes comme nous. Si Dieu ne contrebaîançoit pas la félicité temporelle de j votre état , vous seriez , madame , comme I tant de femmes vaines qui vous ont de- I vancée , idolâtre de vous-même y livrée I aux passions mondaines , flattée des pé- I cheurs , recherchée par ceux qui n'aiment I rien , improuvée par les gens de bien , 1 haïe deDieu et de ses saints^, et Taffliction ! de l'Eglise , dont vous êtes aujourd'hui le I soutien et la consolation. Je ne puis m'em- \ pêcher de vous dire , madame 5 que Dieu !•! vous fait une meilleure condition par sa I i grâce, et que vous devez bien vous garder [|i de changer jamais , quelque promesse f I ou quelque menace que le monde puisse îii vous faire : espérez tout de Dieu , qui ' , tient en sa main le sort des hommes et Tome IX. (15) L

9,34Î-et.deM.l'Év, de Chartres

des empires : vous êtes bien , et vous ne serez jamais délaissée du Tout-Puissant.

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