LETTRE LXV
Sur la présence Je Dieu,
IA reine de Saba étant venue des ex- ^ trémités de la terre pour entendre Salomon , après avoir vu toute sa sagesse , Tordre de ses officiers , et la magnificence de sa maison , s'écria : Heureux sont vos serviteurs , qui sont sans cesse devant vous y et qui écoutent votre sagesse î Plus heureuse celle qui est sans cesse devant celui qui est plus que Salomon ! heureuse celle
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qui entend la sagesse éternelle au milieu des folies du siècle ! Le Dieu fort , le Dieu terrible , le Dieu des vengeances ^ qui perdra bientôt le monde entier et les puissances rebelles par le seul souffle de sa bouche , vient vous chercher , Madame , du haut de sa gloire : il veut être pour vous le Dieu de miséricorde et de toute œnsoîation : faites consister votre bonheur et un de vos principaux devoirs à profiter de ses visites , et à vivre en sa présence. Coi/r^^ après lut, quand il s'en va : priez-le de vous entraîner à l'odeur de ses parfums. Demandez à ceux qui peuvent vous ['apprendre , où. est votre bien-^aimé? oii il se repose ? oii il fait ses banquets mystérieux ? il les fait avec les âmes fidelles. Voici deux motifs pour vous exciter : i. Vous y êtes appellée. a. Par là vous connoîtrez les desseins de Dieu sur vous , et vous les accomplirez.
I. Motif : Oui , madame, c'est votre grâce : Dieu vous y attire : je l'ai remarqué il y a long- temps : et j'ai été ravi de voir dans votre dernière reddition : La vue éloignée de Dieu m'est insuppor^ table : voilà la peine des plus grands saints. Qu'un St. Ignace soit uni à Dieu par un don particulier , lui qui allant au martyre dans les premiers siècles de l'é-
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glise , déclaroit ne rien craindre , et sacrifioit volontiers toutes choses pour jouic de J. C. , l'on n'en doit pas être surpris. Que Dieu se communique intimement à tant d'autres saints martyrs et confesseurs , aux Dominique , aux Thérèse y aux Catherine , qui ont tout quitté pour Jouir sans interruption et sans partage de leur bien-aimé , ii y a plus de proportion. Mais que vous ayez le sort des^ solitaires au milieu du siècle , que l'héritage des favorites de Dieu vous soit donné , c'est ce qui doit exciter en vous une parfaite reconnoissance. N'avez- vous pas éprouvé, madame , depuis long- temps son soin assidu à vous visiter ? combien de formes n'a- 1- il pas emprunté selon vos besoins ? Je l'ai pu remarquer plus- aisément que vous : il vous a menée comme par la main où vous êtes aujourd'hui : comme un médecin , il vous a guérie des iniirmités de votre ame : comme un bon père, il vous instruit , il vous reprend , il vous* exerce : comme l'époux fidèle de votre ame , il la réjouit par sa présence , et prend plaisit à l'orner de jour en jour des richesses de sa grâce : Votre bien-aimé n^ est' il pas choisi entre mille? y a-t-ii quelqu^ autre semblable à lui î II est tout à vous : soyez aussi toute à lui. Vous ne le
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verrez point , jusqu'à ce que le rideau de la foi soit tiré : mais vous l'aurez présent , et vous l'entendrez au fond du cœur. Il vous dira des choses que vous ne comprenez pas encore , et que les âmes étourdies par le bruit des passions , et attentives aux choses du monde, n'entendront jamais : vous ne le verrez pas , dit S. Bernard : mais vous le sentirez au fond de votre ame. Vous en serez pénétrée , et vous goûterez , mieux que vous ne l'avez encore fait , combien le Seigneur est doux à l'ame qui le cherche. Car , ou je suis trompé . ou votre attrait au recueillement est une grâce d'état , et r.on un don passager : soyez donc fideile. L'on voit des amis qui ne se quittent point , des pères et des. enfanta qui sont toujours ensemble , des époux et des épouses si unis . que rien ne les peut séparer. Les liens de la grâce sont plus forts et plus tendres : qu'est-ce que Dieu ne fait pas pour vous remplir , non-seulement de ses dons , mais par hii-même ? Ste. Thérèse dit , que lorsque Dieu se n^ontra à elle 5 elle en perdit toute connoissance : que sera-ce quand vous le verrez dans tout cet éclat qui ravit les rnges ? Quoiqu'il se cache ici-bas sous le voile de la foi , il est cependant
A Mad. de MAîNTENOùÏ. a/$7,
toujours avec ceux qui Paiment : il vous fera entendre sa voix , ses conseils : il écoutera vos plaintes : il se fera sentir à vous d'une manière ineffable dans Poraison : et ces communications répandront une douceur, et une force dans votre ame, qui la rendra capable d'exécuter tous le-i desseins qu'il a sur vous. Comptez , Madame , sur l'expérience des saints et sur la fidélité de Dieu. 11 y a encore des bonnes âmes sur la terre, qui sont unies à Dieu , au milieu des embarras du siècle , qui languissent d'amour pour lui, qui se fondent en sa présence dès qu'elles l'entendent parler , à qui une de ses paroles fait goûter plus de plaisir que toutes les créatures ensemble r\'en peuvent donner , avec lesquelles il entretient une si douce et si étroite union , qu'il n'est point de tourments qu'elles ne soient prêtes d'endurer. Ce sont des énigmes pour les gens du monde , mais vous savez par expérience combien le Seigneur est doux et aimable ; dites donc avec le prophète : Mon souverain bien est de m^ attacher au Seigneur.
IP. Motif. L'attention à la présence de Dieu vous rendra fidelîe , non-seulement à vos plus étroites obligations , mais ^îocore à tous les desseins de Dieu
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sur vous : n'en doutez pas , madame j^ Dieu a des desseins sur vous que vous ne connoissez pas encore : on demandera, beaucoup à celle qui aura beaucoup reçu. Or , quoique cela soit fort étendu dans Féîat où vous êtes, et que Dieu demande de vous de grandes choses , le recueillement vous rendra lidelle à tout au milieu de vos embarras, l^ous êt€s , disoit le YssàmislQ ^ présent à tous mes pas : avant que ma parole soit sur ma langue ^ vous savei^ déjà y Seigneur , ce que je pense:, oit irai- je pour me cacher à vous ? si je mente dans le ciel , vous y êtes : si je descends dans les enfers^ je vous y trouve : si jevole à r extrémité de l'Orient , ou de VOc^ ci dent , ce sera votre main mime qui m* y conduira , et vous me tiendrez toujours de votre droite : que si je dis : Au moins lei ténèbres me cacheront à vos yeux , je trouve que pour me découvrir , la nuit même de^viendra lumineuse. Comment une ame pourrait-elle manquer à Dieu, pé- Fiétrée de ces sentiments ? Comment ,.
dit St. Bernard , pourroit-on négliger de plaire à Dieu , si l'on ne cessoit de le voir par- tout présent et attentif ? LTn sujet chargé des bienfaits de son prince , pourroit-iî se résoudre , je ne dis pas à le trahir en sa présence , mais à le C4)ntredire ^ et à résister à ses volcn-*
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tés? Marchez donc, madame, devant Dieu j^ et soyez paitaite : que vos yeux soient toujours attentifs au Seigneur , comme ceux de David. Approchez-vous de Dieu : vous serez éclairée : il vous manifestera les secrets adorables de sa volonté ; il vous donnera la force de les exécuter entièrement, purement, promptement , et comme il le veut. Que ce qu'il a déjà fait en vous soit une assurance de ce qu'il fera à l'avenir, si vous persévérez ; mais souvenez-vous qu'il demande des cœurs purs, détachés, fervents en désirs, et dépendants de ses ministres. L'horreur du péché , les bonnes œuvres et la fré-^ quentation des sacrements vous rendront tous les jours plus pure et plus digne des communications avec Dieu. Vous aurez tous les jours à vous détacher de nouveau de ce que vous avez déjà quitté. Croyezmoi , disoit St. Bernard à ses religieux „ la pratique du retranchement vous est encore nécessaire. Il faut souvent couper ce qu'on avoit déjà retranché , parce que la nature reprend aisément ce que l'esprit lui avoit fait quitter , et que les passions, poussent malgré nous des rejetons de la même racine qui avoit déjà été coupée.
Ce saint père ^ si savant dans ces Gom=* munications avec Dieu, dit sur les pas^j-
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sages au cantique de cantique , où il paroît que l'époux ne se montre à l'épouse qu'après une ardente recherche , que la jouissance pleine de Dieu, et l'abondance de ses grâces favorites ne s'accordent qu'aux âmes qui ont des désirs véhéments de s\înir à Dieu. Cherchez -le donc.
Madame , avec ardeur , quand vous vous sentez dissipée : élevez votre esprit au dessus des choses qui vous environnent : soupirez après votre bien aimé : vous ne serez point frustrée de votre attente.
Faites comme Pépouse ; demandez à ses ministres où il est : vous le trouverez sûrement par le ministère des prêtres ; lorsqu'il se cache à vos yeux , il se montre à eux pour se donner à vous; ils ont même le pouvoir de vous réunir à lui , si vous l'aviez perdu entièrement : soyez donc humble et dépendante : il m.e semble que je vous parle sans intérêt.
A Mad. de Mat^tek^on.' ïn