‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 67 sur 80 · LETTRE LXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXVIII

Exhortation à la confiance,

"S rOus me paroissez, madame , dans y la tristesse et dans ia souffrance , ^ais soumise , et contente de vivre dans Tordre de Dieu : c^est tout ce que je souhaite le plus : continuez à vous enrichir de bonnes œuvres , malgré vos désolations. La condition de l'homme est de vivre peu de temps , accablé de plusieurs misères : il s'élève et se flétrit comme une fleur , et il ne demeure jamais dans un même état : Dieu daigne cependant avoir les yeux ouverts sur lui , pour le récompenser de ses œuvres. La bonté de Dieu est admirable : il a voulu que le temps de nos peines fût très- court, et que celui de notre récompense fût éternel : le temps s'approche , et l'évangile de ce jour nous dit que ceux qui auront fait de bonnes œuvres ressusciteront à la vie éternelle , et les autres , à leur condamnation. Tous les saints que l'église nous représentoit hier dans l'épître , les palmes à la main , auprès du trône de Dieu i ont tous passé par les tribulations

A Mad. de Maintenon. a85

de leur état : quelques-uns en ont essuyé d'extrêmes : aujourd'hui ils régnent dans la gloire. Je suis persuadé que Dieu luimême vous a révélé les dispositions où vous êtes : il vous a inspiré la foi , la patience, l'espérance qui vous soutient, afin que vous en souteniez d'autres , auxquels il vous a qnie. Peut-être , madame , Dieu veut-il mettre bientôt fin à nos malheurs ; il faut le lui demander sans intermission : vos prières jointes à celles du roi dans un esprit de confiance et d'une humble soumission^ nous attireront peutêtre bientôt le secours d'en haut, dont nous avons besoin. Théodoret rapporte dans son histoire , que Théodose » dont les troupes avoient été défaites le jour précédent , résolut néanmoins dp donner bataille le lendemain avec ce qui lui restoit de gens , quoique fo^bles et battus ; il ne voulut p >s qu3 l'étendard de la croix qui brilloit à leur tête y se retirât devant les statues de Jupiter et d'H^rci îr , que les ennemis faisoient porter divint eux:

voyant le besoin qu'il avoit d un s^qm^xs extraordinaire du Dieu des armées, îî passa sla nuit dans une chapelle , pro^terîié en oraison : s'étant assoupi , il vit deux cavaliers vêtus de blanc , sur des chevaux blancs , qui l'assurèrent qu'ils étoicîir

-iJ^Let. de m. i^Ev. de Chartres

envoyés pour combattre avec lui , et «ju'ils lui réoondoient de la victoire. L^événement justifia peu d'heures après la vérité de cette promesse. Quand Dieu tarderoit encore à nous exaucer, il ne faut pas se lasser de le demander. Je ne puis croire , madame , qu^un roi si plein de foi , et un royaume si plein de bons chrétiens , deviennent la proie des hérétiques , si nous p3rsistons à recourir à Dieu avec ferveur.

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