LETTRE LXIX
Conseils généraux»
Pourquoi croyez- vous , madame y que vos redditions me donnent une idée de vous , bien différente de vous-même? elles sont , je vous assure , très-bien : je vojs y vois à découvert : vous y marquer sincèrement les différents états de votre ame. Je suis ravi de voir croître tous les jours v^tre bonne volonté , qu'elle se fortifie , qu'elle s'étend de olus en plus. Dieu veuille qu'elle soit bientôt sans born**s et sans aucine mesure î ïl faut que vous vouliez t: es -sincèrement tout ee que Dieu veut , comme il le veut , et
A Mad. de Maintenon. aSy
autant qu'il le veut , ce qui est bon , ce qui est le meilleur , ce qui est parfait devant ses yeux , par rapporta vous. Mais il ne faudra cependant rien faire qu'avec soumission , et selon la mesure qui vous sera donnée. Au nom de Dieu , madame , ne V0U9 lassez pas de renouveller sans cesse les offres de votre bonne volonté et de votre abandon. Je vous l'ai déjà dit, vous êtes dans le temps de beaucoup offrir 5 et dans l'âge de désirer beaucoup, quoiqu'il vous semble que vous ayez pea de chose à faire : Celui-là fait b^faucoup ^ dit rimitarion , qui fait bien tout ce quHl a à faire. J'espère que Dieu fera par vous des biens que vous ne connoîtrez que dans l'éternité. Vous me ferez plaisir de marquer dans vos redditions ce que vous faites au delà de ce qui vous est prescrit. Mangez le pain vivifiant ; ne craignez point , il ne se changera pas en poison , il vous changera en lui : et comptez que vous n'avancerez jamais sans ce puissant secours* vous ne deviendrez pas forte, sans le pain des forts : c'est l'usage de l'église , de fréquenter plus souvent cet incomparable sacrement dans le temps du carême : dites-moi sur cela simplement vos désirs.
Aidez , Madame , tout franchement les
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âmes droites et sincères , sans prendre trop sur vous ; ne laissez pas d'écouter celles que votre faveur pourroit un peu porter à la piété , pourvu que vous remarquiez à travers de cette imperfection un vrai désir de salut : l'on ne passe point tout d'un coup aux pratiques pures du renoncement à soi-même : Dieu veut peut-être se servir de votre exemple et de vos conseils , à l'égard de celle dont vous m'écrivez , et de beaucoup d'antres femmes que Dieu veut rendre chrétiennes , et que la bonne odeur de J. C. attirera par vous. Prêtez- vous à elles , quand vous le pourrez ; hasardez même quelquefois hardiment certaines semences dans des terres ingrates , lorsque l'occasion s'en présentera , pour voir si elles n'y prendront pas racine. Un bon avis , une parole de piété , une pratique inspirée à propos , ont été souvent le commencement d'une conversion exemplaire. Non , vous n'êtes point à la cour pour vous seule : gagnez, si vousjjouvez , madame , de ** : puisqu'elle s'avance , recevez - la : le coup de filet seroit heureux.
Vous ne pouvez fournir à tout , et vous devez , préférablement au reste , songer à vous , au roi ^ et à Saint-Cyr,
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Vos craintes me rassurent , sur - tout lorsque je les vois se perdre dans une admirable confiance en Dieu. Je comprends tout ce que vous me mandez du danger de l'amour-propre et de l'ascendant que vous avez par-tout : mais îe Seigneur est votre protecteur , votre soutien , votre guide : vous n'en aurez plus d'autre jusqu'à la mort et dans les siècles des siècles. Vous serez dorénavant un peu plus de mon troupeau , qu'au temps passé : mais mon zèle ne sauroit augmenter pour votre salut : et je prie Dieu qu'il m'en donne toujours autant pour le mien , que j'en sens pour le vôtre. Je vous regarde comme le soutien , nonseulement de Saint Cyr , qui est la principale maison du diocèse de Chartres , et qui tient à tout le royaume , mais comme l'appui de Tévêque que vous avez donné à ce diocèse : vous serez ma couronne et ma joie au jour de Pavénement de J. C. Je me tiens très- fort chargé de votre ame : et par là j'espère que Dieu me réromoenî^era , si je suis fidèle à vous conduire à lui , et à lui donner en vous la consolation qu'il attend. Je me servirai de tuut ; je ne vous écouterai pas seulement , m?is encore le public : et je profiterai de ce qui me reviendra , pour faire
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jusqu'à la fin mon devoir auprès de voas, Souvonez-vous que vous êtes poudre , e^ que vous retourncre-^ en poudre : portez en vous ce sentiment qui convient à la pénitence: priez , offrez-vous : attende25^ le moment de faire : recevez les martifications de providence : pratiquez la charité , sauvez les âmes , aimez Dieu sans m<^snre , abandonnnez-vous à lui ; ne cessez point de vous humilier intérieurement ; communiez avec confiance , et avec épanchement de cœur; dites tout au grand pasteur , quoiqu'il sache déjà tout , et qu'il sonde les cœurs et les reins» Je crois que Saint-Cyr doit entrer par préférence dans vos bonnes œuvres ; Saint-Cyr doit être votre carême , votre mortification , votre mérite , votre sanctification , comme j'espère qu'il sera votre couronne dans l'éternîté.