‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 70 sur 80 · Let. de m. l'E V. DE Chartres · texte numérisé non relu

Let. de m. l'E V. DE Chartres

à Tunique ressource qui peut légitimement fonder notre espérance. Au nom de.

Dieu , ne vous enfoncez pas dans l'abyme de tristesse où vous êtes : vous craignez vos péchés , et la colère d'un Dieu justement irrité qui aous punit : mais il faut espérer davantage , dès que nous nous humilions et que nous recourons à lui.

Dieu a souvent puni tout un peuple pour les péchés de son roi : il a aussi quelquefois sauvé tout un peuple pour la piété , et le retour d'un seul : Je ne détruirai pas tout votre royaume , dit Dieu à Salomon , contre lequel il étoit irrité depuis sa chû-te , à cause de David mon servie leur. Il est donc essentiel y madame , que vous continuiiez. à soutenir la piété du roi : notre salut dépend de sa religion , de sa confiance en Dieu , de sa modération , de son humilité , de son équité. Quand Dieu voudroit changer les bornes de ce royaume , ne vaut-il pas mieux sacrifier quelque chose à la paix , que d'exposer tout le reste ? Du moins , il est bon de consulter Dieu sur cela , et de lui exposer un cœur soumis et préparé à toutes ses volontés. Quoi qu'en disent les faux sages et les politiques du siècle, c'est Dieu qui perd et qui 5auve. Que nos ennemis se confient dans

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la multitude de leurs chevaux et de leurs armées y qu^ils s'appuient sur les alliances honteuses qu'ils ont faites avec l'hérésie ; pour nous , nous nous confierons au Seigneur qui a fait le ciel et la terre , et qui connoît le zele de notre monarque pour la religion. L'heure est venue , madame , à laquelle il vous prépare depuis long-temps : il faut lui être fidelle ; il faut lui demander cette sagesse qui vient d'en-haut , qu'elle soit avec vous , qu'elle vous conduise dans tout ce qui regarde le bien public : il faut partager avec le roi ses peines et ses douleurs : il faudroit prier avec lui , et lui faire dire ces paroles de Dai'id : mon cceur est préparé , Seigneur y mon cœur est préparé. Cette préparation de cœur dans un roi religieux , qui se remet entre les mains du Tout- Puissant , est îa plus excellente de toutes les prières : cette prière monte jusqu'au trône de Dieu , et n'en revient pas sans être exaucée.

Dans les grandes tristesses , on n'est pas maître des facultés iniérieures de l'ame : mais quand vous vous sentez , madame , toute absorbée par l'affliction , faites comme on fait dans les grands sièges : lorsque l'ennemi s'empare des dehors des places fortes , on se retire au-^dedans , et

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ensuite dans la citadelle : l'avantage que vous aurez, c'est que cette partie supérieure de votre ame est parfaitement soumise à Dieu : il y a mis une forte garnison : cette partie de la place est imprenable : Dieu est au milieu , pour la défendre ; elle ne sera donc jamais ébranlée : il est vrai que c'est une grande peine que le dehors de la volonté soit ainsi au pillage : mais tant que vous tiendrez bon dans le fort , dans cette cime que Dieu vous ordonne de ne rendre jamais à l'ennemi ^ à quelque composition que ce soit , vous serez bien heureuse , parce que vous serez fidelle : le reste ne dépend pas absolument de vous : mais cette partie principale ne peut être prise par l'ennemi , si vous-même ne lui en donnez les clefs. Retirez -vous donc souvent dans ce temps de trouble en cette cime de votre ame : et au-lieu de vous enfoncer dans la tristesse , recourez à cet asyle de sûreté où Dieu vous attend , où il vous fortifiera , consolera , conseillera, et sanctifiera : c'est ainsi que le Prophète Dai'id , dans l'abyme d'une profonde humiliation y où il expose à Dieu que sa vie se consume par la douleur, et dans de continuels gémissements : Toute ma force y lui dit- il , est affbiblie y et je sens

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le trouble jusques dans mes os : je suis devenu semblable à un vase brisé ; car fai entendu h s reproches injurieux de plusieurs de ceux qui m^ environnent : il ajoute aussi-tôt : Mais j'ai espéré en vous ^ Seigneur : ;'a/ dit : V ous êtes mon Dieu : tous les événements de ma vie sont entre vos mains : arracher-moi des mains de mes ennemis , qui prqferent des paroles d'ini-^ qui té contre le juste avec un orgueil plein, de mépris : Il finit enfin par ces paroles , qui marquent qu'il a été exaucé : Combien est grande , Seigneur , Vabondance de votre douceur ineffable , que vous ave\ cachée et réservée pour ceux qui vous craignent ! vous les retirere:{ dans le secret de votre face y afin qu'ils soient à couvert du trouble des hommes ; vous les défendre:^ dans votre tabernacle contre les langues qui les attaquent : que le Seigneur soit béni , parce qu'il a fait paroi tre envers moi sa miséricorde d'une manière admirable !

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