‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 71 sur 80 · LETTRE LXXI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXI

Sur le choix d'un Directeur.

JE vous ai bien recommandée à N. S.

aux saints Autels où je viens d^ofïiir le Sacrifice. Plus je pense à ce que vous

m'avez proposé, plus je crois Mr

(vraisembîabiement M. de la Chetardie) propre à cette fonction : il ne changera rien à ce que nous avons réglé , il vous conduira par la même voie : il connoit le monde : il est savant , expérimenté , plein de douceur et de zèle pour vous , et de l'esprit de Dieu : il vous faut un homme très-prudent : je suis consolé quand j'y pense : ce saint pasteur est très-sage , et très-sobre dans sa sagesse : il n'est pas de ceux qui n'approuvent que ce qu'ils ont fait ou conseillé : il ne vous surchargera pas de nouvelles pratiques : il n'aura point un empres ement à vous suivre , par un zele excessir, et avec une contrainte q li ne vous convient pas : il vous consolera dans vos peines , ri vous rar.imera dans vos langueurs , il vous conseillera dans vos doutes : vous avez besoin d'un tel soutien , et je crois que vous ne devez ,

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ni vous en priver par esprit de sacrifice ^ ni présumer assez de vos forces pour vous en passer. Si dans la suite , madame , ceux dont nous parlâmes hier se trouvent plus propres , si de nouvelles découvertes nous engagent à la confiance , nous en parlerons. J'espère que Dieu ne me retirera pas si tôt ; en tout cas , je ne crois pas à présent vous exposer à aucun repentir , ni à aucun mécompte, en vous proposant le successeur dont je viens de vous faire Je portrait en abrégé. Vous lui donnerez vos redditions , et vous lui montrerez les écrits qu'on vous a donnés pour votre conduite; VOUS LUI direz VOS L^ENS , vous marcherez toujours en confiance , et dans la sainte liberté qui convient à votre caractère et à votre état. J'ai tâché de vous suggérer les pratiques communes du christianisme, et de vous recommander toujours la fidélité à vos dévotions particulières y réloîgnement des nouveau^és^ une vertu ain>abîe , la tolérance de bien des choses , l'habitude d'attirer sur vous par la prière la sagesse d ^en-haut , îa peur d'être surprise par la sagesse du siècle , qui domine au lieu où vous êtes. J'ai cultivé, le plus qu'il m.'a été possible^ l'attrait que vous avez à la présence de Dieu , et le recours fréquent à N, S.. ^

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dans l'amour duquel vous devez être affermie , fondée , enracinée , irkébranlable : c'est pour cela que je vous ai conseillé la fréquentation des sacrements , et une grande dévotion à la sainte messe. J'ai espéré que dans cette vie édifiante , toute chrétienne , qui n'avoit rien de singulier hu dehors, vous gagneriez plu« d'ames à la cour y et que Dieu répandroit au dedans de vous ses dons et cette beauté singulière , que le Psalmiste nous représente au dedans et dans le secret da cœur de la fille du roi : et je n'ai point douté que parées observances communes du christianisme, par la fidélité aux pratiques particulières des devoirs de votre état , par l'abondance de vos bonnes œuvres, et par cet amcur pour N. S.

J. C. 5 vous ne vous élevassiez , de vertu en vertu , à une très-haute perfection , d'autant plus sûre pour vous , qu'elle seroit moins connue du mon^e , et plus éloignée de tf-vite singularité. Persévérez, madame \ achevez Tœuvre que votre Dieu vous a confiée , et pour laquelle il vous a appellée à la cour : il vous fortifiera dans vos tentations : il sera avec vous dans vo^ peines : allez toujours confidemment au trône de sa grâce par J. C.

Vous êtes dans la voie du salut éternel ,

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tandis que vous êtes environnée de chrétiens superfiLiels , qui suivent des routes qui leur paraissent droites , et dont F issue est la voie de la mort. Votre mort pourra être subite , elle ne sera jamais imprévue : Dieu nous cache notre dernier jour , afin que nous veillions tous les jours de notre vie. Dans le temps de sécheresse , desirez le désir ; c'est là cette bonne volonté à laquelle une grande paix est promise : c'est là le gémissement qui plaît à Dieu , et qui vaut mieux que les prières vocales. Je connois le fond de votre cœur : vous vous repentez de vos péchés : vous avez une haine irréconciliable contre les ennemis de notre souverain ma'tre. J'ai plus d'envie de vous aider qu^ jamais. Que ne voudrois-je pas faire pour ctîle qui est vraiment ma sœur, ma fille , ma mère ?

LETTRE LXXIL

Sur la Fête de No'cL

Tr'"F«^pere , madame , me rendre à Saînt- J' (".yi , îunJi an ^oir. Je reçois une excf^lleme nouv?!!^' en apprenant que votre santé se rétablit : chargez-moi bien ^

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madame : ce sera un grand surcroît dç joie pour moi ! je porterai ce fardeau de bon cœur : ne craignez donc pas de m'accabler ; trop heureux , si je puis vous soulager en vous aidant à porter ce qui vous accable. J'ai une grande espérance que N. S. vous rendra cette charge plus légère , ou qu'il vous fortifiera pour la bien porter. Allez, madame , allez souvent dans ce saint temps lui faire en esprit votre cour à Bethléem , et dites comme lesp'ieuxhergevs: allons jusquâ Bethléem:

rayons cette merveille qui est arrivée , que h Seigneur nous a découverte. Que cette crèche est admirable! les palais des rois sont-ils comparables à ce saint lieu ? c'est le séjour de la paix : c'est le sanctuaire de Dieu : c'est le paradis terrestre : les anges y accourent en foule , selon Tordre de Dieu le Père , pour y adorer son Fils unique entrant en ce monde ; car i'épître aux Hébreux nous apprend , que lorsqu'il envoya dans le monde son Fils premier-né 5 il dit: Que tous les anges r adorent ! 'N'est-ce pas là cette multitude de la milice du ciel , qui , selon St. Luc, fit entendre aux bergers le cantique de la joie : Gloire soit â Dieu au plus haut des deux , etc. ? Ils admirent la sagesse de Dieu qui commence à éclater dans ce

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profond mystère , lequel est , par excellence , le mystère de la religion.

JesUS-ChrIST promis , et J. C.

donné , voilà tonte la religion : il étoit hier, il est aujourd'hui , il sera demain ; c'est un enfant qui est Dieu et Sauveur : iî est enveloppé de langes, et couché dans une crèche : ce mystère est devenu manifeste à notre foi : Dieu a pris soin d'en démontrer la vérité : il a été annoncé par les anges , jiistifié par Paccomplissement des prophéties , confirmé par un nombre infini de prodiges , par la conversion du monde incrédule , et par la gloire suprême dont Dieu a enfin couronné son Fils unique au jour' de sa résurrection : événement attesté par des témoins oculaires » irréprochables , tous morts pour le soutien de cette merveille. Ce qui a été dés le commencement ^ ce que que nous apons ouï , ce que nous avons considéré^ ce que nos mains ont manié touchant le Verbe de vie , nous vous V annonçons : car la vie s'^est manifestée y et nous Pavons vue : nous en rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui étoit dans le Père ^ et qui s^est découverte à nous : ce que nous avons vu , et ce que nous avons ouï , c'est ce que nous vous annonçons , afin que vous entrie\ en

$ox Let. de m. l'Ev. de Chartres

société ai'ec nous y avec le Père y et avec J. C. son Fils. Ainsi parloient , prêchoient , écrivoient ces hommes pleins ^e sagesse et de vérité , témoins des merveilles de J. C. : voilà ce que la Sainte- Vierge conservoit dans son cœur , à inesure que le mystère de J. C. se déveîoppoit. O! qu'il fait bon pour vous, madame, à Bethléem ! allez y montrer votre foi , relever votre espérance , enflammer votre charité et votre gratitude : dites-lui ces paroles d'un grand -serviteur de Dieu : >^ Seigneur ! si ce que ?) nous croyons est une erreur , c'est n vous-même qui nous avez trompés , w puisque vous avez fait tant de miracles ?> en faveur du mystère de J. C. qu'il est >> impossible de ne pas le croire ". Allez , madame , vous consoler à Bethléem :

allez-vous-y décharger de vos peines :

allez entendre ces paroles de la bouche sacrée de J. C. : Vene^ à moi , vous tows qui êtes chargés , et je vous soulagerai. Je De doute point que ces paroles ne soient plus particulièrement pour vous. Quoi !

celle que Dieu a envoyée au milieu du monde pour y soutenir sa gloire , et qui désire de tout sacrifier à sa religion , seroit délaissée ! elle souffre, parce qu'elle est fidelle , et Dieu rabandonneroit ! sa

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volonté est prompte , son corps est infirme , et le Dieu fort ne la soutiendroit pas ! elle demande sans cesse la sagesse, et le conseiller des hommes l'abandonneroit à l'incertitude des temps où nous sommes ! elle ne veut que remplir les devoirs d'une place pénible , importante, qu'elle n'a pas choisie , qu'elle ne demanderoit pas , qu'elle occupe par soumission à la Providence , et le Dieu de miséricorde ne seroit pas touché de ses vœux ardents pour le bien public î et il seroit inexorable aux prières que le St. Esprit excite dans son cœur l Non , madame , je ne le saurois penser , et j'ose au contraire assurer qu'elle sera secourue à Bethléem , si elle persévère avec l'églisô d'y faire sa cour au souverain Seigneur de l'univers : car il a dit : Bienheureux sont ceux qui ont faim et soif de la justice ! parce qu ils seront rassasiés.

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LETTRE LXXIIL

Sur les malheurs de PEtat,

ÏL me paroît que Dieu est avec vous ; je le bénk de la droiture avec laquelle par sa grâce vous allez en toute chose au bien. Persévérez , madame ! que ne devons-nous pas à Dieu et â la religion dont il nous a éclairés ? Dieu ne vous a point donné une religion de femme mondaine , ou de ces âmes occupées de petites pratiques , et fort ignorantes dans les grandes : vous avez reçu la couronne de quelque prélat , de quelque grand personnage qui n'a pas su garder ce qu'il avoir : et Dieu vous a donné sa portion , afin que vous en rapportiez des fruits. Gardez mieux que ce pauvre disgracié , qui nous est inconnu , ce qu'il a perdu et qui vous a été donné , selon cette parole de l'Apocalypse : Garde^ bien ce que vous ai^e:{ , de peur qu^un autre ne reçoirs votre couronne. Vous souffrez , Madame , par bien des endroits , et souvent avec ennui , tristesse et répugnance : mais ces souffrances acceptées avec soumission aux

ordres

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ordres de Dieu , que vous ne pouvez détourner , lui sont agréables.

Hélas i madame , je suis honteux de vous en parler : car je sens une langueur qui me fait fort désirer ma guérison , et qui me réduit à une acceptation aussi languissante , quoique je désire bien sincèrement de parvenir à ce degré : car , quoi de meilleur ici-bas , que d'obéir à un si bon maître , et à un tel père , qui , pour une légère souffrance , nous prépare une paix éternelle et incomparable gloire qui surpassera toute mesure ?

Comment pourriez - vous , madame,^ être insensible à ces peines , qui sont dans îes foibles et dans les mondains la source de tant de péchés? Vous croyez quelquefois être trop sensible aux choses qu'il fgut quitter , et froide pour ce que vous allez trouver : c'est ce que vous me marques en un endroit. Mais vous ne serez pas insensible à ce qui se passe ici-bas , quand même vous l'auriez quitté. La charité qui vous presse sur les besoins de l'état ne vous laissera pas indifférente ni oisive : mais elle sera plus pure. L'état parfait de l'autre vie vous délivrera des imperfections qui se mêlent ici-bas à vos vertus. Vous aimez à présent comme un enfant : là-haut , vous aimerez comme le$" Tome IX. (15) O

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parfaits. Vous marchez ici-bas dans l'obscurité , et vous ne voyez qu'à demi et à travers un nuage : là-haut , vous verrez à découvert toutes choses dans la clarté de Dieu. Ici-bas , l'esprit est prompt et !a chair est foible : là- haut , tout sera sain et plein de force. Le capital dans ce pèlerinage est de faire tout dans la vue de plaire à Dieu , et de mériter la perfection consommée de l'amour qui nous unira à lui. On vous maudit, mais ce sont les inéchants : vous êtes haïe de ceux qui Ivaïssent Dieu , et que Dieu hait ; de ceuîç qui seront couverts de honte et d'une éternelle confusion ; de ceux qui n^aiment ni le roi ni i'état ; de ceux qui yi^oseroienî paroître que sous les déguisements des libelles anonymes ; mais vous êtes chérie de Dieu, Vous devez donc vous réjouir d'avoir part aux malédictions qîie l'Evangile prédit aux amis de Dieu , qui souiîrent pour la justice. Plus je vous approfondis ^ madame , dans l'état présent des affaires et de Fhumiliation du roi , plus j'admire les vues de Dieu sur vous, il élevé les uns pour les perdre , à cause des maux infinis qu'ils font dans les grandes places où ils ne devroient faire que du bien : il vous a élevée pour vous îianetifier par la voie de la souffrance . et

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3e la croix , et par l'abondance des bonnes œuvres dans le lieu des plaisirs. Que seroit le roi , s'il étoit livré à vne personne flatteuse et mondaine ? Tant quç l'aversion pour ses défauts sera jointe à Vamour tendre que vous avez pour lui , et à la compassion qui vous fait partager avec charité , aux dépens de votre repos , ses malheurs , ses douleurs et son accablement , il n'y a rien à craindre pour vous : Dieu a forme le lien qui l'ous unit. Soyez seulement attentive à ne vous pas rebuter : il a besoin de vous , et nous avons grand besoin de lui , comme j'avois l'honnelir devons le dire hier : il faut le préparer aux vérités qu'il n'aime pas , par la joie qu'il aime beaucoup : il faut l'encourager , le réveiller , Pattrister quelquefois, et le consoler souvent. Si je ne savois que Dieu est en v^ous avec une grande abondance de grâces , je ne pourrois, madame^ me résoudre sans peine à vous donner de tels conseils : car j® sais les épreuves par où vous avez à passer pour en venir là : quel moyen de réjouir les autres y quand on est soimême accablé de tristesse ! Ayez confiance en Dieu , qui unit si tendrement deux personnes ' si diftéreiites dans leurs sentiments^

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