‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 74 sur 80 · L E T T R E LXXVI · texte numérisé non relu

L E T T R E LXXVI

Sur r amour désintéresse.

IL y a , madame , plusieurs choses dans la lettre que vous m'avez montrée ^ que je n'entends pas assez bien. On doit ^ ce me semble , vouloir trouver en soi

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une certaine perfection de vertus , qur doit tenir lieu de tous les autres bienfaits : et Pon doit se consoler par là des choseS' extérieures que la providence nous enlevé : et une indolence qui nous rendroit indifférents touchant la perfection de la vertu , seroit blâmable. Il est vrai aussi , que si c'est l'a mour-propre et non le desic> de plaire à Dieu qui anime , ce n'est plus vertu : je crois encore que c'est le sentiment de Mr. ... Je ne comprends pas non plus que , pour être pur dans la perfection , il faille la regarder en soi comme en autrui^ sans nulle satisfaction que ce soit soi plutôt qu'un autre, à moins qu'on ne veuille parler de la complaisance ds l^amour- propre : car d'ailleurs, la vraie chanté a pour règle d'aimer sa propre perfection préférablement à celle d'autrui : il ne la faut pas regarder comme Lucifer , par orgueil , mais pour en remercier Dieu , et pour tâcher de la conserver et augmenter autant qu'il se- peut , selon cette parole : Que celui qui est juste se justifie encore ! Il y a d'autres choses que je t^'entends pas clairement. Pour venir à ce que vous m'avez marqué , je crois qu'on ne vient point à cette mort da chrétien sans courage et sans pratiquer rhumiîité du coeur et la simplicité , qui

jrte cherche que Dieu , et s'éloigne, sansgrimaces et sans hésitation , de ce qui Im déplaît. Mais je suis bien-persuadé qu'une paresse et une simple indolence et dépouillement de courage et de pratique seroit une passiveté, blâmable pour vous , et condamnable par les règles de l'Église. Voici une proposition condamnée par un concile général de Vienne contre les Béguins et les Béguines , qui étoient des illuminés : C'est une imperfection de s'exercer dans les actes de vertu : et une §.me parfaite doit s éloigner des pratiques de vertu : ces faux illuminés établissoient qu'une ame pouvoit devenir si parfaite en cette vie , qu'elle étoit impeccable , et qu'elle ne pouvoit aller plus loin : ce qtii n'appartient qu'à la perfection de l'autre vie. Il y a une différence totale' entre le sens de Mr. de. , . .et celuici : et je ne vous Pai rapporté , qu'à l'occasion de cette perfection idéale qui con-sisteroit dans une mort entière et sans imperfection , qui banniroit tome sensibilité , et qui anéantiroit entièrement la créature , et la rempliroit de Dieu sans effort de sa part , et sans pratiques : c'est la perfection du ciel : Dieu seni toutes' choses en tous , comme dit St. Paul , sans qye la créature y mette rien par soa

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travail : elle recevra tout et sera dans une passiveté heureuse : ce qui sera la récompense et le prix de ses travaux et de ses pratiques passées. Ici-bas , nous devons mourir au péché , nous devons marcher dans une vie nouvelle ; les membres de notre corps ne doivent plus être des armes d'iniquité , et nous devons nous donner à Dieu comme vivants , de morts que nous étions , et lui consacrer les membres de notre corps pour servir à la justice : il faut obéir du fond du cœur à ia doctrine de J. C. , à laquelle noas sommes livrés par la grâce. Voilà ce que je lis dans le nouveau testament , oii il est parlé à fond de la mort des chrétiens : tout cela demande du courage et des pratiques solides de vertu. Si par petitesse ou par simplicité , on entendoit quelque chose qui donnât exclusion à cette incontestable doctrine , je n'y souscrirois jamais : je ne sais point ce que c'est que cette disappropriation de dons de Dieu ^ petitesse et mort sans réserve , qu'une infinité de personnes pénitentes et vertueuses ne connoissent pas plus que moi : mais , en tout cas , ces personnes pénitentes et vertueuses ne seroient pas privées de la lumière nécessaire à l.mr salut , si elles persévèrent dans la pénitence et

dans la vertu : elles se garderont de se rien attribuer de la gloire de Dieu : elles continueront à être humbles de cœur , et à mourir au péché sans réserve : elles tiendront à ce qu'il y a de plus pur par Ja perfection de leur état : mais elles comprendront que la perfection pure et sans défaut est pour l'autre vie : car Dieu y a mis une mesure. Il est vrai que conme nous ignorons cette mesure , et celle du progrès que nous faisons , nous avons tous les jours besoin de courage et d'attention pour avancer selon cette exhortation du St. Esptit : que celui qui est saint se sanctifie encore : et notre mesure ne sera pleine qu'à la mort : car recevant tous les jours de nouvelles grâces, nous ^y devons répondre tous les jours par une nouvelle reconnoissance : ainsi c'est un bien que nous ne connoissions pas toute l'étendue de notre mesure , afin que nous ne nous endormions jamais. Je suis persuadé , madame , que mes sentiments sur cela sont les mêmes que ceux de M. de.... et quoiqu'il voie plus que moi ^ je crois fermement ne pas penser autrement que lui. J'ai néanmoins pris occasion ici de vous in.truire , comme mère d'une communauté , sur un certain langage de dévotion mal entendue ; et je crois que tout

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ceci vous peut servir en votre particu-»- Mer. Dieu veuille vous accorder le grande don de persévérance !

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