‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 75 sur 80 · LETTRE L XX VII · texte numérisé non relu

LETTRE L XX VII

L E temps passe , madame , l'heure estvenue d'être plus vigilante que vous n'avez encore été , parce que votre salut est plus proche de vous , que lorsque vous avez commencé à croire : il ne suffit pas que vous ne vous laissiez pas aller aux grandes fautes, il ne faut pas vous endormir dans les petites. Gardez- vous bien même de vous assoupir dans ie chemin de la vertu ; la nuit est passée, le jour s'avance ; armez-vous des armes de justice pour vous défendre : vous aurez à combattre; marchez avec courage, hâtez vous, courez dans le chemin de la vertu ^ et revêtez^vous de J. G. Vous courrez ce mois avec J. G : humiliez- voiis devant lui , d'être encore si lente et si peu avancée : voyez' avec uAe sainte émulation toutes les dames courageuses qui s'avancent au devant de Pëpoux : quelque chemin que vous ayez déjà fait , gémissez d'être encore plus paresseuse que vous ne voudriez ; dites à l'époux divin de votre

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ame, qu'il vous attire plus fortement après' lui pendant cet Avent , et que vous fe-' rez de nouveaux efforts pour courir à' Podeur de ses parfums ; gémissez de voS' fautes, mais ne vous découragez pas :• Dieu est bon à ceux qui le cherchent de" tout leur cœur ; il achèvera ce qu'il a commencé; cet arbre qu'il a déjà fair croître , qu'il a chargé de fruits , en' por-' tera de plus abondants et de plus parfaits r il faut chercher plus purement et plus vé-ritablement que jamais à lui plaire err toutes choses : il faut étudier de plus en plus à fairô toutes ses volontés , portant le fruit de toutes sortes de bonnes œuvres : votre mesure est grande , il faut laremplir; travaillez ^ madame! gardezvous du plus léger sommeil, bien plus encore de l'assoupissement dans vos plus légères fautes ; demandez aussi-tôt pardon , et que le soleil r»e se couche pas sur vos amertumes , tristesses y découragements 5 immortifications , et autres infidélités de la journ'ée ; n'oubliez jamais ces paroles de J. C. j que je souhaite profondément gravées dans votre cœur :

?) Celui qui est fidèle dans les petites r choses , sera fidèle dans les grandes ; et yy celui qui est infidèle dans les petites , ?> sera infidèle daos les grandes : veiilêz-^

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V car vous ne savez pas l'heure que lefil^ 7> de l'homme viendra ; vous devez vous 9f y préparer sans relâche " : Les juifs attendoient le premier avènement de J. C. , les chrétiens attendent le second avec le même empressement. L^église rous le représente aujourd'hui bien terrible pour les pécheurs ; les avant-coureurs de ce souverain Juge feront sécher les hommes impies de frayeur : pour vous , qui serez , comme je Tespere , du nombre des élus de Dieu , vous lèverez votre tête , vous regarderez en-haut quand toutes ces choses arriveront , parce que vous verrez votre Rédempteur proche de vous. Heureux le serviteur que son maître trouvera veillant ; je vous dis, en vérité , qu'il le fera asseoir àsa table » et le servira lui-même des mets les plus délicieux.

Comment vivez-vous avec les saints ?

nous en parlerons au premier voyage ; ne suivez pas toutes leurs pensées , quand vous y voyez de l'inconvénient et qu'ils y sont intéressés , ou qti'ils agissent par des préjugés dont les plus saints sont coupables : mais hors les réflexions dont vous avez besoin pour agir prudemment dans ee qu'ils proposent , laissez les soupçons et les jugemeats incertains au tribunal de Dieu ; là vous trouverez la paix et la s(h

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reté. Pour vous , si vous étiez amie du monde , le monde ne feroit pas des libelles contre vous. Le disciple n'est pas plus que le maître ; ne savez- vous pas ce qu'on disoit du vôtre? on faisoit plusieurs discours de lui en secret parmi le peuple ; car les uns disoient : CVst un homme de bien; non, mais il séduit le peuple. (St. Jean , Chap. 6. ) Quelque chose qui vous arrive de contraire à vos projets , à votre désir même pour la perfection , ne vous découragez jamais, relevez-vous et allez votre chemin ; j'ai bien envie que nen ne vous arrête ; car vous devez beaucoup à Dieu , et il a de grands desseins sur vous. Le goût et le transport que vous sentez en lisant le Nouveau-Testament , n'est pas une petite preuve de votre progrès dans la foi ; l'horreur que vous avez du péché anime ma confiance pour vous ; j'espère que vous ne tomberez jamais dans celui qui donne la mort , que vous ne demeurerez pas dans les autres , et surtout que vous ne vous y endormirez jamais. O le triste et dangereux assoupis»sement ! Soyez gaie , réjouissez-vous au Seigneur , je vous en conjure , épanchez Votre coeur devant lui ; tout ira bien , vous serez contente , Dieu tournera à sa gloire et à votre sanctification ce que

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vous croyez souvent perdu. L'humilitë lire son profit des fautes mêmes , à plus forte raison des épreuves ; îL peut naître en vous plus parfaitement que jamais. Je îie change point en vous les jours de communion qui vous ont été permis les années précédentes ; mangez le pain des forts , et croissez. Consolez-vous , madame î Dieu vous aime , et je suis assuré que vous l'aimez ; tout tourne enfin au profit de ceux qui aiment Dieu : défendez bien cette haute partie de l'ame , oîi Il a établi sa demeure ; quoique vous soyez affligée de tous côtés au- dehors , et que la partie foible succombe à la tristesse et à la douleur , la forte en Dieu et où vous lui êtes fidèle, sera inacessible à Tennemi 5 tant que vous ne lui en ouvrirez pas volontairement les portes.

Cette pointe de l'esprit où réside la liberté , peut résister à la grâce, à toutes les foibîesses de la cliair , à toutes les attaques du monde, et à tous les efforts de Fenfer ; parce que ^ comme dit St. Jean , celui qui est , vous est plus grandque ce qui est dans le mond^ : ce qui fait dire à ce grand Apôtre : Mes bien-aimés , si notrx Créateur ne nous condamne point ^ nous avons de U assurance devant Dieu \ et quoi que iiQUs lui demandions , ncus k rçcevronê

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'de lui , pdrce que nous ohsen'ons ses corn- ■mandements et que nous faisons ce qui lui est agréable .-voilà une source intarissable de consolation et de confiance pour les justes, parce que, quoiqu'ils tombent souvent , comme dit le Concile de Trente , dans des fautes légères, quotidiennes, et qu'on appelle vénielles, Diau néanmoins ne les abandonne jamais , s'ils ne Pabandonnent eux-mêmes les premiers; ce qui n'arrivera que par la transgression mortelle de ses commandements. Ayez donc, madame , un grand soin d'assurer le chok que Dieu a fait de vous par vos œuvres : c'est par la grâce que vous deviendrez impeccable et inaccessible à vos ennemis ; je parle de ces péchés qui séparent de Dieu et qui livrent l'ame à la captivité du démon. Quand vous êtes triste, tâchez de vous consoler par les bonnes œuvres , par l'espérance , la patience , les fréquentes élévations de votre cœur à Dieu , celui qui vous soutient par les bonnes actions de votre état en soutenant les affligés par les vues de la religion ; et profitant de ce temps pour semer le bon grain , qui doit fruaifier dans la suite au centuple».

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