DES PRINCES
A Me. D E MAINTE N*\> N.
LETTRE PREMIERE
Du Roi d'Espagne ( x ) à Mad. de Maintenon.
Madrid y ce a3 Juin 1701.
JE n'ai jamais douté y madame 5 de l'amitié que vous avez pour moi ; et j'y suis , je vous assure , très-sensible. Je suis aussi fort obligé au comte d' Ayen de tout le bien qu'il vous a dit de moi. Mais je ne mérite pas encore tant de louanges.
Je ne fais que commencer ; et c'est seulement de ma bonne volonté qu'on peut répondre et me savoir quelque gré. J'au-
(1) Philippe V , chic d'Anjou , fils de Mo&» seigneur , ne le 19 Décembre 1683.
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rois fort grand besoin d'être bien secouru ; car j'ai trouvé toutes choses dans un étrange état, et sur-tout mes finances ; et sans elles , on ne peut rien faire. Je vous remercie de la part que vous prenez à mon mariage. Dieu veuille qu'il soit heureux ! Je le lui demande tous les jours , et vous prie, madame , de le lui demander pour moi. Je n'ai pas oublié le comte d'Ayen sur la toison que je lui ai promise, Je lui tiendrai ma parole. Faites mes compliments à mad. la duchesse de Bourgogne. Je lui écrirai une autre fois moins sérieusement , puisqu'elle le veut , et je quitterai la Golille. On ne peut être plus sensible que je le suis à l'amitié que le roi a pour moi : et quoique je lui écrive fréquemment, je vous prie , madame , de lui en témoigner mon extrême reconnoissance , le plus souvent que vous pourrez,, et d'être persuadée pour toujours de mon amitié et de mon estime.
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LETTRE II
Du même à la même,
Madrid , ce 3 Septembre x'Jo-u
T'Ai appris , madame , avec bien du ** chagrin , que vous aviez été malade. Mais comme on m'a mandé en même temps que vous preniez du quinquina j'espère que la fièvre vous aura quittée. Je ne doute point que la maladie de Me. la duchesse de Bourgogne n'ait contribué à votre mal : car je connois la bonté de votre cœur. Pour moi , j'ai été délivré de cette inquiétude , ayant seulement su qu'elle étoit guérie. Je vous prie de vouloir bien lui en témoigner ma joie. Je vous remercie des soins que vous avez pris pour me procurer le portrait du roi y que j'attends avec grande impatience. La duchesse d'Harcourt m'a rendu compte de l'intérêt que vous prenez à ce qui me regarde , et je vous en remercie. Je pars lundi pour m'aller marier. Je n'ai pourtant point encore de nouvelles du départ de la reine. Je vous prie , madame , de compter sur toute mon estime et sur tcute mon amitié.
a Mad. de Maintenon. i?j
LETTRE III
De Me. de Maintenon au roi d'Espagne,
Septembre 1701,
JE suis confuse et bien reconnoissante de la bonté de Votre Majesté , d'avoir donné un moment d'attention à la maladie que j'ai eue , et de vouloir m'assurer elle-même qu'elle est bien aise du retour de ma santé. Je puis bien dire avec vérité à Votre Majesté , qu'elle n'a personne plus attachée à elle que je le suis ; et que je m'intéresse à ses plus petites affaires , comme aux plus grandes. Son divertissement même ne m'est pas indifférent , et j'avois pris de grands soins de bien instruire Mad. la duchesse d'Harcourt , pour qu'elle y contribuât de tout son pouvoir. J'espère que Yotfe Majesté trouvera de la joie avec la reine , qu'on dit être pleine d'esprit. Me. la princesse des Ursins est très-propre à vous aider à la former. Il ne faut pas que Votre Majesté l'abandonne à faire sa volonté , comme la bonté du roi a abandonné Me. la duchesse de Bourgogne , qui a tant mangé et tant
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veillé , qu'elle en a été à la mort. Je me souviens que vous disiez un jour dans mon cabinet , qu'il falloit contraindre la jeunesse. Voici le temps de mettre cette maxime en pratique. Ces deux princesses ont été très-tien élevées et fort retenues ; de sorte que la nôtre s'est livrée à la liberté qu'on lui a laissée , et a abusé de son bon tempérament. Mais si sa maladie a dû être regardée comme un effet du dérèglement de la vie qu'on faisoit, elle a d'ailleurs été bien glorieuse à notre Princesse , qui y a montré toute la religion qu'on pouvoit désirer. Elle voulut se confesser , et le fit dans des dispositions et avec un courage et une résignation que son âge ne permettoit pas. Sa raison et sa patience n'étoient pas moins surprenantes dans un naturel si vif. Mais il ne faut pas parler de mort , sans dire à Votre Majesté , qui l'aura bien appris d'ailleurs , que nous en venons de voir une qui a dû réjouir le Ciel , et qui a édifié tous ceux qui en ont été témoins. Je ne parle pas seulement des gens de bien , mais les plus libertins de la cour ne voyoient pas le roi d'Angleterre sans étonnement. Il a été six jours sans qu'on pût rien espérer pour sa vie. Tout le monde le voyoit : il communia deux
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fois ; il parla à son fils , à ses domestiques catholiques , aux protestants , à notre roi , à la reine , et à tontes les personnes de sa connoissar.ee : mais tout cela avec une présence d'esprit , une paix , une joie , un zèle , une fermeté , une simplicité , dont tout le monde revenoit charmé. Quand on ouvrit son corps , les médecins et les chirurgiens prenoient quelque chose pour en faire des reliques : les gardes trempoient leurs mouchoirs dans son sang : les autres faisoient toucher leurs chapelets. Je crains d'abuser de la patience de Votre Majesté , à qui l'on a peut-être mandé toutes ces particularités. Votre piété , Sire , vous les fera goûter. Nous savons qu'elle la conserve , et qu'elleneperdpasd'occasionsd'en donner des marques. Je n'ai point d'avis à donnera Votre Majesté. Il ne revient d'elle qu'une conduite qui passe tout ce qu'on "pou voit enattendre. Nous n'avons à lui souhaiter qu'un peu plus de secours , jusqu'à ce qu'elle puisse tout faire par elle-même. Le roi voit avec beaucoup de peine que le duc d'Harcourtne revient point de sa maladie : c'est un homme à conserver.
Vous savez les services qu'il vous a rendus , et nous connoissons votre reeonnoissance. J'espère que le portrait du roi
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partira bientôt : nous n'en avons point qui en approche. Tout le monde , Sire, vous porte ici dans son cœur : on passe bien des heures à parler de Votre Majesté , et Ton envie le bonheur de l'Espagne. Diea veuille qu'elle le connoisse , et combler Votre Majesté de toutes sortes de bénédictions !
M AI NT e n o N.
LETTRE IV
Du Roi cPEspagne à Aï. de Vendôme.
Ce 2 Juin*
M On cousin , j'ai appris par votre lettre , et par ce que m'a dit le comte de Colnero , les mouvements que vous vous donnez pour entrer en campagne. Je ne m'en donne pas moins de mon côté pour vous aller joindre au plutôt ; et si des affaires très-essentielles que j'ai icinemeretenoient, jointes à Parrivéedu légat que j'attends , je serois déjà parti ; car j'appréhende que vous ne battiez les ennemis avant que je sois arrivé. Je vous permets pourtant de secourir Mantoue :
mais demeurez-en là , et attendez-moi pour le reste. Rien ne peut mieux vous
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marquer la bonne opinion que j'ai de vous y que de craindre qne vous ne fassiez trop pendant mon absence. Je compte de me rendre à Final à la fin du mois. Assurez tous les officiers François de la joie que j'aurai de me trouver à leur tête , et soyez bien persuadé de mon estime pour vous.
LETTRE V
Du Roi cT Espagne à Mad. de Main tenon.
A Buen-Retiro , ce ij Juin i7o3.
JE suis bien fâché, madame , après avoir été si long temps sans vous écrire, de recommencer dans une occasion qui vous est douloureuse , puisque c'est pour vous témoigner la part que je prends à la perte sensible que vous avez faite ( de M. le comte d'Aubigné ). Je vous ai trop d'obligations pour ne me pas intéresser vivement à tout ce qui vous touche. Vous savez que je ne suis pas homme à faire de longs compliments ; mais je me pique d'être vrai , et d'avoir un bon cœur. Ce sont deux qualités que vous avez reconnues et cultivées en moi : ainsi vous
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devez être sûre, puisque je vous le dis ^ que personne au monde ne vous estime plus que je le fais, ni ne vous aime plus parfaitement que PHILIPPE.
Lettre de la Reine d'Espagne sur le même sujet.
LETTRE VI
De la Reine d'Espagne ( i ) à Mad. de Main te non.
Àîadridy ce 2^ Mai 1704.
"T^Ous me laissez si long temps sans me * donner de vos nouvelles , que je ne puis m'empêcher de vous écrire pour vous en demander. Donnez moi en tout vos conseils : j'en ai toujours eu besoin , mais beaucoup plus présentement. Je crois que vous ne doutez pas de l'affliction ou je suis depuis le départ de la princesse des Ursins. J'ai été fort touchée de voir qu'on m'ôtoit si cruellement une personne
(0 Marie Louise-Gabrielle de Savoie, se* CorrJe fil'e de Victor-A;nedée H , mariée par procureur à Turin , le n Septembre 1701 , morte à Madrid le 24 Février 1714.
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qui étoit fort éloignée de mériter ce traitement , non-seulement par sa qualité et par l'amitié que le roi et moi avions pour elle, mais aussi par sa conduite dont je suis témoin. On ne sauroiî avoir plus de zèle qu'elle en a pour tout ce qui regarde le roi mon grand-pere , et on l'a pu connoître en beaucoup d'occasions. Enfin , je vous assure qu'il est bien cruel d'être sacrifiée à une cabale de mal- honnêtes gens , qui n'ont pour objet que leurs intérêts , et pour guides que leurs passions. Si je commence cet article , je ne le finirai pas si-tôt : ainsi il vaut mieux ie laisser , et vous prier d'écouter le chevalier du Bourg qui vous rendra cette lettre , et qui a été témoin de tout ce qui s'est passé. Vous pouvez croire tout ce qu'il vous dira : c'est un homme vrai. Pour moi , je ne vous demande autre chose , si ce n'est que vous contribuiez à détromper !e roi mon grand-pere sur le sujet de la princesse des Ursins , qui est assurément fort innocente. Je me flatte que vous voudrez bien le faire , non seulement parce que c'est rendre témoinage à une pauvre innocente qui est accusée fort injustement y mais aussi parce que vous ne sauriez me faire un plaisir plus sensible. Faites , au nom de Dieu,
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que nous vous le devions , et que je puisse vous compter au nombre de mes amies ! Pour moi, j'y suis fort portée, ayant pour vous une estime et un,e amitié qui dureront autant que ma vie.
Louise.
LETTRE VIL
De la même à la mime.
Madrid, ce i Novembre 1704.
TTOtre commerce m'est trop agréable * et trop utile , pour ne le pas continuer ; et quoiqu'il soit tard , je ne puis laisser partir ce courier sans vous écrire. Je commencerai par vous remercier de la visite que je sais que le maréchal de Tessé a faite à la Pr. des Ursins. Car quoique je ne sache point encore de quoi il étoit chargé , ce n'est apparemment pour rien de mauvais. Je vous dirai y encore une fois , ce que je désire touchant cette dame , qui est , qu'on connoisse son innocence ; qu'on lui donne quelques marques publiques de la bonté du roi mon grand-pere , qui rajuste l'affront public qu'on lui a fait : et enfin , qu'on la laisse
aller
A Mad. de Maintenon. lo?
aller à la cour. Je suis sûre que le roi lui rendroit bientôt la justice qu'elle mérite , s'il vouloit bien l'entendre. C'est ce qu'il faut que vous fassiez. Je vous donne une belle occasion de montrer que vous aimez à protéger l'innocence opprimée. On Ta vu jusqu'ici. Je crois qu'on ne le verra pas moins cette fois , et que vous me donnerez cette consolation.
Vous direz peut-être, que dans toutes mes lettres , je vous dis toujours la même chose : je l'avoue :mais , à vous dire vrai , l'affaire en question me tient tant à cœur , qu'il me semble que je ne puis assez vous en parler. Mais pourtant il faut me taire pour vous prier en confidence de me mander une chose , qui est , si je dois écrire souvent ou rarement au pays ou vous êtes , c'est-à-dire , au roi mon grandpere , à Monseigneur , et à M. le duc de Bourgogne. Si je suivois mon goût , j'écrirois sans cesse , sur-tout au premier. Mais quand il n'y a rien de nouveau , je n'ose le faire , de crainte d'importuner. Faitesmoi donc le plaisir de me mander de quelle manière je dois me conduire pour leur plaire , et pour leur marquer les sentiments vifs e^ sincères que j'ai pour eux. Vous pouvez croire que je serai ravie Tome VIL (13) K
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de suivre tous les conseils que vom prendrez la peine de me donner , et que je les regarderai toujours comme venant d'une personne que je compte au nombre de mes amies. Ne craignez pas , comme vous me marquez dans votre lettre , de vous rendre importune. Cela n'est pas facile , quand on a de l'esprit , et pardessus cela , qu'on a pour vous autant d'amitié que j'en ai.
P. S. Bonne nouvelle. Enfin , le roi mon grand-pere a accordé à la Pr. des Ursïns d'aller à la Cour. Je vous en remercie très-fort , et ^ous prie d'en bien marquer ma reconnoissance au roi. Après que vous aurez eu quelques conversations avec la Pr. des Ursins , je vous prie de me mander comment vous Pavez trouvée , et si elle a raison ou tort dans tout ce qu'elle vous dira.
LETTRE VIII
De la même à la même.
Àiadnd, ce 2% Novembre 1704.
JE vous ai déjà marqué ma joie sur la permission que la Pr. des Ursins a eue d'aller à Paris. Mais je ne puis m'empêcher de vous la répéter par un courier
A MAD. DE MaINTENON. io)
exprès que j'envoie à mon grand-pere , pour îe remercier de tant de grâces qu'il me fait. Car tout ce qui est pour la Pr, des Ursins , je le prends pour moi. En vérité , je suis charmée de l'amitié dont ce grand roi m'honore , et j'ose avancer que je la mérite par les sentiments que j'ai pour lui. J'ai reçu ce matin votre lettre du \6 de ce mois , où vous me marquez ne pas accepter ma confiance y à cause > dites-vous , que vous ne pouvez pas me servir. Quoi que vous en disiez , je veux vous la donner : et certainement, si vous voulez , vous pouvez m'être fore utile. Vous ne pouvez pas me refuser vos conseils: quand on a votre esprit et votre sagesse , on voit les choses de loin. Je n'ai point besoin , je vous assure y du témoignage de la Pr. des Ursins pour avoir bonne opinion de ma sœur , ni pour l'aimer tendrement : vous ne saurie 5 croire combien je suis aise de ce qu'elle m'écrit souvent : enfin , croyez que ce qui vient d'elle m'est très-agréable. Comme j'ai plusieurs lettres à écrire ce » soir , je ne saurois vous parler de plusieurs choses que je souhaiterois. Je les remets à une autre fois : et par celle-ci je ne ferai plus que vous prier de nouveau de vouloir être de mes amies,
Ki