io Lettres des Princes
LETTRE IX
De la même à la même,
Madrid , ce 19 Décembre 1704.
"\ TOus savez que je m'adresse à vous * dans toutes les choses que je souhaite et que je crois nécessaires au service des rois. La princesse des Ursins s'est toujours flattée de trouver grâce auprès de vous, dont eile m'a tant de fois, par mille traits aimables , fait connoître la justice et la bonté. Je vous prie avec les dernières instances , de lui en donner les assurances sans réserve , en obtenant du roi mon grand-pere son retour ici. Je serai ravie de devoir à votre amitié cette grâce que je prends toute sur mon compte. La princesse des Ursins peut vous dire le cas que j'en fais. Je conjure ma sœur de joindre ses prières aux miennes : et je lui marque une seule raison sur l'importance de laquelle vous jugerez aisément de celle du retour de la princesse des Ursins. Comme je ne doute pas que ma sœur ne vous montre ma leure pour prendre les mesures que vous jugerez k
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propos , je ne vous dis pas toutes les raisons qui me rendent la présence de la princesse des Ursins nécessaire. Vous avez tant d'esprit , que je n'ai pas besoin de vous les expliquer. Mais je ne doute nullement que vous ne fassiez tout ce que vous pourrez pour que cette grâce me soit accordée. Croyez que j'y serai toujours fort sensible , et que j'ai et aurai pour vous une estime et une amitié infinies.
P. S. Je vous envoie une lettre que le roi vous écrit, par laquelle vous verrez que cette affaire ne lui tient pas moins à cœur qu'à moi.
LETTRE X
De la même à la mime.
Madrid y ce 16 Janvier \*Job.
TE vis, l'ordinaire dernier, dans quelques *J nouvelles , que vous étiez un peu incommodée. Je m'intéresse trop à vous , pour ne vous en pas marquer mon inquiétude. Croyez que tout cela ne sont point compliments , mais choses qui sortent de mon cœur. Je me flatte avoir
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bientôt une nouvelle raison de vous armer , en apprenant que le roi mon grand-pere m'aura accordé la grâce que je lui ai demandée sur la princesse à?s Ursins. Car je vous assure que rien ne me fera tant de plaisir par mille raisons , mettant à part les principales qui regardent le service des deux rois. Je vous dirai que je suis persuadée que si vous étiez témoin de îa vie que je mené , vous n'oublieriez rien pour le retour d'une femme qui peut la changer: il est vrai que quand je suis avec mon cher roi , je n'ai besoin de personne pour me consoler d'être dans un pays tel que celui-ci ; j'oublie alors toutes mes peines. Mais de tout le jour vous pouvez compter que je ne suis pas deux heures avec lui. Il est continuellement occupé par ses affaires , par la chasse , son unique divertissement. Ainsi je passe ma vie seule tout le jour , seule dans ma chambre. La princesse des Ursins vous dira combien les Espagnoles sont divertissantes ; et vous jugerez que je n'ai pas tort d'aimer mieux être seule qu'avec elles. Vous connoissez aussi l'esprit et l'humeur agréable de cette princesse. El!<3 m'amusoit fort quand elle étoit ici. Elle m'adoucissoit le joug où je suis condam-née. Ainsi ; quand ce ne seroit que pai*
A Mad. ds Maintencn. aî3
pitié , vous c';es obligée , en conscience , de demander fortement au roi de me la renvoyer vite. Mais cette raison n'est rien en comparaison de toutes !es autres qui seroient trop longues à dire.
LETTRE XL
De la mime à h même.
Madrid, ce 22 Janvier x'Job.
QUelle obligation ne vous ai-je point , madame , de la grâce que je viens d'apprendre en ce moment , que le roi mon grand-pere m'a accordée de laisser revenir en ce pays-ci la princesse «les Ursins ? Je ne doute pas que vous n'y ayez eu beaucoup de part. Mes sentiments sur cela sont inexprimables. Ce qu'il faut que vous fassiez à présent , c'est de presser la princesse de venir le plutôt qu'elle pourra, quoique je crois qu'elle fera toutes !es diligences possibles. Je suis charmée de mon grand-pere : il faut avouer que c'est un grand roi , et qui sait rendre justice à qui la mérite ! Je voulois vous dire sur tout cela mille choses : mais je suis si aise, que je ne sais ni ce que je fais , ni ce que je dis.
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Lettre de mime date , du roi d'Espagne a Aïad. de Mainte non y sur le mime sujet.
LETTRE XII
De la mime à la mime.
L est y je crois, temps que je réponde à votre lettre du ai février. Vous aurez su par ma sœur la raison pourquoi je ne l'ai pas fait plutôt. Je vous avoue qu'il faut une meilleure plume que la mienne pour soutenir un commerce oà vous mettez tant d'esprit et de sentiment. Je n'ai pas eu peu de plaisir de voir comment vous parlez de la Pr. des Ursins. La tendresse que j'ai pour ma sœur est si grande , qu'on ne la sauroit exprimer. Je crois que je mourro's de joie , si je la revoyois une fois en ma vie. La Pr. des Ursins peut vous dire tous les projets que j'ai faits pour arriver à ce bonheur , qui , ;m pis aller, comme vous dites , sera au mariage de mon neveu. Il est vrai que je ne serois pas fâchée d'avoir des enfants y par toutes les conséquences favorables que la fécondité des reines porte après elle. Mais aussi je vous avoue que je ne suis point fâchée de n'avoir point encore
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commencé. Je n'en souhaite que très peu. Car, quoique je n'aie pas encore éprouvé, comme ma sœur , ce que c'est qu'une grossesse et des couches, je comprends fort bien que cela n'est pas assez bon 9 pour être tentée d'y revenir souvent. Il faut à cette heure que je vous gronde un peu touchant le manger de ma sœur dont vous me parlez. Pourquoi ne la grondezvous pas ? Pour moi , je mange peu et des choses qui ne puissent pas me faire de mal. Je vous assure que , sur la demande que vous avez faite à la Pr. des Ursins qu'elle vous dise mes défauts , elle a plus à vous répondre que quand vous lui demanderez mes vertus , qui sont , pour mon malheur , en très-petit nombre. Je vous assure que je ne souhaite pas moins que vous , la prise de Gibraltar et de Verne : car j'en connois l'importance.
Vous me demandez de quoi vous pouvez m'entretenir pour me divertir : je vous dirai que je trouverai bon tout ce qui viendra d'une personne que j'estime et aime autant que vous. Mais , au nom de Dieu, écrivez-moi souvent! Je ne veux point vous incommoder ; mais croyez que vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir : que vos lettres soient gaies, qu'elles soient tristes , elles me seront toujours
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agréables , aussi bien qu'au roi , qui a pour vous des sentiments tels que vous pouvez désirer , et qui n'a pas été moins charmé de votre lettre que moi. Vous ne me faites pas un petit plaisir en me parlant de la passion que M. le duc de Bourgogne a pour ma sœur. Car , selon moi , une femme ne sauroit être heureuse, si elle n'aime son mari , et si elle n'en est aimée. Ainsi , je suis ravie que cela soit dans une personne que j'aime plus que moi-même. Comme je vous regarde comme une de mes meilleures amies , je rie puis m'empêcher de vous marquer l'extrême inquiétude où je suis , depuis que j'ai appris que la princesse des Ursins a eu la fièvre double-tierce : ce qui me fait attendre les couriers avec une trèsgrande impatience. Mes lettres doiventelles être gaies ou tristes? Conduisez-moi : car , à tout prix . je veux plaire. Vous avez beau dire que de trois cents lieues on ne sauroit guider personne. Je sais que vous avez les yeux très -bons. Donnez-moi donc cette marque d'amitié. Car , malgré mes bonnes intentions , malgré l'envie de me faire une réputation irréprochable , je ferai mille fautes , si vous ne m'aidez de vos conseils. Sou /enez-vous ée qui je suis sœur, Souvenez-vous de
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qui je suis fille. Souvenez- vous combien je suis voue amie.
LETTRE XIII
Du Roi d'Espagne ù Me. de Mâintenon.
Madrid , ce 16 Septembre 1707. \
LA princesse des Ursins m'a montré une lettre de vous , madame y où vous m'accusez d'avoir de la sécheresse , de n'être point flatteur , et de ne me ressouvenir d'aucune Françoise. Je vous passe le reproche sur la flatterie ; car il est vrai que je n'en ai guère. Je ne sais si je parois plus sec dans mes discours , que je ne le suis en effet par mes sentiments. Mais ;e ne me sens pas coupable d'oublier les dames qui se ressouviennent de moi.
Je les ai cru plus occupées des divertissements et des plaisirs delà cour où elles se trouvent, que des affaires désagréables et importantes que j'ai presque toujours eues depuis le commencement de mon règne , jusqu'à cette heure. Et je ne me fais guère senti en humeur de badiner de Madrid , comme j'avois commencé à faire avec ces dames , lorsque ie partis
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ce Versailles. Tomes choses ont leuc temps , madame : je deviendrai gai , quand j'aurai sujet de l'être : et je ne répondrois pas , si je puis une fois être sssez heureux pour chasser mes ennemis de mes royaumes , que je n'allasse en quelque endroit de France , remercier le roi mon grand-pere de m'en avoir donné les moyens. C'est là , madame , où je prétends renouveller toutes mes anciennes connoissances , et jouer à colin-maillard , et à tel autre jeu qu'il plaira à Me. la duchesse de Bourgogne et aux femmes de sa ccur. Pour vous avec qui je voudrois avoir un commerce dès à présent , par l'agrément que j'y trouverois en toute manière , trouvez bon que je vous dise qu'il ne tiendra pas à moi. Je l'avois commencé autrefois à Barcelone , mais îî me parut un peu languissant de votre côté. Je crus , à vous parler franchement, que vous vous en souciiez assez médiocrement. J'en jugerai mieux par la réponse que je vous prie de me faire : si elle est telle que je la désire , vous connoîtrez, madame , combien j'estime tout ce qui part de vous. Mais , quoi qu'il en puisse être, j'aurai toujours une extrême reconnoissance de vos bons offices aupiès du roi mon grand - père ; et
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vous aurez en moi un fort véritable ami , qui saura toujours rendre justice à votre mérite.
LETTRE XIV
De la Reine d'Espagne à Mad.
de Maintenon.
Madrid, ce 2 Octobre 1707,
IL y a bien long-temps , ma chère madame , gue je ne vous ai écrit. Je me îiatte que vous n'en comptez pas moins sur mon amitié : j'ai été dans deux états qui ne me permettoient guère d'écrire : mais je ne puis être davantage à recommencer uncommerce qui m'est siagréable:
et je suis bien-aise de vous faire remarquer que c'est vous qui l'avez laissé tomber , et moi qui veux le rétablir : c'est une marque que je m'en trouve mieux que vous : avouez le moi au moins de bonne foi. Je n'en suis pas surprise : je suis dans la solitude que je trouve par-tout également , soit à Madrid , soit à Retiro , qui est le plus grand voyage que je fasse ; et vous , madame , vous êtes entourée «le toutes sortes de plaisirs. Et quoique
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vous les goûtiez assez médiocrement , et que la solidité de votre esprit et de votre piété vous occupe souvent des choses les plus solides et moins divertissantes, vous ne laissez pas pourtant , étant dissipée par des occupations de toutes sortes d'espèces , d'avoir moins de temps à me donner , que je n'en ai à vous faire part de ce qui me touche. N'est-ce pas , ma chère madame, me mettre à la raison ?
Croyez-vous de bonne foi que je tâte de Pexcuse que vous m'avez quelquefois donnée , d'être embarrassée du commerce que vous avez avec moi, parce que vous ne savez , dites-vous , de quoi remplir vos lettres ? Si j'avois assez de bonté pour vous passer une telle raison , je ne mériterois guère que vous voulussiez prendre la peine de me donner de vos nouvelles . et vous ne devriez pas faire grand cas de l'amitié d'une personne qui pgeroit si mal de votre esprit. J'en ai suffisamment pour connoître et pour admirer le vôtre. Il suffit que vous vouliez •Lien dire quelque chose , pour qu'on prenne pvaisîr à l'entendre ; il y a un tour singulier et aimable dans toutes vos expressions. Ainsi , ma chère madame , il n'est pas nécessaire que j'aie une plus grande connaissance de la coin ou vous
A Mad. de Maintenue, aa?
êtes, pour que vous me fassiez part de mille bagatelles , qui ne laissent pas d'être curieuses à savoir. Elles seront plus de mon goût , je vous assure , que les grandes nouvelles , dont je n'ai que trop souvent la tête remplie. Nous attendons incessamment celle de la prise de Lerida : tout ce que mon oncle fait , paroît fabuleux. Il viendra ici , d'abord qu'il aura fait cette conquête , faire la cérémonie du baptême de mon fils. Je crois qu'il le trouvera beau. Si j'en voulois croire ma sœur, il le seroit moins que mon neveu : car elle me parle de son fils , comme s'il n'y en avoit pas un si merveilleux. Quelque complaisance que j'aie pour elle , je ne puis en convenir , le prince des Asturies n'ayant aucun défaut , et son visage étant tout rempli d'agréments. Personne ne ie voit sans en être charmé : et la princesse des Ursins , qui n'est point du tout accoutumée aux complaisances fades , me dit tous les jours quetoute sa frayeur est qu'on ne vienne à idolâtrer ce prince. Sa santé continue à être parfaite. Je voudrois bien que celle de ma sœur pût soutenir tout ce qu'elle fait. Elle m'a mandé que rien n'étoit si bon pour se bien porter que les divertissements , et que je ne me misse point en peine des fatigues qu'elle prenoit, Il me
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semble qu'elle et Mr. le duc de Bourgogne se tiennent assez passablement à table à leur dîner, et à leur retour de chasse. Moi, qui crois avoir bien soupe , quand j'ai mangé une alouette > je ne sais comment je pounois tenir une bonne contenance, si j'étois admise à leur compagnie. Je crois qu'ils m'en trouveroient bien indigne , ne buvant pas plus à proportion que je mange. Je n'aurois pour consolation que le suffrage de Mr. Fagon. J'espère qu'il mettra toute son application à nous choisir de bons médecins. 11 est trop honnête pour nous tromper , et trop habile pour l'être lui-même. Vous en conviendrez sans doute : c'est une bonne approbation que la vôtre. Je m'estimerai fort heureuse de l'avoir , puisque je serai sûre que vous y joindrez votre estime.
LETTRE XV
De la même à la même.
Ce ai Avril 1709.
On fils fut hier reconnu héritier ..vJL présomptif de la monarchie d'Espagne par les états du royaume \ et ea
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cette qualité , le clergé , tous les grands , les officiers de la couronne , la noblesse , et les députés des villes qui ont droit d'assister aux états , lui jurèrent fidélité , lui rendirent hommage , et lui baisèrent la main. Le cardinal Portocarrero officia et reçut le serment. Le patriarche des Indes , grand-aumônier , donna la confirmation à mon fils , parce que c'est la coutume de confirmer les princes ce jourlà , lorsqu'ils n'ont pas reçi>ce sacrement. Le cardinal Portocarrero lui servit de parrein , et le duc de Medina-Ceii reçut l'hommage. Cette cérémonie dura trois heures : l'assemblée étoit très-nombreuse: et tout se passa néanmoins avec tant d'ordre et un si profond respect, que je n'en fus pas moins surprise que contente , aussi bien que des expressions vives et tendres avec lesquelles chaque particulier témoignoit sa joie , et celle de tout Je royaume , en nous baisant la main. Sur les neuf heures et demie , nous descendîmes , le roi , mon fils et moi , dans l'église de St. Jérôme , que nous trouvâmes magnifiquement parée et remplie de tous ceux qui avoient droit d'y entrer par leurs charges , ou comme membres des états. Le roi étoit accompagné des grands officiers de- la couronne. .Pétois