‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 3)Chapitre 13 sur 19 · Lettres des Princes · texte numérisé non relu

Lettres des Princes

suivie de quatorze dames > toutes grandes , ou mariées à des fils aînés des grands , que j'avois choisies dans les premières maisons d'Espagne. Mon fils étoit porté par la princesse des Ursins : c'etoit à elle , comme camarera - major , à tenir ma queue : mais faisant la charge de gouvernante du prince , le comte d'Aquillier , capitaine des gardes , prit sa place ; parce vue si j'avois nommé une dame , toutes les autres auroient été au désespoir de cette préférence. Dès que nous arrivâmes sous notre dais , la cérémonie commença par le Veni Creator. Pendant toute la Messe , mon fils fut d'une sagesse et-d'une gaieté avi attiroient l'attention de tout le monde, il baisa l'Evangile et la Paix comme une personne raisonnable. Mais lorsqu'on le porta à l'autel pour le confirmer après la Messe , il commença k être fâché de s'éloigner de moi , et le bandeau qu'on lui mit acheva de le mettre de mauvaise humeur. Cela dura peu :

car dès qu'il fut revenu auprès de moi , ses pleurs cessèrent. Chacun vint ensuite , suivant son rang , prêter serment et rendre hommage. Plus de deux cents personnes baisèrent la main de mon fils , qu'il donnoit lui-même très-gracieusement , et avec beaucoup plus de patience

qu'on ne devoir en attendre d'un enfant qui n'a pas encore vingt mois. Sur la fin ,. cependant , on fut obligé d'appeller sa nourrice. Mais , en tétant , il donnoit sa main à baiser , tout comme auparavant , d'une manière pourtant qui sembloit demander si cela ne finiroit jamais. Après le Te Deum , nous passâmes à notre appartement dans le même ordre et avec la même suite. Les peuples n'ont pu donner plus de marques de leur zèle et de leur amour pour nous y qu'ils ont fait en cette occasion. La cour étoit magnifique : et je crois qu'il ne s'est jamais vu de fête, ni mieux réglée , ni qui ait fini avec une satisfaction si générale.

LETTRE XVI

Du roi d'Espagne à Me. de Maintenon.

Madrid , ce 3 Juillet 1709,

JE vous écris , madame , aujourd'hui , pour vous prier de demander instamment au roi mon grand-pere , que le ducd'Aiben'apprenne, ni de lui, ni de ses ministres , les négociations dont j'avois chargé le comte Bergueik \ parce que j'ai

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laissé à ce comte la liberté de communiquer à mon ambassadeur cette affaire , quand il jugeroit à propos de le faire. Ainsi vous en voyez la conséquence , pour éviter des mal-entendus entre ces deux ministres , qui demanderoient des éclaircissements très-désagréables. Je ne puis m'empècher de m'adresser à une aussi bonne amie que vous dans toutes sortes d'occasions. C'est une marque , madame, de la confiance, de l'estime et de l'amitié que j'ai pour vous , qui ne peuvent être ni plus grandes ni plus sincères.

LETTRE XVII

De la Reine d'Espagne à Mai/ de Maintenons

Confia , ce 9 Octobre 171 1.

À princesse des Ursins ne pouvant i vous écrire ce soir à cause du peu de temps que nous donne un homme qui va à Paris pour ses affaires particulières , j'ai voulu me charger de vous apprendre une nouvelle qui , j'espère , vous fera quelque plaisir. C'est rembarquement de

A Mad. de Maintekon. ht

l'archiduc , qui s'est fait le 27 du passé , et le même jour sa flotte a disparu de la vue de Barcelone. L'archiduchesse y est restée : mais je ne laisse pas que de croire que le départ de ce prince nous sera favorable. Je laisse à ma sœur à vous dire les nouvelles de notre armée , n'ayant que le temps de vous assurer , ma chère madame , que , quoique je ne vous écrive pas trop souvent , je ne vous en estime , ni en aime pas moins : mais c'est que je suis persuadée , avec beaucoup de raison , que mes lettres ne feroient que vous importuner. Il faut pourtant que je vous dise encore que je suis charmée d'avoir appris par ma sœur , que vous êtes contente du roi. Je suis sûre que vous le seriez encore davantage , si vous le pouviez voir de près , et bien connoître ses véritables sentiments pour le roi son grand-pere. Ils sont tels qu'ils doivent être , et tels que vous pourriez les demander.

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LETTRE XVIII

De Mad. de Main te non à la Rzine:

d'Espagne.

I L est bien triste et bien humiliant de 3 ne recevoir qu'une lettre de Votre Majesté ! il faut pourtant vous remercier d'avoir bien voulu suppléera mad. la princesse des Urstns. En vérité , madame 9 vous devriez vous contenter d'être adorée €n Espagne , sans vouloir encore nous charmer ici , nous qui le sommes déjà tant de mad. votre sœur. Je n'avois jamais cru que ce fut la crainte de m'importuner qui empêchât des reines de m'écrire, Je ne mérite un tel commerce par aucun endroit. Je suis une pauvre vieille qui n'est plus bonne à rien , et qui partira bientôt. Mais jusqu'à ce moment-là , je ne céderai à qui que ce soit sur l'ardent attachement du à Votre Majesté. Il est vrai que j'ai été ravie de vous voir donner la main à ce qui peut donner le repos à l'Espagne et à la France , et d'une manière toute pleine de confiance

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pour notre roi , que Votre Majesté aimeroit mille fois plus, si elle le connoissoit.

LETTRE XIX

De la Pleine d'Espagne à Mad. de Mainte non.

Retira , ce 26 Septembre 171a.

JE crois que vous serez bien étonnée, ma chère madame , de recevoir une de mes lettres , y ayant si long-temps que je ne vous ai écrit. Mais je vous avoue que depuis les terribles malheurs que nous avons eus, je n'en ai jamais eu le courage. La cruelle perte ! Il faut si peu de chose pour renouveller toute ma douleur î Je craignois aussi la même chose pour vous. Enfin , il faut me vaincre , pour que vous ne m'accusiez , ni de paresse, ni d'inconstance : car assurément vous me trouverez toute ma vie une de vos meilleures amies. N'en doutez pas , je vous prie , et ayez toujours un peu d'amitié pour moi. Le départ de la princesse des Ursins me donne encore une nouvelle raison pour vous importuner de mes lettres pendant son absence. La santé

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de notre petit Dauphin m'est bien précieuse : je le regarde , je l'aime , comme s'il étoit mon propre fils. J'espère fort que les eaux de Bagnieres guériront entièrement mad. des Ursins des incommodités qu'elle a. Mais vous pouvez bien croire qu'il a fallu une raison aussi forte que celle de sa santé pour me faire consentira une absence de trois mois. Nous avons été ici bien sensibles à l'heureux changement arrivé en Flandres. Je m'en réjouis -arec vous. Mais chaque bonne nouvelle me rappelle un triste souvenir de la joie qu'en auroit eue ma pauvre sœur. Je vois bien qu'au- lieu de vous égayer , comme Je voudrois toujours faire , je prends le chemin de nous affliger ensemble , etc.

LETTRE XX

De la même à la même.

Retire, ce 16 Novembre ijist

JE me réjouis avec vous , ma chère madame , de la réduction de Bouchain , dont la nouvelle est venue par le dernier courier. Voilà la campagne finie très heureusement et bien glorieusement pour le maréchal de Villars ! On doit être bien

content

à Mad. be Maîntenon. 2,31

ç-ontent de lui. J'espère que je n'aurai plus de pareils compliments à vous faire , et eue la conclusion de la paix sera assez à temps , pour qu'il ne soit plus question de campagne , Tannée prochaine. Cette dernière doit , ce me semble , faire changer de langage aux Hollandois : et en ce cas , l'archiduc seroit bien embarrassé , se voyant si seul. Il faudrait bien qu'il prît aussi son parti. Nous n'avons pas été de ce côté-ci si heureux que vous l'avez été en Flandres : car notre siège de CampojMajor a mal fini , le marquis de Bay ayant été obligé de le lever. Mais il ne faut pas pour cela , s'il vous plaît , changer de conduite avec les Portugais. Ce contre-temps ne nous donne aucune crainte pour l'avenir : et en prenant de bonnes mesures , il y a tout à espérer avec eux. Les troupes Angloises sont encore en ce pays-là avec les nationales. Nous nous en sommés plaints à Mylord Lexington. Il a écrit sur cela au commandant Angîois , qui lui répond qu'il n'a point reçu d'ordre de la reine d'Angleterre. Vous m'avouerez que cela est bien surprenant , au bout de deux moib qifon a publié et exécuté partout ailleurs une suspension d'armes.

Vous apprendrez par M. de Bonnac , ma chère madame , ce qui se passa hier, dont Tome ZrII. ( 13 ) L

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il fut lui-même témoin. Ainsi il est inutile que je vous en fasse un grand, détail. Je vous dirai seulement que le matin , le roi fit faire la lecture de l'acte de sa renonciation à la couronne de France , avec toutes les clauses qu'on y a souhaitées , le signa , et jura soJcmneilement de le garder ; ayant nommé pour témoins tous les chefs de nos maisons , et les conseillers d'état. L'après-dîné se fit l'assemblée de tous les états du royaume y dans une grande et belle chambre , remplie de beaucoup de monde , bien parée , mais pourtant sans confusion. Le roi commença par faire un discours , dont il s'acquitta parfaitement bien , et dont l'assemblée fut fort contente. Car si ce n'étoit que moi , vous ne voudriez peut-être pas vous y fier. Ensuite on lut un papier où l'on dîsoit et marquoit plus au long la raison pour laquelle le roi assembloit les états , et tout ce dont on est d'accord avec la France et avec l'Angleterre , pour parvenir à une bonne paix. Après cette lecture , un député de la ville de Burgos prit la parole pour tout le royaume , et fit une réponse au roi , pleine de tous les sentiments qu'on peut souhaiter d'eux, et sur- tout d'une recounoissance extrême , à la vue du grand sacrifice que le roi

A Mad. de Maintenon. *i%

faisoit pour l'amour de ses sujets. Je regretai bien , en l'entendant parler , que Mylord Lexington ne sût pas l'espagnol : car il me sembloit qu'on ne pouvoit pas lui bien traduire ce que ce député disoit ; et il auroit vu une nation qui sait aimer ses rois. Les états s'assembleront présentement entr'eux pour conclure tout ce qu'ils ont à faire y et passer pour loi la renonciation du roi , et puis celle qui doit venir des princes de France. Il y auroit bien de quoi s'entretenir sur uit pareil sujet ; mais je ne le fais déjà que trop longuement. J'y ajouterai pourtant encore , que le roi espère que cela Vdt continuer et avancer le repos de l'Europe,' sur - tout celui de la France et de son grand- père , qu'il souhaite si passionnément. Pour y parvenir , vous voyez tout ce qu'il a sacrifié. J'attends la princesse des Ursins à la fin de ce mois : elle est partie le 27 de Bagnieres. Vous croirez aisément que je ne serois pas indifférente au plaisir de la revoir , et en aussi bonne santé que celle que ses eaux lui ont donnée. Tout Madrid est rempli depuis assez longtemps de petite vérole , qui ne laisse pas de me faire peur : mais , grâces à Dieu! jusqu'à présent mes enfants se portent parfaitement bien. Le cetit ne m'a pas

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donné un moment d'inquiétude depuis qu'il est au monde. Je suis ravie chaque fois qu'on me mande que notre petit Dauphin se porte bien. Dieu le conserve, et le roi son bisaïeul , aussi long-temps que je le lui demande.

LETTRE XXI

De la même à la mime.

Madrid, ce 14 Décembre 1712;

"\ J Ous croyez peut-être , ma chère ma- * dame , être délivrée de mes lettres , à présent que la princesse des Ursins est de retour : mais les vôtres me font trop de plaisir pour que j'y renonce. Vous avez grande raison de croire que je ne trouverai point mauvais que vous remplissiez trois pages en parlant de la santé du roi mon grand-pere. Vous ne sauriez me dire rien de plus agréable que ce qui manque qu'il est dans l'état que le roi son petit-fils et moi souhaitons de si bon cœur. Sa conservation est si importante, eu'ort ne doit point s'étonner de l'attention que tout le monde y a , et même de tous les discours qu'on a pu tenir sur

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cela , malgré son bon tempérament. Je voudrois bien , ma chère madame , que vous et M. Fagon puissiez lui persuader de se retenir un peu sur le manger: chaque fois que j'entends raconter ses repas , j'en suis très- étonnée ; et il me semble que s'il vouloit bien avoir la complaisance de les diminuer , il ne s'en trouveroit que mieux. La princesse des Ursins vous aura appris , avant que cette lettre arrive à Versailles , son retour à Madrid. Vous croirez aisément que je n'ai pas été insensible à son arrivée. Je l'ai trouvée dans la meilleure santé du monde... Pour mad. la duchesse de Berry , el!e se conserve avec tant de sagesse , qu'elle doit espérer d'arriver heureusement à son terme. J'ai oui dire qu'elle ne veut point se servir de Clément : je doute qu'elle trouve un autre accoucheur aussi habile que lui. Nos nouvelles se réduisent à la publication de la suspension d'armes avec le Portugal , et aux préparatifs que l'on fait pour que nos troupes entrent en Catalogne en même - temps que M. de Bervick. Je crois que les Catalans ne se trouveront pas à leur aise dans cette situation , et abandonnés de leurs meilleurs alliés. Gomme le roi ne veut rien négliger de son côté à faire tout ce qu'il croit

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