Lettres des Princes
qui peut contribuer à avancer la paix ; quoiqu'il n'en attende pas grand effet , on va publier nouvellement un pardon pour les Catalans. Mylord Lexington en a parlé de la part de la reine sa maîtresse. On le lui a bientôt accordé. Ainsi , ma chère madame, vous devez être contente •le tout ce que le roi a fait depuis le commencement des négociations jusqu'aujourd'hui , pour avancer cette paix , qui y se^on les apparences > doit être bientôt conclue. Je vous quitte pour ajler recevoir beaucoup de compliments ennuyeux que Ton fait ce soir pour la naissance du roi.
LETTRE XXII
De la mime à la même.
Madrid , ce z3 Jvnyier 171 3.
^oique vous ne vouliez pas de moi , ma cheee madame , voici encore une occasion qui m'oblige à vous écrire : c'est le secours de Gironne dont le maréchal de Berwick est venu à bout si heureusement. Je m'en réjouis de tout mon cœur avec vous aujourd'hui 5 n'ayant pu
a Mad. de Maintenom. £37
le faire la semaine passée. Je vois bien qu'il faudra , malgré moi , que je vous laisse en repos , non pas par la crainte de vous charmer , comme vous le dites , puisque j'ai assez de connoissance de moi-même pour savoir combien j'en suis éloignée quand même je serois plus à portée de vous que je ne le suis ; mais par la raison que je comprends fort bien , que mes lettres peuvent très-aisément importuner. Je suis fort aise de savoir notre petit Dauphin guéri de son rhume : car la moindre incommodité qu'il a , m'inquiète. Nous avons su par ce dernier courier l'adoucissement des Holiandois. Je crois qu'à la fin vous ne douterez plus de îa paix , et que nous l'aurons incessamment. Je la désire par toutes sortes de raisons , dont Tune vous regarde : l'amitié que j'ai pour vous , ma chère madame , me faisant souhaiter du meilleur de mon cœur au commencement de cette nouvelle année , que vous la passiez dans un repos et une tranquillité qui vous sont inconnus depuis long - temps , et avec toute la satisfaction imaginable. Comme j'ai écrit depuis peu au roi mon grand-peie pour îa nouvelle année , je n'ose le faire encore sur le secours de Gironne. Voulez- vous bien lui en faire mon compliment ? Il
i>$ Lettres des Princes
auroit bien tort de douter de ma joie et de ma reconnoissance.
LETTRE XXIII
De Monseigneur, (i) Devant Phiîisbourg , « 10 Octobre 1688.
JE ne vous avois point encore écrit , ce peur de vous importuner , et parce qu'il n'y avoit point de nouvelle assez considérable à vous mander. Nous ouvrirons sans faute aujourd'hui fa tranchée , et la grande attaque du côté d'un moulin que Ton appelle le moulin brûlé. Les deux petites attaques ne laissent pas toujours d'avancer , sans pourtant que nous perdions de monde : il n'y a eu cette nuit que deux soldats tués , et cinq ou six blessés. De Gossey vient d'avoir îe po:gnet emporté d'un coup de canon en revenant de son quartier au mien. Mailfy me fit un compliment , et me dit que toutes les dames s'ennuyoient fort de mon
(1) Louis , Dauphin de France , fils unique de Louis XIV , mort de la. petite-vérole à Meudon, le 14 avril ijn , dans sa cinquantième année.
A MAD. DE IVÎAINTENON. 139
absence , et que tout étoit fort triste à Fontainebleau. J'espère que nous viendrons à bout de Phiiisbourg , ainsi que de ces dames > quoique la place soit trèsbonne. Toute mon ambition est d'être en état d'exécuter quelque autre chose , si le roi l'ordonne.
Je ne me sens pas de joie de ce qu'il est content de moi. Je vous suis infiniment obligé de la part que vous prenez à ce qui me regarde. Je vous prie de faire mes compliments aux comtesses (1). On m'avoit déjà dit que l'on jouoit chez vous , et je crois que cela fait un bel effet auprès de cette grande fenêtre que j'airnois tant. J'espère que nous aurons fini ceci dans dix ou douze jours. Comme le roi reçoit de mes nouvelles fort souvent, je crois qu'il n'est pas nécessaire que je vous en mande : tout ce que je vous dirai , c'est que je m'applique le plus que je puis à devenir capable de quelque chose , et que j'entre dans tous les détails , et me fais rendre compte de tout. Je vous prie d'être persuadée que personne n'est plus à vous que moi.
(1) De Maiïly , nëe de Saint- H,ermine ; d* !Mornay , née de Coeîquen ; de Caylus , né? de Y Mette*
i4<* Lettres des Princes
Le duc du Maine se porte bien , et est actuellement de garde à la tranchée.
J'espère qu'il aura une belle nuit.
LETTRE XXIV
Du mime,
C«3i Octobre 1688,
COmme je vous avcis promis que je vous écrirois par une occasion , je crois que je n'en saurois trouver une meilleure que celle-ci. Je me flatte que vous n'êtes pas fâchée de la conquête que je viens de faire. Je vous assure qu'elle me fait un double plaisir par ia gloire que j'en acquiers , et par la satisfaction que je sais que le roi en aura. M. le duc àe Montauzier m'écrit les plus belles choses du monde (1). Comptez que vous n'avez pas de meilleur ami que moi.
(1) M. le duc de Montauzier écrivit à Monseigneur : » Je ne vous fais pas de compliment s> sur la prise de Philisbourg : tous aviez une V bonne armée , une excellente artillerie , et » Vauban. Je ne vous en fais pas non plus sur v les preuves que vous avez données de bravoure y p\ d'intrépidité : ce sont des vertus héréditaires
A Mad. de Maïntenon. M*
LETTRE XXV
Au Camp de Manheim , 12 Novemhe i688«
LA capitulation de Manheim vient , d'être signée. Je me flatte que vous n'en serez pas fâchée. Je sais que vous êtes très-bien persuadée que je suis affligé de la mort du pauvre Mornay. C'étoit bien le plus honnête homme du monde L Je ne voulus pas vous écrire l'autre jour % parce que je n'aime point à donner les méchantes nouvelles. Je vous prie, quand vous en trouverez l'occasion , de faire mes compliments à M. deMontchevreuii et à sa femme. J'espère que Frankendal ne durera pas long - temps , et que je pourrai vous témoigner bientôt moi-même l'amitié que j'ai pour vous. Je remercie Chanteîou de ce que je suis dans son souvenir. Je crois que vous fûtes bien incommodée l'autre jour par toutes les visites que je vous attirai.
5» dans votre maison. Maïs Je me réjouis avec » vous de ce que vous êtes libéra! , ge'néreux , » humain, faisant valoir ]es sei-vices d'auirui, » et oubliant les vôtres. C'est sur quoi je vous ? hïs sxoa compliment «•
*4- Lettres des Princes LETTRE XXVI.
Au Cdwp devant Mons , ce 27 Mars 1690,
LE roi m'a montré ce matin l'article de votre lettre qui s'adressoit à moi.
Je serois très- fâché que mes plaisirs prissent h moins du monde sur les vôtres.
je suis sans façons : ne vous incommodez donc pas pour moi. Le roi m'a dit que vous lui souhaitiez la goutte , pour mettre ordre à l'habitude où il est de s'exposer: elle étoit venue tout à propos ; mais elle ne l'a retenu qu'un jour à la maison ; et il a été ce matin à la tranchée , où la goutte éîoit ce dont il se souvenait le moins. Un de mes grands chagrins „ c'est qu'il ne m'en avoit rien dit , et que j'étois ailé d'un autre côté : car vous croyez bien que j'aurois été ravi d'être auprès de lui. Il a été couvert de terre d'un coup de canon , qui a culbuté Mr. le Grand : il a eu un soldat tué assez pvhs de lui : il m'a avoué qu'il ne s'étoit jamais ser.ti si aise que d'être ici , et qu'il avoit une démangeaison épouvanfable d'aller encore plus avant qu'il n'a feit , quoique ce soit encore beaucoup
a Mad. de Maintenon. 245
trop. Le péril est passé , nous en rions ; mais jugez de nos alarmes.
Nous passons tout le jour à invoquer cette goutte , qui le fait tant souffrir , m qui nous tranquillise. J'ai bien peur que le prince d'Orange ne vienne point se faire battre. S'il venoit , Parfaire seroit complète , et je vous assure que tout le monde est bien résolu de faire son devoir-: il ne faut pas vous importuner davantage y mais il faut vous prier de me croire ie meilleur de vos amis.
Louis.
LETTRE XXVII
A* Camp de Fhnem , se 14 Juillet 1690,
VOtre lettre m'a fait tant de plaisir a en me marquant l'amitié que îe roi a pour moi , et qu'il est content de moi , que je ne puis m'empêcher de vous écrire, pour vous remercier de me l'avoir mandé. Je vous assure que je vous compte pour la meilleure amie que je puisse avoir , et que vous me ferez plaisir , si je fais quelque chose qui déplaise , de m'en donner avis franchement , afin que je tâche de faire mieux. J'espère que les çimemis me fourniront quelque occasiw
a44 Lettres des Princes
de me signaler. Je vous avoue que \& serois au désespoir d'arriver où vous serez , si je n'avois fait quelque chose qui m'attirât l'estime du roi. Vous n'avez que faire de me recommander Mailly ; il est assez bien auprès de moi : mais pourtant votre recommandation ne nuira pas.
Il est impossible que les ennemis ne prennent bientôt quelque parti bon ou mauvais. Je ne ferai rien qu'après y avoir bien pensé , et pris le conseil de M. le maréchal de Lorges. Je crois que vous me connoissez assez bien pour n'en point douter , non plus que delà sincère amitié que j'ai pour vous.
LETTRE XXVIII
Au Camp devant Mons f ce 22 Mars 1691,
COmme je vous ai promis de vous écrire souvent , pour vous informer de la santé du roi , je n'ai pas voulu y manquer. Notre voyage a été fort heureux : le roi a paru de bonne humeur z il eut hier matin peur d'avoir la goutte ; il la craint autant qu'il craint peu l'ennemi. Il alla reconnoître hier la place ■É peu trop près ; ça* ce fut à la demi-
a Mad. de Maintenon. 14^
portée du mousquet , si près , que Monsieur et moi , qui étions à l'écart pour qu'il fut seul , le prîmes pour eue des ennemis. On lui tira quelques coups de mousquet et de canon : il y en eut un qui tua le cheval de la Chenaye à plus de deux cents pas derrière le roi : enfin r nous ne fûmes en repos que quand nous le vîmes hors de là. Comme il m'a dit qu'il vous mandoit tous les Jours le détail de ce qui se passoit , je ne m'en charge point. Je le blâme ; et si j'étois à sa place , je ferois comme lui : ma lettre est finie en vous assurant que personne n'est plus è vous que moi.
LETTRE XXIX
Ce 5 Avril i6$i,
LA princesse de Conty m'a mandé par sa dernière lettre qu'elle en avoit reçu une de vous , par laquelle vous lui paraissez être contente de ma régularité à vous écrire et à vous donner des nouvelles du roi, Je vous jure que je suis ravi quand je puis faire quelque chose qui vous fasse plaisir. Toutes nos affaires sont en bon chemin : le roi ayant eu