‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 3)Chapitre 15 sur 19 · Lettres des Princes · texte numérisé non relu

Lettres des Princes

nouvelle par deux endroits que le urines d'Orange avait campé hier auprès de Notre-Dame de Kall , a donné tous les ordres nécessaires pour faire arriver aujourdui et demain toutes les troupes qui sont aux environs. La gaieté dont il est vous feroit plaisir , et celle de toutes les troupes aussi. Je crois que si le prince d'Orange fait quelques tentatives , il lui en cuira : il n'est pas assez fort pour se frotter à notre armée , qui est de quatrevingt mille hommes effectifs. On travaille fort à :>e préparer et à raccommoder les lignes et à taire les hàtatifs : enfin , il n'y a rien à quoi l'on ne songe poux faire réussir cette entreprise.

LETTRE XXX

De M. le duc de Bourgogne.

Au Camp de Schlelttaî , ce 14 Juin ïJo3~

NOus attendons ici avec impatience, madame , la réponse du roi à k lettre que ML le maréchal de Taîlard lut écrivit de Strasbourg : je crois que vous en aurez été contente , et que vous verrez aujourd'hui clairement que c'étoit

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avec raison que j'avois lieu de désirer l'hyver passé de venir ici : au reste , madame , j'apprends par la voix publique que notre Princesse , comme vous l'appeliez , a des commencements d'incommodités de grossesse , sans qu'elle, ni personne de ce qui l'approche, m'en ait mandé un seul mot : pour elle , je n'en suis pas surpris ; elle m'a oublié : voilà deux ordinaires que je n'ai reçu de ses lettres. Vous devriez bien 3 en vérité , lui reprocher un peu cette irrégularité ridicule. Du reste , je vous supplie , madame , d'avoir encore plus d'attention à sa grossesse pendant mon absence , que si j'étok auprès d'elle : elle m'a tant promis de se conserver ! conservez-la pour l'amour d'elle ; pour l'amour de moi , pour l'amoàr de l'état ; elle est d'âge à en connoître toutes les conséquences ; mais elle est aussi d'âge à les oublier : représentez-leslui de temps en temps. Piquez-îa d'honneur sur sa paresse à écrire : pour ce dernier article , il y va de mon intérêt seul : mais ne me pardonnerez-vous pas cette foiblesse ? Je vous prie d'y entre* avec amitié.

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LETTRE XXXI

Du même.

Av. Camp <U Brisaci , ce 8 Sept. i7c3.

JE ne vous ai point écrit il y a longtemps , madame ! j'ai craint de vous incommoder , et que votre politesse ne vous portât à me faire réponse. J'ai appris avec plaisir que les eaux de Forges vous ont fait du bien : et cependant il m'est revenu depuis , que vous aviez encore eu quelques accès de fièvre : ce seront là sans doute les derniers efforts d'une ennemie déjà bien affoiblie. Je le souhaite avec tout le zèle qu'on peut avoir quand on sait aussi-bien que moi combien votre santé nous est utile. Nous avons pris cette place en bien moins de temps que nous n'osions l'espérer d'abord. Si nous ne continuons pas , ce sera faute de moyens , et non de volonté. Ii me semble cependant qu'on propose au roi d'assez beaux expédients pour continuer heureusement un si beau début, s'il entre absolument dans ce qu'on lui demande pour cela. Vous aurez su , madame > que je

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lui demande aussi mon retour , à condition de revenir dès qu'il y aura quelque chose à faire ; mais je ne l'ai demandé qu'en alléguant des raisons solides , et en me justifiant par là de celles qu'on auroit pu trouver de quelque autre côté , peutêtre aussi touchant , mais pas si juste en temps de guerre, Je crois que vcus m'entendez à demi-mot : mais je n'ose traiter ce chapitre plus au long , de peur de vous tenter d'une réponse , que je vous prie de ne me point rr.ire , si elle vous incommode le moins du monde. Soyez persuadé , madame , que , quoique je ne vous écrive pas souvent , mon amitié pour vous n'en est pas moins sincère.

LETTRE XXXII

Versailles , Samedi à 9 heures,

J'Écris au roi , madame , sur une chose qui intéresse encore plus tout son état que la santé de Monseigneur. Vous jugez aisément que c'est sur la sienne propre. Il n'y a personne qui ne tremble , lorsqu'on pense que le roi est exposé à tout moment à un air dangereux , non-seulement pour la petite- vérole , mais même

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pour donner d'autres maladies venimeuses et plus à* craindre. Je sais , madame , que le roi se doit à sa famille ; et je ne le sais que trop , par Tordre qu'il me donne de ne me point présenter devant lui : mais je sais qu'il se doit encore plus à son état ; et si l'on recueiiloit les voix de ses sujets , il ne s'exposeroit point à un péril , dont j'espère que Dieu le préservera , mais qui est réel. Si le roi du moins pouvoit quitter le vieux château et se mettre dans le neuf , il en seroit plus éloigné , et tout aussi à portée de recevoir à tout moment des nouvelles de la santé de Monseigneur. Je crois aussi, madame, que Monseigneur lui-même seroit plus tranquille ^e savoir que le rci ref>t : il ne le verra qu'avec peine ; car je suis sur qu'il pense comme moi sur la conservation du roi. Jugez , madame , par l'inquiétude que nous donne Monseigneur , où nous en serions y si le rci lui-même tomboit malade , et dans la conjoncture présente , où le poids des affaires est tel , qu'il faut toute son ame pour les soutenir. Quelque dures que soient ces idées , on ne peut s'empêcher ni de les avoir , ni de les expliquer. Ce sont tous ces sentiments et beaucoup d'autres , que le peu de temps que j'ai

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ne me permet pas d'exposer ici , qui font que je vous supplie de présenter au roi la lettre que j'ai l'honneur de lui écrire : c'est tout son royaume qui lui parle par ma voix : il n'a pas un sujet qui ne la signât de son sang. M. le duc d'Orléans et M. le duc du Maine sortent d'ici pour m'en parler tous deux : et ce dernier a vu ma lettre , qu'il ne désapprouve certainement pas. Après ces objets publics , je suis honteux d'en venir à un particulier. C'est rnnd. la duchesse de Bourgogne.

Pensez y je vous prie , madame , tout ce que je sens , tout ce que je dois sentir : vous savez combien je l'aime : où en sera mon cœur , si je la vois aller à Meudon ? La seule satisfaction du roi l'emporte sur mon* inquiétude. Je vous ptie , madame , d'être assuré de la sincérité de mon amitié , et que je suis au désespoir d'être encore long - temps sans vous la pouvoir témoigner moi - même.

Mon Dieu ! si vous voyiez dans quel état nous sommes î Adorons Dieu dans tout ce qu'il fait : confions-nous en ses immenses miséricordes : la foi seule peut nous soutenir , et lç bien de l'état nou9 consoler,

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LETTRE XXXXIII

Au Roi.

F'E*pere que votre majesté me pardon- ** donnera la liberté que je prends de lui écrire , dans l'appréhension que j'ai de n'avoir pas l'honneur de la revoir si-tôt. J'apprends en ce Moment que la petitevérole se déclare à monseigneur. Je sais que votre majesté ne la craint point , et c'est se qui me la fait le plus craindre : vous ne vous ménagerez point : vous céderez aux sollicitations de votre tendresse : s'il y a du péril , vous le mépriserez. Mais ces maladies non-seulement se communiquent : elles en communiquent encore d'autres , pour lesquelles je crains bien plus pour Votre Majesté qu'elle ne craint pour moi , lorsqu'elle me fait défenses de lui aller faire ma cour à Meudon. Je vous supplie , Sire, au nom de Dieu , de conserver votre personne sacrée , que je ne saurois m'accoutumer à voir en péril. Je ne suis pas le seul qui vous fasse cette prière : c'est tout votre peuple ; c'est tant de millions

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de sujets , dont je suis le plus ficlele et le plus soumis. Me voir éloigné de votre majesté pour un temps considérable 9 m'est extrêmement sensible ; mais qu'estce que mes peines , en comparaison de mes craintes? Je supplie votre majesté de recevoir en bonne part cette lettre , qui part du cœur le plus respectueux , le plus dévoué , et , si j'ose le dire , le plus tendre qui fut jamais.

LETTRE XXXIV

De Mad. la Dauphine.

J'Ai reçu votre lettre. Vous m'avez fait un fort grand plaisir de me faire toute la description ce tout ce qui se passe où vous êtes. J'avoue que vous m'en avez donné autant que je puis en prendre dans cette conjoncture. Aujourd'hui tous mes désirs tendent uniquement à voir Je roi. J'espère toujours que vous me tiendrez votre promesse , qui est de lui parler quelquefois de moi ; vous ne me sauriez obliger davantage : faites aussi , je vous prie , que la reine ( d'Angleterre ) ne m'oublie p^c. tout-à-fait : et vous , songez aussi quelquefois à moi. A la description que

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vous me faites de Chambord , je ne doute pas qu'il ne soit fort commode et aimable : et puis, s'il ne Pétoit point; le roi, la reine, et vous , l'auriez bien rendu tel.

Bessoîa vous fait ses compliments , et vous prie de la tenir toujours un peu dans votre soutenir. Elle veut bien s'engager à être votre caution. Vous avez trop d'esprit pour douter de mes sentiments pour vous , et trop de probité pour ne pas en avoir détendrez pour moi. Je vous promets de me bien diverrir à Fontaibleau , et que le roi sera content de l'air dont j'y irai. Adieu, ma chère Me. de Maintenons

LETTRE XXXV

De Mil. h Duchesse de Bourgogne (i).

J'Irai vous trouver oîi vous serez. Ne vous contraignez point. J'aime autant être chez Me. de Cayîus que chez vous : toutes les chambres sont fort indifférentes à qui jouit du plaisir de vous voir :

(i) Deux de ces lettres de Me. la duchesse de Bourgogne avoient déjà paru dans l'éditicn de IS'ancy.

le

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le lieu 011 vous serez avec le plus de commodité , sera celui où je serai avec le plus d'agrément. J'ai quelque soulagement de pouvoir faire ma volonté sans aucune contradiction.

J'ai été fort contente de la manière dont le roi m'a reçue. La joie que lui et ses courtisans ont eue de me voir , me dit bien Pennui excessif qu'on a à Meudon: on ne s'ennuie point comme cela auprès de vous.

LETTRE XXXVÎ.

De la même,

E suis au désespoir , ma chère tante ; eue vous soyez en colère contre moi.

Je vous assure que je ne le mente pas tant , et que je ne songe du matin au soir qu'à vous plaire et à ne point faire de sottises , pour me rendre digne de votre amitié. Je vois bien que c'est par tendresse pour moi que vous êtes si vive sur tout ce qui me regarde. Je vous assure que dans tout ce qu'on vous a dit de moi , il y a bien des choses qui ne sont pas vraies. Mais je vois bien que vous commencez à vous dégoûter de moi , et Tome VIL (13) M

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que dans peu de temps vous nem'aimerea plus du tout. Vous auriez raison de neplus m'aimer , s'il étoit vrai que je me cachasse de vous , et si je ne vous disois pas la vérité , comme vous commencez à le croire. Voyez jusqu'où cela va : si vous me croyez menteuse , il est impossible que vous n'ayez pas de mépris pour moi ; et si vous en avez, le roi en aura aussi ;et si le roi en a , je serai au désespoir. Oui , je suis au désespoir , quand je songe que je vais perdre votre amitié ; et ce n'est pas tant ma faute , que par de faux rapports : je suis prête à faire tout ce que vous voudrez pour la conserver ; car je me flatte qu'elle n'est pas tout- à- fait partie.

LETTRE XXXVII

IL ne s'est rien passé aujourd'hui au marché : les nouvelles qu'on en sait , sont de huit heures du matin : tout y étoit fort calme. On n'a rien dit sur la quantité de pain , ni sur le prix : mais le principal est qu'il n'y a eu aucun désordre. Vous en saurez davantage ce soir. Tranquillisez vous un peu , ma chère tante , À vous pouvez. Je commence à croire ,

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comme le roi , que toutes ces choses-là qui nous effraient tant, ne sont rien. Il est bien étonnant qu'il ne nous ait pas encore communiqué un peu de son sangfroid et de son courage ! il me sembie que cela se prend comme le reste : et je me trouve assez courageuse , au moment que je vois des hommes intrépides.

Oaa envoyé chercher des compagnies du régiment aux gardes qui étoient dans des villages aux environs de Paris. L'on ôte tous les petits corps-de-garde pour en mettre de plus considérables dans chaque quartier. L'on garde aussi les deux marchés. Enfin , l'on prend toutes les précautions nécessaires pour qu'il n'arrive plus de désordre. Mais je crois que le tout dépendra de la quantité de pain qu'il y aura demain au marché. Car comment veut-on que la crainte contienne des gens qui meurent de faim ? Je vous manderai , comme vous me l'avez ordonné , tout ce que j'en apprendrai ; mais quoi qu'il arrive , nous avons grand besoin de patience et de prières. La journée que vous allez passer, méfait bien de la peine k imaginer ; et je me* dis ensuite pour rn'achever : la nuit de ma chère tante ne sera pas meilleure.

Mi

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LETTRE XXXVIII

TE suis au désespoir , ma chère tante , ** de vous déplaire toujours. Je suis bien résolue de me corriger j et de ne plus jouer à ce malheureux jeu , qui me fait perdre mon argent et votre amitié. Je vous prie , ma chère tante , de n'en point parler , au cas que je tienne la résolution que j'ai prise. Si je manque une seule fois , je serai ravie que le roi me le défende , pour éprouver ce qu'une telle impression peut faire sur moi contre moi. Je ne me consolerai point- d'être la cause de vos maux : et je ne le pardonnerai point à ce maudit Lansquenet. J'espère que dorénavant ma conduite réparera mes fautes , et que je regagnerai votre amitié. Tout ce que je souhaite , c'est de me rendre une princesse aimable par sa conduite : je me flatte que mon âge n'est point encore assez avancé , ni ma réputation assez ternie, pour qu'avec le temps je n'y puisse parvenir. Je suis au désespoir de vous avoir déplu : j'ai abandonné Dieu , et il m'a abandonnée : j'espère qu'avec son secours , que je lui demande de tout mon. cœur, je me corrigerai. Rendez-moi,

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ma chère tante , votre estime et votre amitié dont je me suis rendue indigne : je vous assure que je la mériterai : il me faudra bien du temps ; mais c'est la seule occupation que désormais je vais avoir.

Vous êtes bien bonne , tandis que je vous cause du chagrin , de m'envcyer de quoi payer mes dettes : Dieu vous le rende !

LETTRE XXXIX

JE ne suis point faite pour avoir uni moment de joie. Je suis dans la plus grande inquiétude. Mr. le D. de Chartres a une grosse fièvre , et tous les symptômes ce petite-vérole. Ah ! ma chère tante , eue faudra-t-il faire pour mon fils ? Il est encore bien petit , pour le changer d'air, Liais il est bien précieux , pour l'exposée à un air mal-sain. On lui a fait accommoder une chambre pour qu'elle ne fût pas trop exhaussée : il se porte à merveille , et il me semble qu'il est d'une assez grande conséquence pour y faire attention. Pour moi , je n'hésiterois point à faire emporter M. de Chartres à la ville , au cas qu'il n'ait point encore de rougeurs : le roi m'en a paru ce soir assez en peine :

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il y faut mettre ordre : j'en suis toute froublée : et je vous prie , ma chère tante , d'y bien penser.

LETTRE XL

NOus voilà décidés sur le mal de Monseigneur: mais notre inquiétude n'en est pas moindre^ car la petite-vérole est bien dangereuse , sur-tout à son âge: et i! n'ya jamais aucune sûreté ; d'un moment à l'autre , elle peut changer. J'espère 9 ma chère tante , que vous ne le verrez point : Monseigneur ne s'en souciera guère ; et votre santé n'est pas assez bonne , et nous est trop chère, pour la hasarder pour rien. Je suis fort en peine du roi ; au nom de Dieu , qu'il le voie le moins qu'il lui sera possible ! . le duc de Bourgogne en est dans une grande inquiétude, -et m'a dit qu'il vous en avoit écrit. Je suis hors de moi , beaucoup plus encore pour vous , et pour le roi , que pour Monseigneur :

car j'ai dans la tête qu'il s'en tirera heureusement. Mandez-moi bientôt ce qui se passe : rien n'est plus cruel que Tincertitude. Je suis bien fâchée , ma chère tante, de ne vous point voir aujourd'hui.

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