Tome VIL
88 Let. de Me. DE Maïntengw
LETTRE XV I
De Mad. de D ange au.
MR. de Dangeau s'est fait un grand plaisir de m'apprendre que le roi veut bien prendre la vaisselle des courtisans qui lui sont dévoués et qui tiennent tout de lui. Nous qui voudrions lui donner la dernière goutte de notre vieux sang pour son service , nous nous trouverons trop heureux qu'il veuille prendre notre vaisselle. Ayez la bonté, madame, de lui dire , qu'après le plaisir de la lui ofnir , nous n'en aurons pas de plus grand , que celui de savoir qu'il Fa acceptée. M. de Dangeau en attend la réponse avec impatience ; et mon fils aussi , qui dit qu'au sortir d'un bal, il sera sur votre escalier, avec une petite bougie sous le menton , comme Me. Lord , et qu'il aime encore mieux vous voir à îa lueur d'une bougie, que point du tout. En quelque état qu'on soit , rien n'est plus délicieux ; et vous voir est mon remède à tous mes maux. Adieu , madame , jusqu'à demain , si je ne gèle pas en attendant.
rr de Mad* rte Dangeau. s?
LETTRE XVII
«De Madame de Maintenon.
Ce 2% Avrl
JE ne sais , madame , si l'on vous rend compte de nos journées. On s'adonne, dans la ruelle de Me. la duchesse de Bourgogne , à faire de l'esprit. On y a des conversations dont elle est très-contente : on y parle de logique , de rhétorique , de physique , et l'on y approfondit tout ce dont il seroit à souhaiter que nous ne sussions pas même le nom : la princesse apprenoit hier à faire des arguments. On projette une académie de femmes : elle sera de quarante : il y en déjà vingt sur la liste : oserai-je vous le dire ? vous n'en êtes point : je n'en suis pas ; mais deux de mes nièces y sont pour moi , et des premières.
J'ai lu votre lettre au roi , qui l'a entendue au premier mot : il connoît le zèle de Mr. de Dangeau , et il compte aussi sur- le vôtre ; il est vrai qu'il acceptera la vaisselle de ceux qui la donneront de plein gré ; mais il faut mettre tout cela en règle ; ce qui n'est pas encore.
Ea
?0 LET DE M«. DE MAItfTENON
Donnez à Me. de Br. , . . . les trente louis que vous avez à moi : je voudrois adoucir son état , et j'admire ce que vous faites , et la manière dont vous le faites. Il est cruel de vous savoir si près de nous sans pouvoir en jouir ! c'est être véritablement tantalisée. Je ne vois nul inconvénient d'amener Me. de Courcillon ; vous n'avez plus rien à ménager , et l'on commence à s'y faire. Amusez-vous , madame , avec la santé d'une déesse comme vous en avez la figure : Flore est très-enjouée , et Zéphyre ne l'est pas tante
LETTRE XVIII
De Mad. de JDangeau.
J'Ai été si fort déconcertée , quand j'ai - vu que vous m'abandonniez seule dans votre petite chambre, que je ne savois plus ce que je disois ; quoique je ne sois plus un enfant , j'ai besoin d'être tenue parla lisière; j'ai trouvé mon affaire toute bouleversée dans ma tête : j'ai dit mille choses , et pas une seule de celles que je Revois dire. C'est donc nn miracle si le rpj m'a comprise 3 et je ne dois qu'à ses
Et DE MAD. DE DANGEAÛ. 91
bontés la protection qu'il accorde à Mr, de Dangeau dans un très-bon droit. Je vous avoue , madame, que toutes les vôtres m'ont pénétrée. Je rapporterai de Paris un mémoire qui ne bégaiera pa3 comme moi : je le donnerai an roi. Jamais ma langue ne me vaudra rien : et malheureusement en ce temps-ci , on ne juge du cœur que par elle , et j'y perds plus que personne ; car comment exprimer tout ce que je sens de tendre pour vous et de reconnoissant pour d'autres ?
Aujourd'hui se passera- t-iî comme hier?
serai-je encore le mouton , et vous la tigresse ? Si vous vous plaignez , dans votre solitude , des importuns ; pour adoucir ce cœur de roche , je vous envoie un peu d'or ponr distribuer à vos pauvres ; c'est trop de biens à la fois ; si je puis espérer que cette distribution fasse votre récréation , quand je ne fais qu'une bonne œuvre. S'il y a quelque nudité â couvrir , je m'y offre ; et puisque vous ne voulez pas que je les voie , envoyez-m'en là dépense.
Je ne sais ce que c'est que la galanteriedé la petite nièce ; mais je suis bien persuadée qu'elle fait la joie de sa journée , si elle a occupé la matinée pour qui elle veut occuper sa vie. Quelle douceur ne
1i Let. de M*, de Maintenon
sens-je point dans ce commerce , qui cependant m'a gâté ce goût grossier que je ne sens plus , et que je donne aussi aux autres ! Votre table et votre commerce ont fait sur moi le même effet : que n'aije assez d'esprit pour retenir tant de beiles choses , et un estomac assez fort pour ne
point crever de tant de bonnes !
Le roi me croit nécessaire , dites-vous : toutes mes forces sont revenues : on me permet d'être bien emmitouflée : je serai avec vous : que me faut-il de plus ? en vous voyant , madame , je me fortifie des quatre vertus cardinales. Je quitterois plutôt mon fils que vous.
LETTRE XIX
De Mad. de Maintenon.
Ce ïo Noyetnbre 171 5»
JE ne vous verrai pas avec joie ; mais malgré ce qu'il pourra m'en coûter , je meurs d'envie de vous embrasser : et je puis vous dire avec vérité , que je ne vous ai jamais tant aimée. Le commerce de Mlle, de Courcillon est ce qui vous, convient le plus dans l'état où vous êtes ;.
et de Mac. de Danôeai/. 9$
elle ne vous détournera point de Dieu , et l'application à Dieu a besoin d'un divertissement aussi innocent. Puissiez-vous voir Mr. de Dangeau aussi pieux , que vous êtes dévote ! Je regretterois Paris , si je pouvois vous y être utile ou agréable un moment : mais vous voir , seroit un mauvais moyen de se détacher du monde ; et c'est au détachement que Dieu conduit ceux qu'il veut sauver. Je lisois , il y a quelques jours , dans un écrit de M. de Meaux , qu'il ne faut pas avoir le moindre chevet , c'est ainsi qu'il appelle le moindre appui ; et c'en seroit un grand , madame , que celui de vivre avec vous. Vous n'êtes point paresseuse , et il ne faut pas l'être pour la grande affaire qui vous reste.
J'aime encore tout ce que vous appeliez l'ancienne cour : j'y comprends Me.
d'Elbœuf et Me. de Pompadour. Je ne suis pas si détachée du bien public que du bien particulier : et la rareté de l'argent m'afflige, comme si j'en manquois. Avezvous des vapeurs ? vous savez que je ne les souffre point aux personnes raisonnables.
94 Let. DE Me. DE Maintenon
LETTRE XX
De Mad. de D ange au.
Ce 19 Ncremhe ijiô.
VOus croyez bien , madame , qu'aussitôt que j'ai vu ce charmant caractère , j'allai vous en faire voir un trèsvilain y pour vous dire le plaisir que j'ai eu de recevoir une lettre , que j'ai relue bien souvent pour voir ces mots si précieux : Je puis vous dire avec vérité , que je ne vous ai jamais tant aimée.
Je vois une conformité de pensées en vous et en moi , qui m'a si fort grossi le cœur, que je pourrai fort bien attribuer à ce moment-là une fluxion terrible. Je n'ai pas seulement le visage enflé , mais la gorge et la poitrine , avec une trèsgrande douleur , plus forte la nuit que le jour , et une grande inquiétude de ce que cette fluxion retarde encore ce voyage , si désiré de ma part , si différé de la vôtre.
Je vous ai bien plainte , madame , d'avoir eu à essuyer les derniers souvenirs , du monde , puisque vous n'en avez jamais
etdeMad.de Dangeau. 9y
goûté les distinctions importunes ! Ailmoins jouissez de son oubli. Je puis vous assurer que si vous y étiez sensible , votre amour-propre seroit satisfait des éloges que l'on vous donne : c'est beaucoup , quand on rend justice à la vertu ; et c'est au delà de ce qu'on peut exiger , que de révérer la vertu malheureuse: et c'est ce qu'on fait ; mais tout est amorti en vous > madame , et vous laissez jouir vos amies de la gloire d'avoir été unies avec vous % sans participer à leur plaisir par les complaisances de l'amour-propre. La pauvre Me. de Pompadour a assisté Me. de h\ Neuville à la mort. Mr. de Dangeau a peine à s'accoutumer à la vie de Paris , et ne peut se résoudre â le quitter. Nos amis lie nous abandonnent point : tous les jours je vois Me. de Cayîus , et tous les jours je l'aime davantage. Pai soixante louis k vous, madame, et dix que j'y ai joints , pour les pauvres d'Avon , que je crois que vous ne voulez pas abandonner. Je ne sais pas encore notre destinée pour les pensions. Ma vaisselle ne m'a pas été rendue , et je ne crois pas que je tâche de la ravoir. Je suis rassasiée de princes et de princesses : je ne verrai que Madame ; et encore, aux Carmélites. Je vous rends* compte., madame , de ce que je ferai ,
El
$ 6 Let. de Me. DE Maintenon
sans oser <frre ce que je fais. Ma famille se tient assez unie avec nous , et il me paroît que dans nos infortunes , il ne se trouve que cette douceur : pour moi , madame , je sens celle de vous parler , et de vous entretenir y puisque Dieu m'a ôté tout le reste. Je vais songer à mon salut : rien ne m'en dissipera : soutenezmoi par vos conseils ; car pour votre exemple , il est au dessus de mes forces. J'ai un petit cabinet dans une petite maison , où je goûte la solitude , et sacrifie à Dieu , avec beaucoup de larmes, ce que j'ai quitté : on m'assure que Dieu. veut bien les recevoir , et que la sensi;bilité ne diminue point le sacrifice.
LETTRE XXL
f A petite nièce est à présent dans une -"situation où j'étois l'année passée sur mon fils : elle voit ce que c'est que d'avoir des enfants qui ne songent qu'à se divertir, ïl est vrai que la gravité de l'aînée îa console ; mais j'en appréhende la singularité. Mon Dieu ! que de peines dans la vie ! il me semble que tout le monde est malheureux , et qu'il n'y a que du plusau moins. Me, de Cavoye a été uns
ET DE MAD. DE DANGEAir. 97
ïiéroïne dans son malheur : elle n'a point dormi : elle a parlé avec fermeté : elle a exhorté son mari, sans verser une larme : elle lui disoit dans les derniers moments une chose qui m'a tout-à-fait plû \ elle lui disoit : » Je n'ai jamais songé qu'à vous r? rendre heureux , et enfin vous allez » l'être : nos vœux sont donc remplis : je p> ne voudrois pas même demander à r> Dieu , que vous revinssiez à la vie , » puisque cette vie retarderoir votre r> bonheur (i. Elle reste avec quatrevingt mille livres de rente, Son projet est de faire une dépense médiocre , et de donner tout aux pauvres ; elle vend son hôtel , et se mettra dans une maison qui tient à un couvent. M. de Parabere se meurt de la petite-vérole : il n'a point voulu que sa femme s'enfermât avec lui. Me. la duchesse d'Eîbœuf me dit tous les jours de vous faire des compliments. J'ai vu Me. la princesse de Conti : je ne suis point contente de cette visite,
De Mr. de D ange au.
Oseroit-on, madame, vous remercier d'un souvenir qui m'honore tant , et qui seroit capable de me donner delà joie.-, » la joie pouvoit rentrer dans mon cœur ?•
9? Let. DE Me. DE Maintenon
Me* de Dangeau me fermait la bouche:
elle craignoit la vivacité de mes sentiments : je n'en changerai jamais, ni pour ce que nous avons perdu, ni pour ce qui nous reste.
De Mdd. de Dangeau.
Je vous demande pardon , madame ,' je ne puis empêcher ce trait trop tendre, que Mr. de Dangeau écrit malgré moi.
LETTRE XX IL De Mdd. de Maintenon.
C'Est pour vous ^ madame , que je désire de vos nouvelles ; car les lettres que je reçois ne sont pas réjouissantes : il n'y a personne qui soit content : Pétat est si violent y qu'il faut espérer qu'il ne durera pas. Ce que vous me mander de Me. de Cavoye est admirable, et son projet très-raisonnable : il me semble qu'elle connoît Me. de Barneval , et qu'elle lui a déjà fait du bien : ce seroit une connoissance bien avantageuse pour cette pauvre femme , qui me paroît présentement bien délaissée. Je compte ,
ET DE MAD. DE DaNGEAXV 99
madame , il y a long-temps, sur les bontés de Me. la duchesse d'Elbeuf ; je suis perdue pour mes amis , et- d'une manière plus triste que la mort qui finit tout à la fois : il faut s'accommoder à la volonté de Dieu : la duchesse de Noailles m'a toujours paru sensible aux marques de votre amitié , et en connoître le prix; continuez , madame , je vous en supplie : car rien ne peut lui faire plus d'honneur ,.que son commerce avec vous. Je comprends comment votre visite avec Me. la princesse de conti se sera passée : je suis toute attendrie pour elle , quand jepense qu'elle fut malade après notre malheur. Si on osoit dire qu'une grande princesse fait pitié , je le dirois de Madame : je suis assurée qu'elle souffre , et qu'elle a de la peine à se consoler du roi , quoiqu'elle n'ait pas toujours vécu bien avec lui ; mais tel étoit son ascendant sur les cœurs , que ses bontés sursoient au bonheur des personnes avec lesquelles il daignoit s'abaisser. Je ne sais plus où j'en suis : je suis obsédée de mes amis , et je n'en ai jamais tant eu , que depuis que je leur suis inutile. Je remercie Mr. de Dangeau de son signe de vie : pour vous , madame , on ne peut trop vous estimer ; mais je vous ai trop goûtée pour mon repos v
ïooLeT. DEMâD. DEMAINTENOir
LETTRE XXIII
De Mad. de Dangeau.
Vendredi tfiS,
SI je crois ma petite-fille dévote, je lui crois encore un bon cœur : ce chapelet qui lui a été donné de votre part a renouvelle toute sa tendresse pour vous , et votre portrait , le désir d'aller à St. Cyr. Elle m'a assuré qu'elle n'étoit pas janséniste , et je crois qu'elle n'a nul penchant à îe devenir. Personne n'est content ; et comment îe seroit-on ? personne n'a d'argent. Les choses que l'on dit aujourd'hui sont changées le lendemain : on ne sait jamais que des faussetés , ou 6es vérités plus affligeantes encore que le mensonge. Mr. de Viïleroi me fait grande pitié : il veut se justifier , et îe monde le veut condamner : dans le fond il a raison , et dans le procédé il a tort , et savisite ne vous réjouira point. Si vous daignez suivre les jours et les dates de nos malheurs , il n'y en aura point où vous n'ayez un sacrifice à faire ; mais er±sacrifiant 3 il ne faut pas se donner les
etdeMad.deDakgeau. IOÎ
maux de tête : il faut sacrifier les larmes avec la douleur. Mr. de Parabere est mort en très-bon Chrétien. L'on vient de me dire que Me. de Tallard est accouchée d'un garçon ; voilà une grande joie pour le maréchal ! Mr. de Dangeau m'impute le mot de signe de vie qu'il a vu dans votre lettre. Il me reproche de ne vous avoir pas parlé aussi souvent de lui qu'il m'en avoit chargée : j'ai toujours évité de vous nommer son nom , depuis la triste entrevue où j'observai que sa présence vous attendrissoit : et plût à Dieu que je pusse vous ôter toute idée du passé ! Le vendredi , je vous écris r c'est donc le plus beau jour de la semaine : vendredi , je vous verrai y c'est donc le plus beau jour de ma vie. Je suis faite pour n'avoir que des demi-bonheurs : la pauvre Me. de Barneval , que je croyois avoir sauvée, est plus mal que jamais ; elle sera très-heureuse 5 si elle meurt ; car cette maladie consomme l'argent de toute une année : je l'ai vue ce matin ; à peine peut- elle dire une parole. Nous avons à Saint-Sulpice , le soir , une prière qui me charme : elle est simple , courte , et faite pour le peuple : vous savez combien je le suis. J'aime fort aussi la simplicité dans les sermons ; fille les met à ma poriée &
îoi Let.de Mad.de Maintenon
et c'est une grande puérilité de goûter le brillant qui refroidit , au-lieu du solide qui échauffe. L'affaire de M. de Louvois est arrêtée : et celui-ci i selon les apparences , ne fera ni autant de bruit ni autant de peur , que le grand-pere , qui a attaché à ce nom quelque chose de terrible : le mariage ne se fera qu'après la signature et l'enregistrement de tous les brevets ;. Me. de Courtenvaux dit qu'elle n'en veut pas être la dupe : elle n'a voulu rien assurer de son bien. Voilà notre petit favori ( Mr. le duc de Richelieu ) encore à la Bastille : pour cette fois, c'est avec honneur.
LETTRE XXIV
De Mai* de Maintenon,
Ce 20 Féfrier 171$
IL n'y a de bon dans votre lettre , madame , que ce qui regarde la Belle-Pe* tite. Dieu veuille qu'elle vous soit toujours une consolation , ou du moins un amusement 1 Tout ce que vous me dites d'ailleurs n'est que tristesse. Je suis bien touchée de l'état de Mr. le maréchal ds.
ET DE MAD. DEDaNGEAU. 103
Villeroy , et j'ai de la peine à comprendre qu'il soit sans remède : Me. de Ventadour , malgré , ou , pour mieux dire , à cause de , sa grande place , me fait pitié. Je trouve Mr. de Parabere plus heureux que sa femme : il ne seroit pas mort , s'il avoit eu Mr. Besse : rien rvest plus extraordinaire que ce qu'il nous fait voir ici : il donne l'émétique à toutes nos filles ; il saigne , ou donne des lavements , des émulsions aux unes , du vin aux autres , du linge blanc à toutes : enfin , c'est tout le contraire de ce qu'on fait ordinairement à la petite-vérole : et pas une n'en meurt , ni n'est marquée. Il y a donc eu un homme content pour un moment , puisque Mr. le maréchal de Tallard a un petit-fils ! Mr. de Dangeau a raison de vous gronder , madame , de ne me parler jamais de lui : j'en étois tout de bon blessée. Ne croyez pas , madame , que la retraite ni la séparation entière du monde mettent en repos : on ne voudroit pas être ailleurs , on est bien-aise de ne plus voir ce monde si méprisable et si odieux ; mais il y a dans ce monde des personnes qu'on aime , qu'on estime ^ auxquelles on s'intéresse : les plus grandes afflictions n'ôtent pas la sensibilité 1 je n'ai jamais été si tendre pour mes amis
î©4 LET. DE MAD. DE MÀINTENOtf
et pour les malheureux ! et voila ma pénitence. Que ne peut-on vivre du présent , sans se jeter dans l'avenir ? il est vrai que j'en parle bien à mon aise, étant si près de ma fin. Je vous trouve plus à plaindre que moi , quand je pense que sans miracle vous pouvez vivre encore trente ou quarante ans.
Il est vrai , madame , que la pauvre Mme. de Barneval sera à plaindre y si elle revient au monde : car les secours qu'elle avoit reçus ne peuvent pas recommencer : votre charité a été grande dans sa maladie , mais elle ne m'a point surprise. Il y a long temps que j'ai ouï parler de cette prière de Saint-Sulpice, comme trèsdévote : cette paroisse-là est admirable : vous êtes bien heureuse , madame , d'aimer ce qui est simple : ce goût-là est le plus sûr et le meilleur. Beaucoup de reconnoissance pour le nom de Richelieu, et un reste d'inclination pour celui qui le porte , m'ont fait lire avec plaisir que la dernière aventure est honorable ; mais tout le monde n'en convient pas. Que Mr. le maréchal de Villeroi est heureux de trouver une société comme la vôtre ! prendre soin de lui est une bonne œuvre*
Dieu veuille que l'indignation n'augmente pas encore ! c'est un terme très cor»
venable à notre état présent : et je trouve cette disposition-là encore plus fâcheuse , que la tristesse qui peut être accompagnée de douceur : vous n'étiez point faite pour vivre dans l'amertume, et il me semble qu'il n'y en a aucune dans ta composition de votre être : je suis ravie des consolations que Me. de Courcillon vous donne , et que vous puissiez vous livrer à l'inclination que vous avez pour elle : mais je vous prie de ne vous point impatienter contre M. de Dangeau ; car il est impossible que Dieu n'aime point la droiture de son cœur : tout le monde ne marche pas par le même chemin. Il n'y a plus rien à m'épargnër sur les peines : et M. l'abbé de Saint- Pierre me choque moins ^ que l'ingratitude de la plus grande partie des courtisans : l'académie a mieux (1) fait en cette occasion que je ne l'aurois prévu ; car on m'a toujours reproché que je ne la regardois point comme un
(1) L'abbé de St. Pierre écrivit sa Polysynodie, ou Traité de la pluralité des Conseils ; satyre de l'administration de Louis XIV , qui , en quelques endroits , étoit nommé durement. Le cardinal de Polignac lui en fit un crime ; et l'académie sacrifia à son respect pour son protecteur le plus respectable de &es aiemlirts*
io6 Let. de Mad. de Maintenoit
corps sérieux. Que ne donnerois-je pas madame , pour vous suivre chez la vieille femme? je me croirois encore à Avon.
Vos lettres , madame , ne peuvent que faire du bien à ma tête , et il me semble même que la dernière n'est point écrite avec du charbon. Adieu , la plus aimable de toutes les femmes, et plus estimable que la plupart des hommes.
LETTRE XXV
De Mad. de D ange au y
JE vais tâcher d'obtenir de la petite nièce, qu'elle me laisse aller seule à Saint» Cyr : si elle y consent avec peiné , je lui en ferai le sacrifice avec plaisir : elle en sauroit mieux qu'un autre la valeur. Quel beau sermon je viens d'entendre à Saint- Sulpice ! c'est un jésuite qui a prêché à Versailles , nommé le P. Canapuel :
Mr. et Me. de Torcy le suivent comme un apôtre. M. de Chiverny est nommé gouverneur de Mr. le duc de Chartres : pour moi je suis toujours surprise que l'on veuille aujourd'hui être quelque chose.
Quelqu'un disoit l'autre jour , qu'il sembloit que depuis la mort du roi on avoit
soufflé aux oreilles de tout le monde ; Le grand Pan est mort : en effet , jamais on n'a vu un découragement pareil. Dieu m'a fait unegrande grâce de m'avoir donné le goût de la retraite. Je suis obligée de vous dire , madame , que tout Paris est touché d' Athalie , et qu'on en sort très* édifié; cette pièce donne lieu à quelquesuns de réfléchir ; à d'autres , de parler de Dieu en bons termes : si vos dames le savoient , elles seroient peut-être moins choquées de ce que les acteurs font une profanation de ce spectacle édifiant. Me. de Ventadour a eu une bonne inspiration , à ce que m'a dit Me. de Villefort , qui ne coûtera qu'au petit roi , et dédommagera un peu cette pauvre femme. C'est vraiment vous 3 madame , qui l'avez assistée essentiellement : mais il me paroît que les bonnes œuvres sont votre nourriture. Me. de Mailly a perdu son fils unique. Je viens de voir la nouvelle Me. de Louvois : elle est un peu moins laide que Me.de ChâteauRenaudron m'amène les mariés ; je ne suis pas si sotte de les aller chercher. Me. de Berry fait grand fracas à Paris avec ses gardes : elle étend prodigieusement les prérogatives qui lui sont dues , et celles qu'elle a usurpées ; mais il est vrai que tout le monde est
tcS lET. DE MAD. DE MAItf TENOïÎ
sur ce ton , et qu'on croit qu'en s'ou«2 bliant on se fait oublier. Il n'est pas jusqu'à M. de Metz , qui ne veuille avoir un carreau devant le roi , comme les cardinaux , à cause de sa duché. Ce qui m'irrite le plus , c'est que les prétentions de tous ceux qui veulent entrer dans le carrosse de ce pauvre enfant , font qu'il fie peut plus aller en carrosse. Il y a tant v de chambres ! Il y en devroit avoir une pour décider de toutes les prétentions , puisque le régent ne le veut , ou ne le peut pas. Mlle, de Levis ne loge plus à l'hôtel de Luynes : elle a une très-jolie maison. Je doute que les dix mille francs destinés pour les conseillers puissent suffire à la dépense où leur état les engage .* ils n'en ont encore rien touché. Vous ai-je dit y madame , que j'ai quitté mon confesseur carme , par la grande difficulté que j'avois de l'avoir depuis que je suis ici ? J?ai barguigné ; mais enfin , je me suis déterminée , et je vais à M. d'Entrecol, vicaire de Saint-Suîpice : ne le connoîtriez-vous pas ? J'en suis très-contente. Le maréchal de Villeroi soupa hier ici : il me paroît plus tranquille.
J'ai ouï dire que Me. de Ventadour prenoit aussi son parti. Le maréchal de Villeroi me décrasse quand je le vois :
ET DE MAD. DE DANGEATT. IOf'
fhais c'est si rarement , que je n'aime pas à être décrassée par lui. M. de Dangeau pour ne point blâmer , se sauve par l'espérance que tout changera , tolère le présent , s'efforce d'oublier le passé , et se saisit du bon. Voilà une bien longue lettre ; mais je vous avoue , madame , que je coupe dans Je vif, quand je me veux arrêter.
LETTRE XXVI
De Mad. de Main tenon.
OUi certainement , madame , Dieu vous a fait une grande grâce en vous donnant le goût de la solitude : car vous êtes très-propre au monde , c'est-à-dire, au monde que j'ai connu. Ce n'est pas la seule que vous avez reçu de lui , et je ne connois personne qui lui doive tant de reconnoissance. Dieu veuille que les représentations d'Athalie fassent quelques conversions ! c'est la plus belle pièce qu'on ait vue : on y revient 9 et je Pavois prédit. J'ai toujours oui dire du bien de Mr. de Chiverny , et c'en est un de le mettre auprès d'un jeune prince. La Chambrede- Justice me transit , comme si j 'a vois été
*io Let. de Me. de Maîntenon
dans les finances : elle va fournir bien; des nouvelles véritables et fausses. Je suis ravie , madame , de vous voir attachée à Saint-Sulpice. J'ai une grande estime pour Mr. d'Entrecol que je n'ai jamais vu ; mais j'en ai souvent entendu parler à des gens auxquels je me fiois plus qu'à moimême. Mr. de Saint-Sulpice m'avoit parlé du prédicateur que vous avez entendu :
que vous êtes heureuse de goûter ce qui est bon , de quel côté qu'il vous vienne , et de ne vous prévenir , ni pour ni contre ceux qui annoncent l'évangile ! Tout ce qui me revient de Paris m'étouffe : je ne pourrois en soutenir le séjour. Vous ne me dites point si cette jolie maison de Mad. de Levis est près de vous , madame ! c'est ce qui me paroissoit le plus important. N'attirez-vous point à Me. de Barneval la protection de Me. de Cavoye? il me semble qu'elle seroit bien propre à lui. tenir compagnie : une fiile d'honneur seroit aussi fort bien auprès de Me, de Berry.
LETTRE
LETTRE XX VIL
De Mad. de D ange au,
JE me suis trouvée dans bien des embarras , depuis que je ne vous ai vue , madame : que j'ai regreté le séjour que f ai fait â Saint Cyr ! mon Dieu ! que j'y ai été bien , à la séparation près ! elle me coûte toujours , et il me semble que nous iïous séparons toujours brouillées. J'ai vu mad. la duchesse de Noailles qui savoit que j'avois couché à Saint- Cyr : mais la peinture que je lui ai faite de l'accueil ne lui a pas donné l'envie d'en essuyer autant. Je lui ai dit toutes mes supercheries: que j'étois demeurée seule dans la cour , sans carrosse , à sept heures du soir , à la belle étoile: que je nevousavois presque point vue : que vous m'aviez-fair vos yeux noirs : qu'il avoit fallu que Mlle* d'Aumale couchât sur une paillasse. Elle m'a trouvé très- hardie , et m'a dit : Ma tante ri aime point cela. A mon arrivée à Paris , j'ai trouvé mad. d*Elbeuf toujours à l'agonie , et il est étonnant qu'elle vive encore : je l'ai vue dans une grande résignation pour la vie, ou pour -la mort ; Tome VIL (13) F
• . L:-;r. DI-INXdeMAINTENON
ii..:s la même brusquerie que vous Iuï :oissez en pleine santé : elle répond à ceux qui lui parlent de Dieu , comme elle grondoït ses laquais : en voici un trait : elle se comparoir à Job : Le curé lui dit : // y a de la différence , en ce que vous ave\ eu la consolation de recevoir Nôtre-Seigneur : Elle lui répondit : El pourquoi , diable ! le bonne homme Job n\i~t-il pas reçu Veztrtme~onction? je ne trouve pas cela bien : .'.-îettez à cela son ton : elle en dit beaucoup de cette force : elle maltraite notre pauvre Mr. d'Entrecol : Je ne puis plus vous entendre , vous me dites là de grandes fadeurs. J'ai enfin eu une réponse de notre archevêque : il me refuse avec toute la politesse du monde , et me renvoie au pere François Mazy, quiil croit encore mon confesseur ; et qu'il n'est pas nécessaire qu'on fasse une autre confession générale, qu'une bien faite en sa vie suffit : *.< Je crois r lui répondis-je , que je ferai pj comme a fait M. de Saint-Simon , qui , »> après avoir été refusé, vous dit : Je n m y confesserai malgré vous : car je Virai s) prendre , je le mènerai à Saint-Cyrqui m n est pas de votre diocèse , et puis je le « remenerai dans sa maison". Il me répondit : « Puisque vous le prenez par là ? m ii faut donc que je vous le permette "•
ET DE Mad. de D ange au. i 13
Oh! vaici ie beau : Madame, après m'avoir priée plusieurs fois de venir à Saint- Cloud , me manda , depuis que je suis revenue , qu'elle n'iroit de six semaines aux Carmélites , parce que la petite- vérole y étoit ; qu'elle ne me proposait pas de venir au Palais-Pvoyal , mais que pourtant elle ne voyoit pas pourquoi je n'y voulois pas venir ; qu'il n'y auroit personne, et que j'y vinsse jeudi. J'y allai dîner comme elle vouloit : elle me reçut avec bonté : il n'y avoit que Me. la Grande-Duchesse , qui y demeure : elle me vouloit promener pour me montrer Saint- Cloud dont je ne me souvenois pas trop : nous nous mettons en calèche, de ces calèches anciennes avec .... portières sur lesquelles... Le reste manque.
LETTRE XXVIII
De Mad. de Maintenon.
SI quelqu'un m'étoit venu dire qu'il vous avoit vue sur la portière d'une calèche , aux pieds de Mr. le duc d'Orléans dans les jardins de Saint-Cloud , je l'aurois cru extravagant. Je ne puis en douter 3 puisque c'est vous qui vous en
ï 14 Let. de M3, de Maintenue
vantez : je vous vois belle comme le jour J puisque vous étiez rouge ; mais je ne me représente pas si bien le silence de ce prince ; car il me semble que rien ne J'embarrasse ^ et qu'il tient des discours très-doux et très-polis à ceux même dont y n'est pas content. Je l'admire , madame , de ne voUs avoir point aidée en cette occasion : mais les princes ne pensent pas comme les autres hommes , ni les grands prélats comme les femmes. Nous aurions cru qu'on pou voit vous accorder un confesseur pour Mr. votre mari ; mais nous avons tort : je pense bien comme votre archevêque sur les confessions générales , et vous savez ce que nous en dîmes. Il vaut mieux être indiffèrent pour la vie et pour la mort , que de savoir que Job ne pou voit recevoir Textrême-onction ; •niais je trouve très-mauvais que mad.
d'Elbe.uf maltraite Mr. d'Entrecol. La ;: race que le cardinal de Noailles vous a accordée, est peu de chose ; déterminezvous au bon Mr. d'Entrecol > puisque vous en êtes contente pour vous. Je renvoie les Mémoires , et j'en demande plusieurs autres ? pour n'importuner pas si souvent ; les filles de Saint-Cyr sont fort bien trai-r fées dans la représentation d'Esther : je ypusprie, madame , de demander à notre
et seMad. de Dakgeau. 11$
auteur : qui est un prince qui meurr subitement à Chantilly ? le nom n'y esc point , et ce n'est point un de nos princes du sang : il me semble que c'est dans l'année 1689. Adieu , ma chère madame ! c'est bien moi qui ne sais de quoi remplir mes lettres , ne jugeant pas à propos de me laisser alier à tout ce que moh cœur me dicteroit pour vous ; car il s'en faut bien qu'il soit aussi appesanti que l'esprit.
LETTRE XXIX
De Mad* de Dangeau.
MR. de Fréjus mê dit hier que le petit roi vous avoir envoyé une empreinte qu7iî avoit faite sur une thèse que l'on lui dédioit : je suis persuadée que tout ce qui est au-tour de lui parle souvent d ï vous , dans le goût que fait Mlle, de Plantadis 3 ma petite- iille , qui veut tonjours baiser le portrait de maman Maintenon , qvSeïï : trouve dans mon cabinet : il y en a de plus grandes qui auroient la même foiblesse. Je tus hier dans mon couvent : les bonnes filles me contèrent qu'elles avoient un confesseur qui e
î 1 6 Letv de M\ de Maintenon
un saint homme: il leur dit la Messe, et fait tout ce que leur ecclésiastique a accoutumé pour le service : et le bon prêtre leur paie encore une pension de cent écus pour le nourrir. Moret auroit besoin d'un pareil saint. L'évêque de Saintes se défait de son évèché : voilà un évèque de plus. On m'a dît que Mr. le duc de la Meilîeraye avoit commencé son procès contre Mr. de Châcillon pour le bailliage de Haguenau. L'on dit que mad. d'Orléans pleure beaucoup : je ne vois guère de gens dans la joie : Die i nous y veuille mettre à sa naissance , et renouveller les esprits qui ne sont pas bien disposés ! H arrive toujours quelque malheureuse aventure qui me donne de l'inquiétude pour votre santé. Plus nous avançons , et plus je suis du sentiment , que je vous connois depuis plus de vingt ans, qu'il n'y a rien de si bon que de mourir : la souffrance en est bien moindre, -que de survivre à tout ce que l'on voit , et à tout ce qu'on appréhende. Vous m'écrivez que vous vouliez bien entrer clans l'œuvre de la conversion d'une pécheresse : j'ai disposé les choses de manière eue je la mets dans un couvent , etque je pourvois à la nourriture de trois enfants : il me manque encore cinquante
• ET DE MAD. DE DàNGEàXJ. II?
francs : si vous voulez achever , v y aurez votre part.
Nous avons vu l'arrêt de diminm:
des espèces ; mais point d'apparence paiement. Tout ce que Ton avoît t des personnes exceptées du retrancî ment, n'est pas vrai ; et , hors vous , toi; • le monde doit être dans la règle général Je voudrois de tout mon cœur être rëd à la campagne : car tout ce que i Ventend dire , est si horrible , que je ttç que mad. d'O est très-heureuse d '. i sourde. Vous savez la mort de Mrf d''Er trecoî qui m'a très-fort affligée > et je ne suis pas encore déterminée ^ mais ce ne? sera pas hors de ma paroisse. Mr. de? Dangeau y est aussi attaché que moi „ et mieux que moi ; car c'est à son curé v que je trouve respectable tous les jours de* plus en plus : mais je veux vivre avec lui hors du confessionnal : je vous ai &£ mes sentiments U- dessus.
De Mr. de Dangeau,
Si favoïs pu croire que mes mérnoit-' i fussent vus un jour par de si beaux et -; bons yeux y je ne les au rois ni faits. rJécrits ivec tant de négligence*
1 18 Let. de Me. de Maintenon
LETTRE XXX
De Mad. de Dangeau.
TE vois avec douleur, madame , que vous ** vous voulez me faire craindre la petitevérole y que je n'ai jamais crainte 3 à plus forte raison quand il est question de vous voir : la petite nièce la craint , mais toute crainte s'évanouit quand il s'agît d'être avec vous. On a remis Àthalie sur le théâtre de Paris : elle a très- bien réussi , et tout ce qu'on y trouve à redire , c'est que ce soient des bouches aussi profanes qui prononcent des choses si saintes ; voilà déjà un bel efFet pour des spectateurs aussi mondains : on dit ce spectacle parfaitement beau : mon fils en est enchaï.té. Mr. de Sonrche le père est mort. Mr. le duc du Maine a fait l'honneur à Mr. de Dangeau de le venir voir : il m'a attendrie et par sa présence y et par son changement : nous avons un peu parlé de vous : il m'a paru être bien-aise de voir quelqu'un de l'ancien monde , qui vous connoisscit. Toutes les idées sont si fort changées . que les mêmes ger/s avec lesquels je yivois avec agrément 3
ET DE MAD. DE DàKGEÀIT. H9
Je ne sais plus que ieur dire , et que je suis dans l'égarement de Me. d'O: je commence à croire que jamais je n'ai eu de. bon sens que celui que vous me donniez,. Jugez de ce que je vais devenir y si je ne puis avoir bientôt l'honneur de vous voir. Msd. de Chevreuse est la seule qui me ressemble , et souvent nous pleurons en duo : elle trouve le temps bien changé . Voilà donc encore notre favori à la Bastille: j'espère qu'il y sera îong-temps. }e crains que les malheurs de ce pauvre roi d'Angleterre ne vous aient bien donné des maux de tête : j'en suis pénétrée.
Quand je vis avec vous, je me retrouve dans mon naturel. Il y avoit trais mois que je languissois : avec vous , je me retrouvai en vie : enfin , je n'oseroîs vous dire la différence qu'il y a en moi ,. étant avec vous, ou en étant éloignée : les expressions seroient trop fortes , et tiendroient du profane. Il n'y a que ia. petite nièce qui le puisse comprendre : mais eîie a la ressource de l'esprit s et moi je n'ai que du sentiment.
Nous avons besoin de nous rappeller souvent l'évangile de dimanche dernier pour nous soutenir en ce temps , et de dire souvent : O mon Seigneur et mon Dieu ! Le régent fit venir Mr. de Beau*
Tio Let. deMc. deMaintenoit
fremont et Mr. le maréchal de Vilîars.. Le régent porta la parole, et dit au maréchal : Mr. de Beaufremont est bien fâché de vous avoir manqué par la lettre qui! vous a écrite , et il vous en fait des excuses, Le maréchal répondit : Je n'ai eu intention de lui faire aucune peine. Ainsi Ton croit cette affaire finie : vous saurez sans doute l'autre de Mr. de Clermont.
LETTRE XXXI
De Mad* de Mainte non.
JE suis étonnée de ce que M% le cardinal de Ncailles ne s'oppose point aux représentations d'Athalie. Vous croyez bien , madame , qu'on le trouve trèi mauvais à Saint-Cyr, Le changement de Mr.
le duc du Maine me fait une très- grande peine : il êték déjà grand quand il vint ici : que la suite de sa vie sera différente ûqs commencements ! Que M. de Sourche est digne d'envie , présentement qu'il n'est plus ! Vous n'avez donc plus de sens ! rànt mieux pour ceux qui vous parlent.. Je voudrois être en tiers quand vous pleurez avec Me. de Chevreuse : ses larges sont bien sincères. Je vous supplie,
ET DE M AD. DE BàNGEÀU. lit
madame , de faire dire par elle à mad. ta duchesse de Beauviiîiers , que je suis bien sensible à ce qu'elle a écrit pour moi h un de nos amis communs. Rien n'égale* la résignation du roi et de la reine d'Angleterre ; à ce que j'entends dire : je ne* sais peint encore si ia pauvre Me., de Barneval est morte. Mais je sais , madame ,, ce que votre piété et votre charké voiront fait faire pour elle : vous êtes ûuf-î: bonne aux mourants qu'aux vivants : et jevois avec regret que nous n'en procitons pas , comme je m'en étois souvent flattée,. Comment Mr. de Dangeau se tire-t-il de* l'état présent du monde , lui qui ne veut rien blâmer ?
LETTRE XXXIL
De la même,.
FE ne puis vous cire, madame, coups- ** bien je suis touchée de votre lettre ç, elle est pleine d'arnttié et de raison : nouj. pourrons bien ne nous en pas voir moins; rarement: car tantôt par l'une, tantôt par l'autre , il se passe bien du temps à concerter un rendez-vous. Je ne m'accom— le ^oinc eu tout de vous ave