‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 3)Chapitre 9 sur 19 · Tome VII · texte numérisé non relu

Tome VII

i$S Iet. de Me. DE Maintenon

LETTRE XXXVIII

TE suis ravie ? madame , de vous savoir *J Jans le chemin de la paix et de la sûreté : on ne la trouve que par l'obéissance. Les plus grands saints qui conduisent les autres, sont eux-mêmes conduits. Vous auriez été trop inquiète , ne croyant jamais en faire assez ;et entreprenant souvent, d'en faire trop , et des choses que Dieu ne demandoit point : quand on a pris un guide , après l'avoir bien choisi , et qu'on est prêt défaire tout ce qu il nous demande sans raisonner , on est arrivé au port , autant qu'on y peut être dans ce monde. Je l'ai expérimenté bien sensiblement ; mais Dieu ne m'a pas laissée long temps dans cet état , et m'a mise dans une situation qui est sans nulle consolation et qui ne se peut écrire (1). Plus ci'épanchement de cœur, et il taut que je me conduise moi-même.

Je crains seulement pour vous , madame , que 'es affaires présentes ne vous jettent dans des embarras , et que vos amis ne soient persécutés.

(i) Elle avoit lieu de soupçonner de jansénisme le confesseur auquel elle s'adressoit depuis dix- sept ans.

fcT DE MAD. DE DANGEAU. 137

J'espere que Mr. de Dangeau se trouvera bien de votre paix ; et que voyant la patience qu'on aura pour vous , vous en aurez pour un homme qui n'a pas reçu tant de grâces* que vous , mais qui est pourtant un des meilleurs que vous connoissiez. Vous voyez comme je vous obéis.

P. S. C'est Saint-Sulpice pour lequel je crains la persécution.

LETTRE XXXIX

Ce 18 Décembre 171Î.

OUi, assurément, madame, je suis affligée du malheur de Mr. de Pompadour. Je crains que ses relations avec Me. des Ursins , et même avec M. de Chalais -, ne l'aient rendu suspect : je vous conjure de me faire savoir la suite de cette aventure , et comment il est traité à la Bastille. Je crains que Mr. de Dangeau ne se serre le cœur. Vous savez comment je suis pour Me. de Pompadour : et vous savez, madame , comment je dois être pour vous ; je voudrois de tout mon cœur prendre une bonne partie de votre peine : je n'ai rien de meilleur à faire que de souffrir. Vous avez raison de dire

Gi

i38 £eT. de Mé. de Maintenue que la soumission à la volonté de Dieu n'empêche pas la sensibilité ; c'est cette soumission qui est dans la pointe de l'esprit ; et tout est dans la souffrance : cependant Dieu se contente de notre volonté y toute imparfaite qu'elle est. Me. de Caylus fait bien de partager votre douleur. Il ne nous revient ici que des sottises ou des malheurs.

Je n'aime rien tant à la cour que Me. la Princesse ; et le personnage qu'elle fait dans sa grande famille me paroît complet : îa bonté pour les malheureux , la fermeté pour les heureux , le courage pour soutenir les opprimés , la justice pour tous , enfin , madame , tout m'y paroît admirable : elle étoit , ce me semble , toute faite pour ce qu'elle joue présen tement : ce n'est pas- que je voulusse qu'elle demandât de continuelles grâces à Mr. le régent ; il en accorde assez de lui-même : mais qu'on mette ensemble plusieurs de ces adoucissements qui font une grande différence dans l'état des prisonniers , comme, des livres qui ne fussent pas tous de dévotion ; continuez , madame , à l'exciter : j'aurois été bien blessée que vous ne m'eussiez pas mandé l'adoucissement de la prison de M. de Pompadour ; je m'y intéresse par bien des endroits.

ET DE MAD. DE DâNGEÀU. 139

LETTRE XL

ON dit que la citadelle ( de Dourlens où étoit le duc du Maine) est horrible.'Je suis bien aise que Me. la Princesse soir contente du prince de Dombes : le pauvre Malézieux me fait grande pitié : il est trop vieux pour s'être abandonné aux autres : je voudrois bien que vous fu -siez mieux instruite sur ce qui regarde M. de Pompadour. C'est beaucoup , madame , que vous espériez qu'on ne fera de mai à personne. Je vous prie de remettre an carême la visite que vous me proposez : je suis dans une foiblesse qui me rend incapable d'aucune attention de suite. Je voudrois laisser Me. de Caylus en possession d'être payée comme je le suis ; et cela n'est pas aisé : rien n'est égal à la manière dont M. le régent a reçu ma proposition. M. le maréchal de Villeroi feroit mieux de quitter un pays , pour lequel il n'est point fait : il en convient , et ne peut se détacher y et se console des malheurs présents parle souvenir de sa faveur passée. Pour moi je ne trouve dans toute ma vie aucun plaisir qui ait été aussi vif, que mes peines d'au-

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jourd'hui sont arriéres ; et toute ma consolation est l'espérance de ce dernier moment, qui viendra bientôt-mettre fin à toutes mes joies et à toutes mes afflictions. Bon soir : je suis bien près de tomber en fpibless.e ; la petite .fièvre me consume , et l'on m'ôte presque toute nourriture. Mais qu'importe de nourrir un corps qui n'a plus que deux jours à vivre ? Adieu , ma chère madame.

Maintenon.

LETTRES

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