LETTRE CLXI
à Fontainebleau , 27 feptembre,
J'E s p e R ê , Monfeigneur , que ce que vous defirez pour M. d'Agueffeau , & encore plus pour le bien public , s'exécutera bientôt. Toutes les raifons font pour lui : & celles de le conferver me paroifïènt bien fortes. Car on dit que fa charge le tue. Tout eft incertain jufqu'au moment où le roi déclarera fa volonté.
Ainfi cette confidence , entre nous.
Je fuis fi touchée de votre voyage , que j'ai fongé cette nuit que je vous difois adieu. Après que je vous l'aurai dit en effet , il n'y aura plus perfonne à qui je parie avec liberté. Le roi eft en parfaite fanté , & d'un gravité étonnante.
On fait mille efforts pour le réjouir : on y réufîit rarement. Je ne fai rien fur la famille. Et je crois qu'on me cache par bonté tout ce qui m'affligeroit. C'eft la deftinée de la vieilleffè d'être ménagée comme l'enfance. Monsieur va famedi
de Maintenu n. 19$
à Montargis pour deux jours : & nous aurons demain le roi & la reine d'Angleterre.
Le prince d'Orange a toujours mal aux jambes.
Le père de la Chaife s'eft plaint au roi de ce que j'ai écrit par mes amis au cardinal Janffbn : ce qui n'eft point vrai. Le roi me lut hier un grand écrit de la conduite des jéfuites avec M. de Lyonne. Je dis que mes amis prétendoient tout le contraire de ce que j'entendois, & qu'il étoit injufte de n'écouter qu'une partie.