‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 149 sur 243 · LETTRE CLXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXIII

T700» à Fontainebleau, ce 24 oElobre.

JE ne faurois être fâchée de la peine que vous fentites en fortant de ma chambre , Monfeigneur : & j'ofe dire que celle où vous me laiiTàtes méritoit que vous y répondiffiez. Il n'y faut plus penfer. Mais il me fera difficile d'oublier tous ces lundis où j'avois le plaifir de vous entendre & de vous ouvrir mon cœur fur toutes fortes de fujets *. Je ne mettrai perfonne en votre place. Eh \ qui la rempliroit mieux que vous ? J'attendrai votre retour fans me donner une confolation que je ne pourrois auffi bien trouver ailleurs. On vous enverra la condamnation , ou pour mieux dire la cenfure de la forbonne fur les proportions du P. le Comte. On a dit au roi , que tous les docteurs les plus graves n'en étoient pas , & que la jeuneflfe accabla les vieux par le nombre. Il eft inutile de répondre à ces rapports. Je prie feulement qu'on ne dife , qu'on ne faiïè rien en votre abfence dont on cherche à profiter. Oui , Monfeigneur , je prie Dieu , tout indigne que j'en fuis ,

* Le card- de Koailles étoit parti pour le conclave , le 11 octobre*

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de nous donner un S. Pape. Et je ne puis m'empêcher de mêler dans ce grand intérêt celui de votre retour. Vous favez que j'en ai toujours voulu à cette calotte , qui vous fait tant fouffrir, & que je ne pus la defirer dès qu'elle m'annonça ce qu'elle nous couteroit, à vous bien des inquiétudes , à nous une abfence peutêtre de ilx mois. C'eft bien du tems fur le peu qui m'en rené. Et je trouve fort trille de .vivre & de mourir fans fon archevêque. Que ma confiance en vous me vaut de peines ! J'aime mieux cette dignité que le chapeau. Un cardinal ne me paroit bon qu'à aller à Rome, fans compter les mauvais choix que fait la faveur. Je ne me jetterai point dans les nouvelles. La famille en eft mieux initruite que moi. J'ai eu une converfation avec M. le C. d'Ayen , qui fera de quelque utilité pour l'empêcher d'être blefle de ce que fait Me. la D. de N. à l'égard de fa femme. Et je regarderois comme un nouveau malheur , que j'euffe contribué à défunir une maifon fî liée. Vos prières , Monfeigneur , feront plus que tous nos foins. En tout on avance plus avec Dieu. Vous ferez incommodé de ce parti pris d'aller avant vos gens. Vous ne vous comptez pas aftez , Monfeigneur. Je ferai ravie de recevoir de vos lettres le plus fouvent

que vous le pourrez. Mais je n'en tirerai pas tout le plaifir , que je me promettois. Déjà la contrainte me ravit mes efpérances. Traitez -moi là-deffùs comme vous traiteriez le C. d'Aven : ne m'écrivez que lorfque vous ne ferez pas accablé. D'ailleurs , par la multitude de lettres que vous aurez à répondre, votre tems me fera dérobé. Vous allez être en cet état-là par la mort de Mlle, de Condé qui caufe une aufli grande affliction , que fi on n'avoit pas dû s'y préparer depuis fix mois. Madame la princeffè furtout eft dans une douleur extrême : on dit qu'elle en auroit patte les premiers mouvemens à Maubiffbn , mais que l'extrémité où eft Mad. de Brinon l'en empêche. J'ai fîgné le contrat du prince d'Ifenghien.

Je ne mérite guère de pareils honneurs : la maréchale d'Humiéres a toujours eu de la bonté pour moi. Je ferai toujours tout ce qui me fera pofïible pour la Tribu. Le patriarche m'a fort priée d'empêcher qu'il ne foit regardé comme un invalide. J'ai bien des raifons , Monfeigneur , pour bien vivre avec eux. Mais ce qu'ils vous font en feroit une fuffifante pour moi. Vous favez , Monfeigneur , ce que je penfe pour M. le cardinal d'Eftrées. Et je m'aifùre que vous le lui aurez déjà dit. Il a plus de part que per-

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forme au regret que j'ai quelquefois de n'être plus dans le commerce.

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