‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 151 sur 243 · LETTRE CLXV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXV

1700. 8 novembre.

iN aura bientôt la nouvelle de la mort du roi d'Efpagne. Car on a reçu celle de fon agonie. Grandes affaires à démêler. Dieu veuille nous donner une paix folide 1 Je fuis bien fâchée , Monfeigneur , de ce que le vent vous eft contraire. Je vous délire à Rome puifque vous ne pouvez être à Paris. Et je defire votre retour , comme s'il y avoit un flécle de votre départ.

* De Cambout de Coiflin , évéque d'Orléans , crée* cardinal le 22 juillet 1697.

de Maintenue. 201

J'ai montré la lettre de votre bon prêtre de St. Jean de Luz , afin qu'on voye le befoin de bien choiflr les évêques. On croit d'avoir fait un bon choix en M. l'abbé de Beauveau , que je n'avois jamais ouï nommer.

Le bon père a dit qu'il n'y avoit que la jeuneiTè , qui eut condamné le P. le Comte *. Je ne réponds rien à tout cela , fî ce n'eft qu'il faut attendre Louis Antoine.

Je n'ai point ouï parler du curé de Marli , comme d'un fujet deftiné à l'épik. copat. Je n'oublierai pas dans l'occafion ce que vous m'en écrivez. J'ai entretenu notre jeune femme , qui m'a promis une grande dévotion y que Dieu feul peut donner. On n'eft point encore déterminé fur la lieutenance vacante en Bretagne.

Encore une fois , Monfeigneur , je ne fai que vous mander : & j'aurois beaucoup de chofes à vous dire.

* Le 1 juillet, Salomon Prioux , do&eur de Sorbonne , dénonça à la faculté les livres du P. le Comte far les cérémonies Chinoifes. On nomma huit commiffaires. Le iS octobre , les proportions furent discutées. De 160 opinans, il y en eut 114 pour la cenfure- Peu de jours après , le P. le Comte , confeffeur de Me. la D. de Bourgogne fut difgracié. Il partit pour Rome , ou il avoit été prévenu par une lettre très forte de Mis> Tiberge & Briiacier.

LETTRE CLXVI. *

Î70O. ' «7 novembre.

'Est pour avoir trop de chofes à ivous dire, Monfeigneur, que je ne puis me réfoudre à prendre la plume.

Lundi, j'en chargeai le Comte d'Ayen qui eft plus maitre de fa chambre , que je ne le fuis de la mienne. Tout le monde paroit ravi de l'affaire d'Efpagne. Notre jeune roi * la reçoit avec la gravité & le fens froid d'un roi de quatrevingts ans. Les trois frères ont montré dans cette occafion une grande tendrefle les uns pour les autres. Voilà , Monfeigneur , une grande grandeur dans la grandifïîme maifon de France. Des gens fort fages font perfuadés que nous n'aurons point de guerre , & que nous en aurions eu une longue & ruineufe pour la France , fi l'on avoit voulu exécuter les traités. L'empereur vient encore de confirmer le roi dans l'opinion qu'il a pris le bon parti. Car il a refufé de figner ce traité. Dieu conduit tout. Il n'y a qu'à fe livrer à lui. Le comte d'Ayen va en Efpagne, avec prefque autant de joye qu'il

* Le duc d1Anjou , déclaré roi d'Efpagne , le 16 novembre.

fc . .

alloit à Rome. Mad. la D. de Noailles a confenti à tous ces voyages , de la meilleure grâce. Je doute , que M. le D. de Beauvilliers puiffè les foutenir tout entiers. Sa fanté eft fort dérangée. On donne un jéfuite au roi d'Efpagne , quoique leur coutume , à ce qu'on dit , foit d'avoir un dominicain. Mais on a dit au roi , que les jéfuites font les meilleurs par l'opofition qu'ils ont pour le janfénifme. Ceci entre nous. Ce confeffèur n'eft pas encore nommé. Le marquis d'Harcourt eft ambaffadeur & duc. Il demeurera quelques années auprès du jeune roi. Du refte , il mené deux gentilshommes de la manche , quelques valets de chambre , trois ou quatre officiers pour lui donner à manger à la Françoife, & trois ou quatre valets de pié. Tout cela ne doit aller qu'à 18 ou 20 perfonnes. Sa maifon viendra au devant de lui. M. le maréchal de Noailles me parut fort content de ce que le roi l'a choifi pour accompagner nos princes. J'efpere qu'il fatiguera moins à ce voyage , que dans les jardins de Marli. M. Févêque de Châlons avoit eu defTein de demander l'abbéïe vacante par la mort de l'abbé de Troisville. Mais le roi s'eft hâté en faveur de M. le Grand , & l'a donnée à l'abbé d'Armagnac.

Je viAis d'entretenir M. le D. de B«au-

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viiliers , qui m'a fait de grandes proteftations d'amitié pour M. le M. de Noailles, & du concert où il veut être avec lui dans ce voïage. M. votre frère me parut être dans les mêmes difpofitions. J'apris hier au foir ce qui eft arrivé à Rome *. Je ne comprends pas que M. de Monaco n'ait pas fuivi vos confeils. Je vous fupplie , Monfeigneur , de faire mes complimens à nos cardinaux. Vous me connoifïèz affez pour mettre dans les exprefïions les différens degrés de fentimens que j'ai pour eux.

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