LETTRE CLXVII
rQ à Marli , ce 25 novembre,
JE voudroîs bien qu'on me laiffat Te tems de vous écrire , Monfeigneur, Mais je n'ofe l'efpérer. Je regarde l'union de l'Efpagne avec nous avec un nouveau plaifir , quand je penfe que nous voudrons le même Pape, & que par-là vous reviendrez plutôt. Cet intérêt eft grand pour moi 8z pour bien d'autres. Et vous favez, Mgr. , que je n'ai jamais cru que vous filTiez
* Au fujer du prince Vaini , attaché a la nation Françoife , & commandeur de Tordre du St. Efprit , dont on avoit arrête les domeftiques pour avoir infulté les sbires • I/arnbafladeur du roi forcit de Rome.
de Maintenu n. 20J
autant de bien dans le conclave , que vous en faites dans votre diocèfe. Vous aurez appris que M. de Châlons vouloit demander le bénéfice qu'a eu M. l'abbé d'Armagnac. Il vous refte le plaifir de n'avoir fait aucun pas pour cela. Nous fommes à Marli , fort defœuvrés. Le roi de France plante , & le roi d'Efpagne chaflè , le jour, & joue à cligne-mufete , le foir , dans ma chambre. Je voudrois qu'il fut déjà parti. Si j'avois eu voix en chapitre, il feroit allé en pofte. On ne peut aller trop vite faifir une couronne fi belle. Il fera plus de quarante jours en chemin. M. le duc de Beauvilliers a bien la mine d'y demeurer. Il eft dans une langueur dont il aura de la peine à revenir. Me. fa femme marche pour avoir foin de lui. Me. la D. de Noailles me paroit fort trifte. Je ne fai 11 c'eft fimplement de voir partir M. fon mari & fon fils. Elle ne m'en avoue pas d'autre caufe. Il me paroit que M. de Noailles doit être content de la manière dont le roi Ta engagé à ce voïage , dont il pourra bien demeurer chargé feul. Cependant je crains qu'ils ne le voient préfentement que par le mauvais côté , qui eft l'éloignement du roi , que les courtifans croyent le plus grand des malheurs. Le comte d'Ayen eft plus philofophe & par conféquent plus tran-
quile. Il part avec joye. Il mené une mufîque pour fon plaifir & pour celui de M. le D. de Bourgogne. Je lui ai confeillé de ne rien épargner. Mais je ne me vante pas à Madame la D. de Noailles.
L'abbé de Luxembourg a laifle une belle abbéïe. L'abbé de Mornay veut la demander en remettant la fienne. M. le C. de Bonzi preflfe pour avoir un coadjuteur. J'en preiïè le roi aufïi, parce que je crois qu'il y va de fa confcience. Mais je ne fai fur qui ce choix devroit tomber.
J'ai parlé aufïi contre le curé de Marli. On ne penfe point à le faire évêque.
Le père de la Chaife a propofé au roi de me confulter fur le choix d'un confeffèur pour le roi d'Efpagne. Je l'ai refufé en difant , que mon archevêque n'étant pas ici , je ne pouvois m'inftruire.
Je fuis bien étonnée , Monfeigneur , d'avoir pu achever cette lettre. Je ne vous y parle point des nouvelles publiques. Elles vous reviennent de tous côtés.