‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 153 sur 243 · LETTRE CLXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXVIII

IJOO. à St. Cyr, décembre.

L faut croire , Monfeigneur , que nous avons un faint pape * , & le refpec-

* François Albani, élu le 25 décembre, âgé de 51 ans : ii prit le nom de Clément XI,

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ter comme tel. Quelle envie que j'aie de votre retour , je fouhaite fort que vous l'entreteniez de bonnes intentions & de la véritable pieté du roi. C'eft à fon archevêque à lui en répondre. Les dames de St. Louis , Monfeigneur , font infatiables d'indulgences. Aportez-nous des chapelets ou médailles qui en foient chargées , pour la vie & pour la mort. Et fouvenez-vous qu'elles ne peuvent fe fervir ni d'or ni d'argent. Ainfi ce que nous vous demandons ne doit pas vous ruiner. J'ai bien mal à la tête de tous les adieux que nous avons faits. Le roi a été touché de voir partir fes trois enfans : & quoique leur voïage n'ait rien que de bon , la féparation elt trifte. J'ai dit adieu ce matin à M. le M. de Noailles & au comte d'Ayen. Ils partent contens de tout ce que le roi leur a dit : & ils font chargés de trois perfonnes fort précieufes: car je doute fort que M. le duc de Beauvilliers finiffè le voïage. J'ai avoué à ceux qui m'ont quittée , & que je quittois avec peine , que je fentois au fond du cœur une grande confoiation en penfant que vous revenez. C'eft ainfi que la joye eil toujours mêlée au chagrin. J'ai lu avec plaifir la ferme réfolution que vous prenez de ne retourner jamais à Rome. Gardez-la bien, & revenez nous gouverner

& nous bénir ad muhos annos. Les miennes ne finiront pas fi tôt , fi j'en juge par ma fanté. Mes complimens, je vous fupplie , à M. le cardinal d'Eilrées. Il faut finir tout court.

LETTRE CLXIX.

1701» à Marli , ce 19 février.

IL faut peu de chofe pour m'accabier : & je fuis fouvent perfuadée qu'une autre ne fe pJaindroit pas tant des peines que je vous confie , & dans lefquelles vous entrez avec bonté. Mais j'ai une idée de ce qu'il faut que vous fouffriez , pour être en l'état où je vous ai vu , & dont je fuis fi touchée que je ne ceflTe d'y penfer. Permettez-moi de m'expiiquer avec vous librement , quoique je ne duiTe que vous écouter, vous obéir, & prier pour vous : la droiture de mes intentions exeufera tout. Vous favez, Monfeigneur, fi c'eft vous qui avez defiré la place que vous occupez , & fi on a eu de la peine à vous la faire accepter. Vous ne pouvez donc douter , que ce ne foit Dieu qui vous y ait mis. Quel compte auriez-vous à lui rendre , fi vous en fortiez de votre propre mouvement? Je ne crois pas que vous acheviez votre vie, avec autant d'à-

grément que vous en trouveriez dans la retraite. Mais eft-ce pour une vie agréable & commode, que vous êtes fait? Dieu vous a t'il donné de fi grands talens pour vous feul ? Le repos , & le bonheur d'un archevêque dépendent-ils d'un coup d'oeil d'un roi ? Et parce que vous êtes entouré d'ennemis , faut-il décliner le combat ? En avez-vous d'autres que les ennemis de l'églife ? Vous devez donc reftar dans votre place. Votre affliction eft jufte : quitter votre pofte, feroit pourtant une deferîiori. Mais comment répondrez-vous auxdeiïèins de la providence ? en vous mettant en état de travailler utilement. Que vous manquet'il ? une bagatelle : il n'y a contre vous qu'un foupçon. Ce foupçon , il eft impofïible de l'effacer ? Tout ce qu'on dit contre vous fe réduit à la protection fecrete que vous accordez au parti janfenifte : perfonne ne vous accufe de l'être : voudriez-vous être plus long-tems le chef & le martir d'un corps , dont vous rougiriez d'être membre ? Ne leverez-vous pas cet obftacle , le feul qui nuife au bien auquel vous paroifTez deftiné? Quant aux moyens , vous les connoiiïèz mieux que moi. On ne vous accufe point d'être quiétiite, ni tous ceux qui vous environnent. Pourquoi ne vous laverez-vous pas auffi bien du foupçon de janfenifme j J'avoue , qu'alors

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vous efluïerez le déchaînement des janféniftes, comme vous eiïuïez aujourd'hui les fureurs de la cabale oppofée. Mais du moins vous ferez en état d'édifier ck de conduire à Dieu, & le roi, 5c moi, & tous ceux qui ne tiennent à aucun parti. Jamais les jéfuites n'ont été plus foibles qu'ils le font : le P. de la Chaife n'ofe parler : leurs meilleurs amis en ont pitié : ils n'ont de pouvoir que dans leur collège : je le vois fouvent : je vois la force que vous auriez , fï ce nuage de janfenifme pouvoit enfin fe difïiper. On eft averti que vous avez des commerces directs & indirects à Rome avec des gens qui y ont été les plus acharnés contre Janfenius & contre le roi. Croyez , Monfeigneur , que tout lui revient , & qu'il n'a aucun tort de vous foupçonner. Ce n'eft point fur les difcours de votre P. de la Chaife. Le bon homme, encore un coup, n'a nul crédit. D'autres perfonnes parlent , écrivent , & font écoutés : & encore une fois , avec raifon. Cependant le remède eft facile. On eft prévalu d'eftime pour vous : on croit votre vertu fincere : on la regarde avec refpect : on me permet même de vous donner les avis que je vous donne fur vos commerces à Rome : grande marque de confidération pour vous. Je touchai le roi , en lui difant une partie

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de notre dernière converfation. Et je vois très clairement , Monfeigneur , que fi vous vous déclariez hautement avec vos gens de l'archevêché , le roi feroit pour vous , tel que vous fouhaitez qu'il foit. Il me nomma ce jour-là M. de Beaufort. Je ne fai fi je me trompe. Mais il me femble qu'il eft aifé de s'expliquer fi nettement & fi fortement que nous ne laiffions aucun doute. Pardonnez-moi , Monfeigneur , toutes mes libertés : vous en voïez la caufe : j'aime le roi , j'aime le bien public, j'aime votre perfonne : voilà ce qui me rend fi fenfible. Je mourrai aparemment avant vous. Je voudrois en mourant laiiïèr le roi entre vos mains.

Le roi & la reine d'Angleterre font bien touchés de fe croire mal avec vous , & vous demandent de les voir pour s'expliquer fur tout ce qui s'eft patte. Il ne vous convient ni aux uns ni aux autres d'être brouillés. Et il convient encore moins, que la caufe en revienne au roi. Voyez-les, Monfeigneur, je vous en conjure. Hé bien ! ne vaudroit-il pas mieux lire l'année chrétienne que de donner de telles fcenes ? Toutes ces pénitentes du P. de la Tour ont-elles d'autres livres que ceux qui s'appellent de ces Meilleurs ? Les autres ne font-ils pas dans le mépris comme ceux qui les lifent ? Ne font»

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ce pas là des marques de cabale , qui dé truiiènt toute l'édification qu'on devoi tirer de la fainteté de leur vie ? C'eft ai moins l'effet qu'a fait fur moi la conver fîon de Me. de Caylus. J'aurois été ravie. fi je l'avois vue , fimple, eftimant ia pieté j\ partout , lifant fans prévention tout ce qui eft utile , & fe tenant même à la plus grande (implicite , qui convient feule à notre fexe , & qui n'eft plus , depuis ces nouveautés. Elles portent l'orgueil avec elles : il faut des livres faits exprès : il faut de belles traductions : la vie des faints eft en mépris : Grenade, Rodrigués, St. François de Sales font à peine ouverts. Il me femble que les conducteurs de ces femmes devroient les tenir plus humiliées , quand ce ne feroit que par politique. Leur ton important & décifif marque clairement qu'elles foutiennent un parti. Je reçois en ce moment votre lettre d'hier. Si vos peines pouvoient diminuer par l'intérêt que j'y prends , vous feriez le plus heureux des hommes. Je voudrois que lundi fut arrivé, pour n'être plus ici & pour être avec vous.

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