LETTRE CLXXI
21 mai.
JE vous fupplie , Monfeigneur , de me faire toujours part des chofes principales que vous faites. Il me femble que j'en dois être inftruite , pour être en état de répondre.
J'ai bien de la peine à pardonner à ï» de Ponrchartrain l'alarme, qu'il m'a onnée. Et je tâchai de porter le roi à lire fes réflexions là-deffus , & à juger pmbien il devoit être en garde contre put ce qu'on lui difoit : que pour moi avois cru tout perdu : & qu'enfin toute ette affaire qui pouvoit détruire le créit en un inftant , perte plus nuifible à Il France que celle d'une province, étoit i eut-être un effet de la plus rafînée po- I tique du prince d'Orange. Que tout cela |)it un rien , c'eft ce que je ne conçois ;as, après avoir craint que l'état ne fut ouleverfé. Je dis enfuite au roi une parie de la réprimande que j'avois faite à :>n miniftre de ne vous avoir pas averti 'abord , & d'avoir penfé à parler à M. e Rheims avant d'aller à vous : & j'a- Dutai que toute cette conduite étoit maigne. Je dis les reproches que j'avois ait fur la haine qu'on témoignoit pour ;s dévots. Et le roi dit , que cela étoit rai. Enfin , Monfieur , je n'oubliai rien 'Our donner la défiance de cet homme, ne trouvant d'ailleurs malheureufe , que non perfonnage foit de dire du mal de [uelqu'un. Quand j'irai trop loin , c'eft vous à m'arrêter. Mais revenons à vous, -e roi étoit parfaitement fatisfait de votre :onverfation. Vous l'aviez mis à fon aife.
2i6 Lettres de Mad.
Et il étoit bien difpofé à m'écouter.
J'ai vu ce matin M. de Chamillard % i
qui conjointement avec M. de Pontchar- I
train fe déchaîne contre vos repartitions I
de don gratuit & de capitation : ils difent t
qu'il n'y a ni ordre ni égalité dans ce S
que font les évêques , qui ne fongent qu'à i(
fe foulager eux & leur chapitre & jettent I
le fardeau fur des épaules moins fortes. I L'honneur de l'épifcopat voudroit bien,!
ce me femble , que des répartitions plus {
juftes fiiTènt ceffèr ces propos. Je ren- I
drai compte à Madame la Comteffè de J
Gr . . . . de l'état de l'affaire du religieux I de Ste. Geneviève.
J'ai vu ce matin M. de Meaux , bien
convaincu qu'il faut laiiïer Mad. G. en • prifon.