‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 202 sur 243 · LETTRE CCXX · texte numérisé non relu

LETTRE CCXX

à Marly, ce 5 oElobre.

Lus je p^nfe à la perte que vous venez de faire , Monfeigneur , plus je la trouve grande , & plus j'en fuis affligée : c'étoit un digne chef d'une famille comme la vôtre , & qui ne peut être remplacé. On ne paroit ;ci plus touché , qu'on n'a accoutumé de l'être d >s particuliers. Nous avons fujet de- Croire qu'il eft heureux : c'eil: donc nous, êmes que nous pleurons» Je n'en ' i - 1 jamais les marques d'amitié qu'il m'a données en mourant» Je ne m'aperçois pas

de Maintenu n.

que ce qui s'efl: pa(Té entre nous ait diminué ma fenfibilité pour vous. Votre état me ferre le cœur : & vous ne vous eonfolerez de long-tems d'une telle réparation. Si j'é toi s m ai trèfle de ma conduite , je quitterois bien certainement toute autre çhofé pour être auprès de vous. Je ne dis rien à Me. la maréchale : elle n'eft. pas en état de m'entendre. Tout eft à craindre pour M. la M. de la Valliere : Dieu veuille la fouteniï \ Me. la ducheflè de Guiche s'eft acquîfe l'admiration de tous ceux qui l'ont vue dans cestriftes momens. Je vous fupplie de m'initruire de ce que vous apprendrez du duc de Noailles. Il n'y a certainement rien qui preflè fur l'entrée de la ducheflè de Noailles aux carmélites : je ne le propofe que pour décharger d'elle , & la mettre dans un lieu de fureté , & qui lui plaife. Je meurs de peur qu'étant moins veillée, elle ne faflè quelque imprudence : elle ne voit que des femmes : mais les femmes font aufîi dangereufes que les hommes : il faut que quelqu'un foit occupé d'elle. J'ai permif- (îon d'entrer dans tous les couvens de carmélites : & je n'en ufe point. Les carmélites du fauxbourg ont de l'amitié pour moi , & croyent m'être obligées : elles me feraient un fenfibie plaifir : vous le deflrez : mettez tout en œuvre : & nous

zSo Lettres de Mad,

réuffirons : j'aime aflfez ma nièce pour ne defirer que fon falut : mais j'aime beaucoup plus fon mari : & il ne faut rien oublier pour la lui conferver : il vous feroit facile de la faire entrer dans d'autres couvens : je ne vous le propofe point, parce qu'il n'y auroit pas la même fureté, & qu'elle n'y auroit pas le même goût. J'ai demandé des logemens. Le roi m'a répondu qu'il ne toucheroit à rien , que le duc de Noailles ne fut ici , ôc qu'il pourroit revenir après la touflfàint : je mets ici une lettre de notre princeiïe pour lui. On prie à St. Cyr. Je ne fuis pas digne de prier pour vous, Monfeigneur, mais je ne faurois y manquer.

LETTRE CCXXÏ. *

à Mirly, le 12 oiîobre.

LE roi me dit hier au foir que le duc de Noailles n'avoit plus de fièvre, qu'il demandoit fon congé fur ce qu'il n'y avoit plus rien à faire , & qu'il propofoit déjà de repartir , avant la fin de fon quartier : on lui a mandé qu'il pouvoit partir le 25 de ce mois : ainfi nous l'aurons bientôt : iL ne favoit pas la mau- Vaife nouvelle.

Je vous fatigue fur les carmélites , mais

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vous favez par quelle vue : il faut attendre Monfieur le duc de Noailles pour voir fon plan : mais quel qu'il foit , s'il laiflfe fa femme en ce péïs-ci , je crois qu'un couvent quand elle eft à Paris , & St. Cyr quand elle fera à Verfailles, remplirait bien des journées , & foulageroit ceux qui feront chargés d'elle.

La Flandre prend ici toute l'attention* L'on ne m'a pas dit un mot de la bulle. Je prie Dieu de vous confoler , & de vous infpirer ce qu'il y a de meilleur. Point de nouvelles décifives , mais de la manière dont les armées font difpofées , il pourroit en venir de bien conddérabies. Vous favez fans doute que M. Chamiilard eft allé voir M. l'électeur de Bavieres qui eft à Compiegne. Il doit revenir demain au matin.

Je vous aflfure , Monfeigneur , que je ne reviens point de la perte que nous avons faite : que votre douleur m'eft toujours préfente : & que je vois avec peine que vous ne vous confolerez point. Je crains fort .....

LETTRE CCXXII.

15 oBobre.

E père de la Chaife dit hier au R.

fque M. l'archevêque de Cambrai

ayant taxé Ton cierge & devant ctre uxé îui-meme à mille écus par proportion à fon revenu , il avoit déciaré , qu'il donneroit quinze mille francs pour foui les curés de fon diocèfe. Le P. de la Chaife accompagna ce récit de toutes les louanges que la chofe mérite. Je crois devoir vous tenir inftruit de tour. Si je, vais trop loin , Monfeigneur , il ne tiendra qu'à vous de me modérer. Souvenezvous que ce que je vous écris n'eft uniquement que pour vous.

LETTRE CCXXIII. *

à Verjûillcs. ce 22 octobre.

J'O u b l 1 a 1 hier, Monfeigneur, de vous dire que je me fuis informée de celui qui delT-rt la cure de Chevreufe. On le dit fort honnête homme, fort eftimé, & fuivi dans fes fermons , qu'on prétend être très bien. Il n'eft pas fort aimé. On a été furpris qu'il ait fait coucher chez lui une de fes pénitentes de St. Germain qui a été le voir. On ne foupço/me p - tant aucun commerce contre les mœurs.

Voilà, Monleigneur, tout ce que j'en ai appris. Je fuis dans mon lit avec un peu de fièvre, & une grande fluxion.

P. S. J'ai oublié de vous parler d'inç

de Maintenu n. 285

permi filon au curé de Marli de me confelfer dans ma chambre, à caufe de ma furdiré. Je crois l'avoir déjà demandée & obtenue. Je vous prie de me l'envoier dans les formes, afin que je ne vous importune plus.

Les dames de St. Louis pleurent l'état de l'églifef encore plus vivement que celui du roïaume. Elles ont une vertu & une {implicite que je crois bien agréable à Dieu. C'eft le plaifir de vous entretenir, qui me fait toujours oublier ce que j'ai à vous dire.

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