LETTRE XXXIII
1695, 21 décembre,
E roi approuve tout à fait ce que j'ai (eu l'honneur de vous dire, Monfeigneur, fur la table que vous pourriez tenir.
Ii goûte fort les démonftrations d'amitié pour les dévots , & fçait par } combien ceux de Châlons fe louent de vous. Je lui ai glifïe que vous le traiteriez bien, mais qu'ils ne vous gouverneroient pas, & que c'cft à vous à gouverner les autres. Il faut l'accoutumer à cette idée : il s'y fera peut-être.
Le roi croit , mais n'en eft pas fur , que 102 lui a dit qu'il vous avoit parlé de l'affaire de l'univerfité, trouve très mal-honnête qu'il ne l'ait pas fait,& ne me paroit pas bien vif fur cette affaire.
Cen'étoit pas par malice, Monfeigneur:
on avoit, & l'on a encore de véritables vapeurs, avec un chagrin qui eft ordinaire, dès qu'on a le moindre mai.
J'ai parlé fortement pour les carmélites : on m'a refafée d'abord féchement : mais on ne m'a pas paru inflexible, quand j'ai dit que vous approuviez cet ufage du bien d'églife, & far tout pour un tems , & que j'ai appris le voeu. On m'a répliqué fyi
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cette dernière raifon qu'une femme ne pouvoir faire un voeu, ou du moins l'accomplir fans la permifïîon de fon mari. J'ai répondu que cela pouvoit être en juitice : mais qu'il n'y avoit gueres de particuliers de la religion qui n'aquittaflènt le vœu de leur femme, quand il n'incommodoit pas leurs affaires. S'il perfifte à refufer , Monfeigneur, ce ne fera" pas votre faute : s'il accorde, ce fera vous, à qui ces bonnes filles le devront
J'ai oublié de vous dire qu'on dit qv.e vous voulez ôter l'a foire St. Germain pendant le carême : le roi répondit : » cela » regarde le magiftrat.
En racontant au roi le refus que vous avez fait à M. de Montgon fur fa fille , il m'a dit : » il faut que M. l'archevêque faiïe » ce qu'il doit faire, & qu'il laiiïe crier » contre lui «. Il m'a demandé enfuite pourquoi vous aviez refufé d'envoier cet enfant: il ignoroit qu'il fallut d£s raifon s pour les difpenfes. Iicroioit qu'elles dépendoient de votre volonté feule. -
Je vous dis peut-être bien- des chofes inutiles , Monfeigneur : mais je ne fonge qu'à vous bien inftruire de ce que le roi penfe fur tout. La connoi (Tance des bagatelles vous fera préfumer ou deviner Ton avis fur l'effèntiel.
Voici une lettre qu'on lui a écrite il y
a deux ou trois ans. Il faudra me la rendre : elle eft bien faite. Mais de telles vérités ne peuvent le ramener : elles l'irritent ou le découragent : il ne faut ni l'un ni l'autre , mais le conduire doucement où l'on veut le mener. J'ai dans l'efprit que fi on ne Pavoit pas éloigné de moi, nous aurions continué comme il commençoit il y a ^ ou 6 ans. Je ne méritois pas un. tel bonheur : & je ferai bien contente s'il vous eft ref-rvé. M. Fagon craint que le mal de M. le D. de Beauviiliers ne foit long : j'efpere que vous aurez bien foin de lui en cette occaflon.