‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 33 sur 243 · LETTRE XXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVI

X^OC. à St. Cyr, ce 27 décembre.

J'Ai eu l'honneur de vous écrire ce matin bien à la hâte : je voulois arriver ici pour la meiTe de la communauté : & j'en ufe avec une liberté qui ne diminue rien dans mon coeur au refpeft que je vous dois.

Nous avons ce que nous devrions pour Châlons -f, Mais qu'il eft trifte de voir

* Son frère & Ton fucceffeur.

f Le roi pafia eu fhveur de l'abbé Je N cailles ,

que ce qui efl: bon s'arrache par la force, & que ce qui eft mal fe fait aifément î Ne râcherez-vous point, Monfeigneur, de guérir le P. de la Ch .... ou du moins de le faire rougir de cette maxime , que les dévots ne font bons à rien. Il eft trop vrai qu'il y a des dévots qui ne font point propres à gouverner, mais c'eft la faute de leur efprit , & non la faute de leur dévotion. La maxime du bon père eft générale , tombe fur tous les dévots , & feinble dire que la pratique de l'évangile rend imbécille & fot. Eiiè, eft publique : vous pourrez lui en parler librement : ne le piquerez-vous point d'honneur en lui difànt que ce feroit lui qui devroit être le protecteur de la pieté , au lieu de faire dire que nous fommes mal enfemble , parce que j'aime les gens de bien , & qu'il ne les peut fouffrir ? Il n'y a rien là , ce me femble, qu'il ofât redire au roi, & qui ne fut contre lui. C'eft à vous , Monfeigneur , à reft:tier ce que je vous propofe. C'eft mal nommer ce qui s'eft paiTé entre le roi & moi la veille qu'il fit fes dévorions , que d'i l'appeller converfation : car je ne pus jamais tirer une parole. Je lui contai quelque chofe de St. Auguftin qu'il écGuta avec plaifîr : fur cela je lui dis que je ne

alors très jeune , par deflus les règles prefcrites paj les canons,

4fS Lettres de Mad.

comprenois pas pourquoi il ne vouloit jamais que nous fixons enfemble quelque lefture qui l'inftruiroit , & même le divertiroit : que c'étok un devoir domeftique : & qu'apparemment le Père de la Chaize s'y oppofoit. Il me répondit : » je ne lui » en parle point : au contraire il me l'a » propofé «. Je répliquai que j'avais peine à le croire , quand je penfois que je i'avois vu me folliciter de lui lire des écrits de M. de Fenelon , en lire lui-même de St. François de Sales, prier avec moi , & être fi touché qu'il vouloit faire & fit eneffet une conferTion générale, & qu'il projetta un édit pour le peuple : que tout cela étoit tombé en vingt-quatre heures : & que depuis il ne m'avoit pas dit un mot de pieté. Il me répondit pour toute raifon : » je ne fuis pas un homme de » fuite « , voulant dire qu'il ne fuivoit rien par goût. Il ne ment jamais :& vous favez que cela n'eft guère pofïible à un roi : ce n'eft donc pas le Père de la Chaize , qui l'éloigné du commerce de pieté & de prières que je voudrois avoir pour lui , & pour lequel j'ai confenti à me donner à lui.

Mais , Monfjigneur , fî le père de la Chaize et! juOifié, quelle conféquence en devons-nous tirer ? Mes foupçons ne peu- Vent tomber fur cul autre, C'eit dont te

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roi , qui craint que je ne lui parle de fes devoirs , & qui fuit la lumière : fi cela eft , quel malheur !

Il fe fait un fcrupule d'aimer à vous faire plaifir en donnant un faint évêque à Châlons : & en même tems il en donne un à Langres qui eir. fans pieté, au moins fi j'en crois M. le curé qui vient de m'en parier. Quel mélange de délicate iTè £: d'endurciiïement i & que cette confcience-là me coûte de pleurs \ Je fuis bien aife que vous trouviez la lettre que je vous ai confiée trop dure : elle m'a paru toujours telle : ne connoiiïez-vous -point leftile : Mais, Monfeigneur , fouffrez que je revienne à l'évêque de Langres : n'en direz-vous rien au P. de la Chaize ? Jj crois voir par une lettre que j'ai reçue de M. i'évêque de Chartres , que pourvu que je contribue à faire de bons évêques , il me paiïèra le refte. Vous favez que je ne fuis point ici pour cela: mais il m'eft impoflible de ne pas aimer le bien , l'églife , & le roi.

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