LETTRE LXXX
;i mai. ^
LE roi continuera fes aumônes, &les* fera remettre entre vos mains, pour en difpofer comme il vous plaira. Je vais redoubler mes miférables prières , pour demauder pour vous , & pour ceux qui travaillent avec vous , toute la lumière qui vous eft néceffàire. Je n'ai ofi dans les deux vifîtes que vous m'avez rendue vous dire un mot fur votre douleur * : j'ai appréhendé de vous attendrir , & d'être au tendrie moi-même : j'ai été encore plus affligée que je ne l'aurois cru : & j'ai fenti votre jufte peine avec une fenfibilité qui convient aux fentimens que j'ai pour vous. Ma nièce a été touchée , & avoit été fenfible aux bontés qu'on lui avoit marquées. Je l'en aime mieux : mais quoiqu'il puifïè arriver , c'eft une privation que je fentirai toujours , quoique je ne futfè pas en état de jouir d'un fi faint & û agréable commerce. Il faut , Monfeigneur , renoncer à toute confolation : vous perdez celle de votre vie. Je voudrois que vous euffiez autorité fur tout hormis fur vousmême. Je fuis perfuadée que vous vous confervez fort mal : confervez-vous.
* A la mort de M«, h duçheffe de Noailles,
ioo Lettres de M a d.
LETTRE LXXXï.
es 12 juillet.
JE fuis bien aife , Monfeigneur, d'avoir la féconde déclaration du père la Combe, j'en ferai part à M. de Chartres , parce que je crois que vous le.- voulez bien.
M. le D. de Bourgogne eii venu me voir ce matin. Je l'ai entretenu des ma» xrmej de M. de Cambrai : il m'atTure qu'elles font très mauvaifes , quoique fpécieufes. Je ne fçais s'il eit fincere : mais qu'ils difïimulent : je parlerai toujours félon mon coeur : Dieu fera le refte.
M. le D. de Beauvilliers m'a vue ensuite : nous nous fommes parlés très franchement : il tombe d'accord que ce qu'il dit n'eft pas vraifemblable : mais il attire qu'il eft vrai : je dois donc le croire : j'ai demandé du teins pour effacer tout ce qui s'efi paiïë.
Mlle, de Ste. Ofmane fera bien heu- ♦eufe , Monfeigneur , fi vous la faites recevoir à Hieres : ce font de faintes filles: Dieu veuille que cette malheureufe profite de leurs exemples 1
Nous fommes bien obligées aux urfulines de vouloir bien une de nos filles : ji faut que Sa. Tiberge ça eboififlè uaô
DE MA-1NTENON. IOI
bonne. Je ne connois point de dame de St. Louis qui s'appelle Fleuri. M. Tiberge me démêlera tout cela. Me. de Beauvilliers a interrompu cette lettre & m'a parlé comme fon mari : Je lui ai répondu comme à fon mari.
Que vous êtes bon , de penfer à moi s je fuis ravie que vous connoifTiez ma foibleiïe , & que vous me difiez quelquefois un mot pour m'encourager.
Le père de la Chaife pourra bien donner le dernier coup au père de Valois à ce voïage-ci : il eft déjà bien ébranlé.
Donnez ordre à quelqu'un , je vous fupplie , de m'envoïer une copie des nouvelles de Rome , je dis pour toujours.