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Let. de Me. deMaintenon LETTRE XIV

Versailles, j4 août 1681,

LE roi commence à penser sérieusement à son salut , et à celui de ses sujets : si Dieu nous le conserve , il n'y aura plus qu'une religion dans son royaume. C'est le sentiment de Mr. de Louvois ; et je le crois là-dessus pins volontiers , que Mr. Colbert, qui ne pense , qu'à ses finances , et presque jamais à la religion. La petite filleabeaucoup pleuré: c'est une chose inconcevable que les chimères que ces gens-là mettent dans l'esprit des enfants î mais elle a trouvé la messe du roi si belle, qu'elle m'a promis de se faire catholique, pourvu que je lui promette de lui faire entendre tous les jours la messe du roi. Cette naïveté m'a fort réjoui ; mais je gémis de ce que les autres conversions ne seront pas si faciles. Mr. de Villette a résisté à cette éloquence de M. de Bossuet, à laquelle personne ne résiste. Dieu veuille qu'à son retour il soit plus traitable et plus docile ! Il me semble qu'il ne manque à mon bonheur que la conversion de ma famille. M. deRuvigny veut

que

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que je sois encore calviniste dans le fond du cœur : il est aussi entêté de sa religion qu'un ministre.

LETTRE XV

.Ce 7 Août 1 68 22

ON est ici dans la plus grande joie, Le roi a fait un fort- beau présent à Me. la Dauphine : il a eu un moment entre ses bras le petit ( 1 ) prince : il a félicité Monseigneur comme un ami : il en a donné les premières nouvelles à la reine : enfin , tout le monde dit qu'il est adorable. Me. de Montespan sèche de notre joie : elle meurt de jalousie : tout lui déplait , tout l'importune ; et elle prétend que les couches des autres lui sont aussi funestes que les siennes : elle en veut sur-tout au père de la Chaise ? qui ne fait que son devoir , mais qui le tait mieux que jamais. Nous vivons avec toutes les apparences d'une sincère amitié. Les uns disent que je me veux mettre à s < place , et ne connoissent ni mon éloigneraient pour ces sortes de commerces ,

( 1 ) Le duc de Bourgogne, né le 6 août. Tome II. (8) F

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ni l'éîoignement que je voudrois en inspirer au roi. La plupart s'imaginent que je conspire avec elle : quelques-uns croient que je veux la ramener à Dieu ; je le souhaiterois bien , mais je ne l'espère pas. Il y a un cœur mieux fait, sur lequel jjmrois de plus grandes espérances. Adieu, Madame. Ne dites rien de tout ceci : on en devine assez , et on en dit toujours trop.

LETTRE XVI

A Mainîenon , i Novembre 1682.

LA famille royale vit dans une union tout-à-fait édinante. Le roi s'entretient des heures entières avec la reine : le don qu'elle m'a fait de son portrait est tout ce qu'il y a eu de plus agréable pour moi depuis que je suis à la cour ; c'est dans mon esprit une distinction infinie : Me. de Montespan n'a jamais rien eu de semblable. Je passerai encore quinze jours ki : cette solitude me délasse des fatigues de la cour ; je n'y vois personne , et je jouis seule de mon petit empire. On me déchire de tous côtés. Vous ne m'apprenez rien de nouveau. Le temps écîarrcira

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foutes choses. Je vous prie de ne me point défendre : cela ne fait qu'aigrir mes ennemis. Me. de Miramion a un zèle indiscret : on sert mieux ses amies de sang froid. Je mené une vie tissue d'infirmités et de chagrins. On me croit dans la plus belle place du monde , et je n'ai pas de plus grand plaisir que de m'en éloigner et de vivre dans la solitude.' J'envie bien le sort de mon fermier.

Dites à d'Aubigné qu'il ne se ;?irse pas aller à son indolence : avec trois cents mille livres de rente, il ne seroit pas plus heureux : son malheur est dans son

LETTRE XVII

A Fontainebleau , le 10 Septembre i6"33,

LE roi se porte bien 9 et ne sent plus qu'une légère douleur. La mort de M. Colbert l'a affligé , et bien des gens se sont réjouis de son affliction. C'est un sot discours que les desseins pernicieux qu'il avoit : et le roi lui a pard^mé de très-bon cœur d'avoir voulu mourir san* îire sa lettre pour mieux penser à Dieu. M. de Seignelay a voulu envahir tousses

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emplois , et n'en a obtenu aucun ; il a de l'esprit , mais peu de conduite : ses plaisirs passent toujours devant ses devoirs. Il a si fort exagéré les qualités et les services de son père , qu'il a convaincu tout le monde qu'il n'étoit ni digne ni capable de le remplacer. On a parlé de notre ami pour la sur -intendance des bâtiments, mais seulement deux minutes : et M. de Louvois l'a eue sans la demander. Je fonde de grandes espérances sur M. Pelletier , et je vois avec un extrême plaisir , que La cour est contente de ce choix : le roi l'estime. Me. de Rochefort sauve du moins les apparences : on m'attribue sa conversion ; et moi je ne puis souffrir qu'on m'attribue l'hypocrisie de personne : Me. la Dauphine ne s'accoutume point à elle. Nous sommes ici tranquilles. Me. de Montespan s'est jetée dans la plus grande dévotion : il est bien temps qu'elle nous édifie. Je ne songe plus à me retirer.

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