‹ Lettres de Madame de MaintenonChapitre 15 sur 19 · I—— ^ ■ ■ II · texte numérisé non relu

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LETTRE XXXV

ce 9 novembre,

LE roi m'ordonne de vous mander , madame, qu'il a lu votre lettre avec attention ; qu'il trouve bon que vous disiez vos raisons à Mr. le chancelier ; et que bien loin de vous retrancher ce qui est permis aux autres , il vous accortieroit volontiers par son inclination ce qu'il refuseroit au reste du monde.

Je me réjouis avec vous , madame , de la considération que j'ai toujours vue dans le roi pour vous. Après ce compliment , venons au portrait de madame la duchesse de Bourgogne. Vous n'avez plus sa hauteur , madame ! elle est présentement aussi grande que moi, et ce sera bientôt davantage. Sa taille est embellie , parce que le sein lui vient : mais je la trouve un peu déparée d'avoir perdu ses cheveux après sa grande maladie. Il n'est question ici que de lareine d'Espagne. Les portraits qu'on en a fait ressemblent fort à notre Princesse. Mais ce qu'on mande de son esprit est surprenant , et effraye les Espagnols. Voila finir bien

de Maintenue iif

court , madame ! ce n'étoit pas mon in-

tention.

LETTRE XXXVI

Ce iZ février i

JAmais affaire de la cour ne fut plus facile , madame , que celle de vous faire donner un livre de médailles : à la proposition que j'en fis au roi , il me répondit : lo merece. Voilà ma négociation , et j'ai fait mettre le livre entre les mains de Mr. d'O. Vous êtes rrop discrète , madame , quand vous cherchez des prétextes pour faire vos compliments ; vous êtes une ingrate si vous oubliez la manière dont tout ce qui vient de vous est reçu. Vous aurez pris part aux dernières nouvelles d'Italie. Le roi est fort touché du malheur du maréchal de Viîleroi ; et du reste, bien content de l'extraordinaire succès qu'ont eu ses troupes , en chassant les ennemis déjà entrés et établis par une trahison. On ne peut trop demander la paix.

n8 Lettres deMad;

LETTRE XXXVII

A Mademoiselle d'Osmond.

A Versailles , ce a 8 février 1701.

TE suis ravie de votre établissement , ^ mademoiselle ! et j'espère que votre sœur (1) ne perdra rien en vous donnant tout ce qu'elle avoit. Celui qui vous (2) épouse , est bien- estimable : il préfère votre vertu aux richesses qu'il auroit pu trouver. Et vous , vous préferez la sienne aux biens que vous allez partager avec lui. Avec de tels sentiments , un mariage ne peut qu'être heureux : Dieu bénira deux époux dont la piété est le lien. Je ne cesserai jamais de vous aimer, et de me souvenir que je suis aimée de vous. Je n'ai point pris mademoiselle votre sœur pour la garder auprès de moi , comme vous le pensez. Elle va retourner à Saint-Cyr , où sa capacité l'a mise à la tête d'une classe. Je l'en tirerai de tempsen-temps pour la délasser d'un personnage

(1) Depuis marquise d'Havrincour.

(2) Mr. de Bouvet , marquis de Louvigny.

si sérieux. Madame la duchesse de Bourgogne l'aime fort : et ce voyage-ci , j'en ai été fort contente. Adieu : soyez l'exemple de votre province , qu'on voie que vous avez été élevée à Saint- Cyr , et croyez que je vous aimerai toute ma vie.

LETTRE XXXVIII

TA Me. la Marquise d'Havrincour.

Le Aii février 1706.

VOus n'avez à présent , ma chère fille , que deux choses à faire : servir Dieu , et plaire à votre (i) mari. Prodiguez-lui vos complaisances : entrez dans toutes ses fantaisies ; souffrez toujours ses bizarreries ; et qu'il n'ait jamais à souffrir des vôtres. S'il est jaloux, ne voyez personne : s'il vous veut dans le grand monde ; mettez-vous-y , toujours avec la modération que la vertu demande.

(i) Mr. le marquis d'Havrincour , gouverneur d'Hesdin en Artois : il en donna en 1737 sa de'mission en faveur de son fils, aujourd'hui amfcassadeur du roi à la cour de Suéde.

*3o Lettres de Mad.

Vous allez être gouvernante : comprenez et faites tout le bien que peut faire la première personne d'une ville. Ayez toujours quelque honnête femme en votre compagnie : vous êtes trop jeune pour vous livrerau monde sans avoir un témoin irréprochable de votre conduite. Votre mari vous en saura gré , tel qu'il soit. Soyez circonspecte dans vos liaisons avec les femmes : il vaut mieux être vue à l'opéra avec tel homme , qu'avec telle femme au sermon.

Aimez la présence de votre mari , jamais de mystère avec lui. Que vos prières soient plus ou moins longues selon son goût : cette complaisance est une prière.

Obéir à ses volontés est le premier devoir du mariage* élever vos enfants , le second. Ayez soin d'eux avant leur naissance , et n'hasardez point leur vie et leur salut par des indiscrétions. N'oubliez rien pour en faire des véritables chrétiens : rendez-leur l'éducation que vous avez reçue : préparez vous aux chagrins qu'ils vous donneront. J'espère qu'ils seront dignes de vous ; cependant ne vous dépouillez jamais de votre bien en leur faveur : le monde est si dangereux ! peutêtre iront-ils au bal le jour qu'on vous donnera l'extrême-onction,

de Maintenu n. 131

Retenez vous sur le jeu : vous avez été' souvent témoin des malheurs que l'amour du jeu attire.

Aimez l'ouvrage , la solitude , et ces réflexions qu'on fait sur soi-même pour se connoître et se corriger. Point de hauteur. Soyez ferme et douce dans votre domestique. Ne donnez jamais dans le ridicule excès des modes. La bienséance veut que vous les suiviez ; et la modestie veut que vous ne les suiviez que de loin. Que je n'entende pas dire de vous , ma chère d'Osmond , que vous êtes une femme magnifique : on croit que c'est une louange ; n'en tâtez jamais.

Vous avez été élevée dans la plus pure doctrine. Vous savez fort bien votre religion ; vous avez même de la piété : abhorrez toute nouvelle opinion : taisez vous sur cet article , ou n'en parlez qu'avec une extrême retenue.

Je ne vous dirai rien de vos devoirs de bonne Françoise. Vous avez trop d'obligations au roi pour vous départir jamais du respect et de l'amour que ses sujets lui doivent. La reconnoissance vous oblige encore plus étroitement de prier toute votre vie pour sa personne sacrée. On se donne aujourd'hui une grande liberté de parler des défauts des princes. Ne souffrez

232 Lettres de M ad;

Jamais qu'on parle librement du nôtre devant vous , vous qui le connoissez mieux que personne.

Enfin , ma chère fille , soyez une bonne chrétienne , une bonne femme, une bonne mère ; et vos devoirs seront remplis , votre réputation bien établie , et votre salut assuré.

LETTRE XXXIX

De Madame de Scudery.

A Paris , ce a 8 août.

TE n'osois, madame , prendre la liberté ^ de vous écrire dans ces temps si embarrassés ; mais aujourd'hui qu'on nous dit de meilleures nouvelles , je crois qu'il m'est permis de vous rendre grâces de la continuation de vos bienfaits , plus touchants et plus nécessaires à l'état de la vieillesse qu'à tous les autres de la vie. Sans vous j'aurois bien souffert. Je suis pénétrée de reconnoissance, madame, que vous ayez eu la bonté de vous souvenir d'une personne si aisée à oublier à la mort de Me. de Nemours : il est vrai que j'y perds beaucoup de douceurs. Me. de

Villette

DE M AIN TENO N. %$%

Villette me dit que vous me feriez l'honneur de m'en plaindre. Je vois souvent M. le marquis de Villette. Je voudrois bien vous témoigner mon dévouement et ma passion à vous rendre service , en la personne d'un homme qui a l'honneur d'être votre parent.

LETTRE XL

De la même,

Paris , 1 2 décembre

JE vous dois , madame , tant de respect' et de reconnoissance , qu'il me semble qu'il est de mon devoir et de l'attachement respectueux que j'ai pour vous , de vous faire mes compliments sur la mort de M. le marquis de Villette : je le voyois presque tous les jours , et il vint encore chez moi la veille de sa mort : il parloit peu depuis quelque temps ; mais je vous assure que ce jour-là il nous tint de trèsbons discours , et fort-chrétiens. J'espère que Dieu lui aura fait miséricorde ; cac c'étoit un des meilleurs hommes que j'aie jamais connu : c'étoit une joie pour moi de lui pouvoir rendre quelques devoirs , ayant l'honneur de vous être si proche ; Tome IL (8) L

234 Lettre s de M ad;

car personne n'est avec un si profond respect que moi , et n'est si obligée d'être votre très humble et très-obéissante servante.

LETTRE XLI

A Madame de Querjean.

A Trianon , a5 juillet \Jo5»

Mie cardinal de Noailles me presse . fortement de consentir à la liberté de M. le marquis de Querjean. Il dit qu'il est vieux > malade , converti , et pénétré du désir de se préparer à la mort. Je voudrois le servir ; mais je ne voudrois pas vous nuire : ainsi je me trouve partagée entre la compassion et l'amitié. Il est difficile que vous résistiez là-dessus à votre archevêque. A la fin , le roi en sera touché. Ne vaudroit-il pas mieux entrer en négociation avec M. le cardinal ? Il vous dira que M. Querjean ne vous tourmentera point, qu'il ne se vengera pas, qu'il vous fera tout le bien possible. Il demeurera garant de ces paroles. M.

îe duc de Foix n'est-il pas toujours votre ami ? Je le crois en grand commerce

avec tous les Noailles. Croyez, madame, que je vous fais cette proposition par amitié, et non par lassitude de soutenir ce que j'ai commencé. M. de Querjean rie sortira point que vous ne soyez avertie. Je vous souhaite une meilleure santé :

mais il y a un âge pour souffrir , comme il y en a un pour s'amuser. Prenons notre parti , et souffrons , et ne murmurons point de ce que nous ne pouvons souffrir; ensemble.

LETTRE XLII

A la même.

8 décembre ïJob>

NOus avons perdu une excellente amie en perdant Me. de Montchevreuil.

Mais je vous assure que vous n'avez rien perdu par rapport à moi. Vous savez, et je ne l'oublie point , combien je vous aimois indépendamment d'elle. Je suis la même pour vous : au milieu de nos embarras , je pense souvent à nos soirées de la rue des Tournelles. Je voudrois bien vous voir encore une fois avant ma mort. Mais pourquoi ne me parlez- vous pas de

Lt.

ï}6 Lettres deMad:

votre santé ? votre lettre seroit parfaitei Ma fîevre part tout-doucement : je reprends mes forces ; vos noix y contribuent • je les aime , et je vous en rends mille grâces : c'est le seul présent que je reçoive avec plaisir.

Dès que j'eus reçu votre mémoire , je l'envoyai et le recommandai à M. de Torci. Il parla au roi , et m'écrivit un refus fondé sur beaucoup déraisons. Vous voyez qu'on ne fait pas tout ce qu'on voudroit. Je ne sais rien de ce qui s'est dit (i) du mariage de Mlle. d'Osmond.

Il s'est trouvé encore meilleur que je ne Pavois espéré. Je suis votre très-humble servante , et bien affligée d'ajouter, votre servante très-inutile.

(i) On dit à Paris, et même à la cour, que Mlle. d'Osmond étoit fille de Me. de Maintenon et du roi. Me. de Maintenon , instruite de cô propos , dit : Plût à Dieu ! Mais si cela étoit , M. d'ÀvrincQurlamériteroit , mais ne l'auroispas*

deMaiktenon. Q.37

LETTRE XLIII

A la même.

28 décembre iJo5>

J'Ai bien su , madame, la dernière tentative qu'a fait M. de Pontchartrain en faveur de M. de Querjean. Mais vousne savez peut-être pas la fermeté du roi à refuser. Tant que je vivrai , vous ne serez point exposée à son ressentiment. Je ne puis vous donner de rendez-vous , n'étant pas maîtresse d'un seul jour. Je vous écris en prenant des eaux de Forges ; elles me font beaucoup de bien : je vous le dis , madame , parce que je ne crois pas vous être indifférente. Si je suivois mon goût , je vous entretiendrois plus long-temps.

138 Lettres ce Mau.

LETTRE XLIV

De Me. la comtesse de Conflans , à Me; de Mainte non.

MÀdame , votre lettre a diminué tous mes maux : elle me promet les mêmes bontés dont vous m'ave2 toujours honorée. Voici ma situation : Je ne suis plus dans un couvent ; mes incommodités m'en ont fait sortir : j'ai pris une maison dans un air et une exposition propre h ma santé ; j'y languis depuis deux mois : le roi ne me donne point de pension : je ne touche pas un sou de tout mon bien , il est saisi réellement. Il me faudroit un carrosse et deux domestiques : cela est du pur nécessaire ; et je serois bien fâchée d: vous rien demander au-delà : ma mort ne peut être éloignée ; ainsi je ne vous serois pas long-temps à charge. Si ce détail v-ous touche , je ne serai plus à plaindre. Je vous assure, madame, que mon respect pour vous ne finira qu'avec ma vie , et que ma vie finira bientôt.

LETTRES

a Madame de Brinon.

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