A M*. DE BRINON
LETTRE XVI
Ce tundi matin»
TAndis que vous étiez tranquillement enfermée dans votre chambre , je courois la maison avec la nombreuse noce de Mlle, (i) de Sainte - Hermine. M.
d'Auxerre me ravit par sa naïve admiration pour notre communauté : les jaunes se surpassèrent, et (a) Glapion, et (3) Marciîii, et (4) Bouju. J'en fus aussi extasiée que l'étoient les étrangers. Je parlerai au roi des contrats , qu'il signera quand vous voudrez. Je devrois être un peu jalouse de cette facilité qu'il a pour tc»Jt ce que vous désirez : car je vous assure que je n'obtiens pas toujours si aisément. Le chapitre des quiétistes fut traité à fond , et il me semble que j'appliquai bien la
(1) Mlle, de Sainte-Hermine venoit d'épouser M. le comte de Mailly.
(2) Depuis dame et supérieure de la maison de Saint-Louis.
(3) Depuis Me. la marquise de Villette , et ensuite Me. de Bolingbrocke.
(4) Aujourd'hui religieuse aux Ursulines de Manre.
Ma
a.<o Let. de M«. de Maintenue
parabole de l'yvraie. J'espère que le malheur de Me. Guion n'ira pas loin. Elle a , à ce que le roi prétend , couru les champs et passé les monts pour suivre son confesseur qui est savoyard : elle distribuoit par-tout ses livres , où il y a , dit- on , des erreurs : sa fille est dans le couvent de Sainte - Marie de la rue Saint - Jacques. Je vais consulter M. Fagon , et je lui parlerai de l'humeur pancréatique , si je peux retenir ce mot.
LETTRE XVII
A Marîy , ce 3i octobre i68f.
^7" Ous pourriez répondre , pour moi , * madame , en toute occasion , aussi juste que vous avez répondu à Gisors sur MUe. de. . . ; car vous me connoissez parfaitement. Je vous supplie d'achever cette bonne cçuvre, et de mander à Me. de Montchevreuil , que si l'aînée lui fait de ia peine , je la lui ôterai , mais pour la mettre dans une autre maison. Elle peut compter que tant que je vivrai , elle n'ira pas avec sa mère : vous savez, madame , les bonnes raisons que j'en ai. Je crois qu'il n'y aura plus rien en Allemagne ,
A Me. DE BRI NON. l6l
et que Monseigneur viendra trouver le roi à Fontainebleau. Ils se sont écrit des lettres , toute cette campagne , qui vous auroient fait pleurer de tendresse: Monseigneur mandoit encore dans sa dernière au roi : Quand il n'y aura plus rien à faire ici , je serai ravi de vous aller embrasser les genoux 9 et de vous assurer que vous n ave\point de sujet aussi soumis que moi. N'est - il pas vrai , madame , que les gens de bien doivent regarder une telle union avec un grand plaisir ? Dieu veuille nous bénir tous et nous donner la paix î C'est' assurément une des choses que je désire avec le plus d'ardeur. Les bruits de la mort du prince d'Orange recommencent : si cela étoit , la paix deviendroit plus facile. Adieu , madame. M. de Chartres m'a pressée bien sérieusement de vous aller voir : je n'en désespère pas quelque jour , à la suite de la reine d'Angleterre : et je vous assure que je vous embrasserai de bon cœur. J'ai conseillé à Me. d'Aulnai de vous donner sa fille : et elle n'a pas eu de peine à comprendre que celle qui nous a montré à en gouverner deux cents cinquante , en conduira fort bien une seule. Je donnerai cent écus pour elle. Je ne vois presque plus personne : et j'ai plus de raisons que
s.6i Let. de Me. de Maintenue
jamais de me renfermer. Je suis sensible à ce que vous me dites de Me. (i) Fagon. Je deviens insatiable des prières des saints: vous voyez que mes désirs sont proportionnés à mes besoins.
LETTRE XVIII
SI Mlle. de ... . avoit usé dix années de sa vie à mon service , je ne pourrois rien de plus avantageux pour elle , que de lui donner un gentilhomme riche , considéré , chéri. Instruisez-la bien à se rendre heureuse par son humeur : car du reste, elle est sage , modeste , pieuse , et très-bonne. Si elle pouvoir gagner sur elle un peu plus de douceur et moins de penchant à la dépense , sa famille l'adoreroit. Je suis très-persuadée de l'amitié qu'elle a pour moi ; et qu'elle me sacrifieroit de bon cœur , si je l'exigeois, l'établissement que je lui propose, et même un plus avantageux. Je l'aime fort, aussi : mais elle n"est ni d'âge ni d'humeur à faire auprès de moi le personnage qu'il me faudroit. Ce seroit d'être plus occupée
( i ) Religieuse de Maubuiason , tante du médecin.
A M». D E B RI N O N. l6$
de mes besoins y que de la fortune et des plaisirs. Outre cela , il faut vivre à la cour avec des esprits de toutes les espèces , et souvent fort mal - faits. Mlle. de.... est aimée des (1) comtesses. Son mari est allé à Rouen se faire rétablir dans un emploi qu'il ne veut point qui paroisse une des conditions du mariage : j'y ai consenti , me fiant à sa parole. Mlle, de . . . éroit l'autre jour avec moi à Marly à la fenêtre de ma chambre , d'où l'on voit ces beaux jardins : je lui dis : « Une allée de Rosai » vous touchera plus que tout ce que w vous voyez ». Elle me répondit fort sèchement : « j e ne le crois pas n . Je passai sous silence sa réponse : mais elle en use , comme si elle avoit vingt mille livres de rente , et que l'on voulût lui faire épouser un misérable : et entre nous , il vaut mieux qu'elle, de quelle façon qu'on la regarde.
( 1 ) On appeîoit mesdames de Mailly , de Caylus , et de Mornay , les COMTESSES.
Elles étoient du particulier de Me.deMaintenoa.
164 Let. de Me. DE Maintenon
LETTRE XIX
| E vous assure, madame, que je me ** sens une grande peine de l'état où se trouve Me. de Montbas ; que je ne perdrai aucune occasion de presser le roi ; et que si elle vient ici , je ferai mon possible pour qu'elle soit contente de moi. Je suis bien difficile à joindre ; j'ai plus d'affaires que jamais : les fréquents voyages de Marly me mettent toujours en arrière ; et j'ai tant d'occupation à Saint- Cyr j que cela seul m'cccuperoit , quand j'y pourrois donner tout mon temps.
Nous y mettons des missionnaires ; nous avons un évêque, et un saint évêque ; nous avons à bâtir pour les missionnaires ; nous avons le consentement de Rome.
Vous voyez si tout cela doit m'occuper , sans compter les affaires du dedans. J'ai donné vos lettres à la chanoinesse(i)pour Tes distribuer : elle est plus dévote , plus abstraite , plus étourdie que jamais. Mlle. d'Aubigné est très-jolie : elle a l'esprit
( 1 ) Me. de la Maîson-fort , qui étoit un peu parente de Me. de Brinon.
A Mc. DE Brinon, lé<j
fort avancé , bonne, toute instruite , et remplie de sa religion. Voilà , madame, toutes les nouvelles de Saint-Cyr. Celles de Versailles sont excellentes. Le roi se porte à merveille ; sa santé et sa sainteté se fortifient tous les jours. La piété devient fort à la mode : Dieu veuille la rendre sincère dans le cœur de tous ceux qui nous l'étaient pour nous plaire ! Nous allons faire un voyage de huit jours à Compiegne : je m'en passerois bien ; mais nous apprenons tousles jours, d'un nombre de saints que nous voyons quelquefois , qu'il faut renoncer à sa volonté , et faire de bon cœur celle de Dieu. Mlle, de Marsilly prétend que Saint-Cyr est présentement à la mode. Vous savez , vous qui l'y avez mis , que cette date est plus ancienne. Je ne varierai jamais dans les sentiments d'estime , d'amitié et d'inclination, que j'ai toujours eus pour vous. J'ai passé trop légèrement sur notre (î)évêque , puisque vous le connoissez : le roi n'avoit jamais vu son visage. Personne ici ne savoit son nom : mais tous les honnêtes gens ont applaudi à ce choix. L'élu en est venta-
(i) Paul Godets des Marets , élevé au séminaire de Saint-Sulpice , indiqué à Me. de Main*tenoD par Mrs. Tiberge et Broàcfer.
i66 Let. de Me. de Maintenue
blement afHigé > et son humilité en a redoublé.
LETTRE XX
Le %% avril 169©,.
IL est vrai que nous avons été bien touchés de la mort de Me. la Dauphine, et qu'une pareille scène est bien propre à inspirer de sérieuses réflexions : mais tout le monde ne voit pas si clair que vous , et n'est pas si bien préparé à profiter de tout ce qui se présente, Pour moi , ma très- chère, je ne suis point le chemin que vous dites , et c'est ma faute toute entière, Dieu fait tout pour m'amrer , et je suis bien convaincue qu'une autre seroit tonte à lui. Je le suis fort , aussi , qu'il est seul digne de remplir notre cœur. Le roi est en bonne santé : je lui ait fait votre compliment , qu'il a reçu comme il a toujours fait tout ce qui vient de vous. Dieu bénit notre maison : la p?été s'établit dans toutes ces jeunes filles d'une maniereadmirabîe. Vos missionnaires y contribuent : nos confesseurs extraordinaires répandent partout leurs merveilleuses instructions , et
A Me. DE Brtnon. iéy
notre saint évoque y remplit tontes ses obligations d'une manière si édifiante , que toute la maison a pour lui beaucoup d'estime et de respect. Notre supérieur y continue ses conférences , et tout y respire l'amour 4e Dieu. Remerciez le , je vous supplie, de donner un tel accroissement à ce que vous avez planté.
LETTRE XXL
LE roi reçoit toujours avec plaisir ce que je lui dis de votre part , et rn'or* donne de vous en remercier. Je ne manquerai pas de donner votre lettre à Mlle, de Biois : elle a la rougeole et la fièvre continue. Si Me. la duchesse de Chartres alloit un jour à Maubuisson de son chef, ce seroit une occasion bien naturelle et bien commode de vous aller embrasser et de voir votre sainte ( i ) abbesse. J'aime fort les saints , comme vous savez. Quand à l'affaire de Brunswick , je ne sais ce qu'elle étoit d'abord ; mais je sais qu'elle a été très-mal conduite , que Mrs de Bouillon ne sont pas nommés
(i) Fille du roi de Bohême.
a62 Let. de M«de Maintenon
dans les informations que le roi s'est fait lire , que c'est un démêlé de valets ; et je crois que tout cela n'aboutira pas k grand'chose. Me. de Montchevreuil est convalescente; j'ai dîné au chevet de son lit. Il seroit a désirer qu'elle se conservât davantage , et qu'elle allât un peu moins à l'église : elle va quitter Mlle, de Blois.. M. de ** veut une dignité : vous savez qu'en ce pays - ci elles vont devant la vertu. Le monde est bien méprisable!
Dieu veuille nous en détacher de plus en plus ! Comptez, madame, que je reçois toutes vos lettres , que je les lis soigneusement , et que je voudrois y répondre.
LETTRE XXII
J'Ai lu votre lettre au roi sur le père du Breuil. Il m'a dit que c'est un homme dangereux ; que les pères de l'oratoire l'ont chassé ; qu'ils ne le reprendroient pas ; et que c'est sans aversion et sans prévention qu'il se croit obligé de Je tenir enfermé. Voilà ce qui m'a été répondu fortement. Peut - être le roi fait mal d'user ainsi de son autorité ; mais certainement il croit bien faire. Je fais
a Me. de Brin on. 169
toujours vos compliments au roi sur tout ce qui lui arrive y et ils sont toujours: bien reçus : vous pouvez compter làdessus. Adieu , madame ! ne nous lassons jamais de demander la paix : la victoire ne me réjouit que dans cette espérance^ Ne m'oubliez pas aussi ; vous connoissez; mes besoins.
LETTRE XXIII
ME. de Canteleu ne va-t-elle plus chez M. le chancelier ? Je la verrai avec joie quand elle voudra i vous savez , madame , mon goût et mon estime pour elle ; et je ferois quelque chose de p'us difficile pour vous. Puisque le monde enivré de la faveur ne veut compter que ce qui est marqué à son coin r je voudrois de tout mon cœur que toutes mes actions , toutes mes paroles , pussent être utiles à quelqu'un. Je ne puis donner qu'un moment à votre amie: aussi n'estiî pas nécessaire qu'elle en ait davantage ; il ne faut que les apparences : c'est encore un bonheur y que le seul air de désirer le bien , le produise ! M. et madame de Pontchartrain sont des gens de mérite. Notre nouvelle novice est aussi
47o Let. de M*, de Maintenoit
tranquille, que vous Pavez vue inquiète : sa vivacité se modère , et nous en ferons une des plus aimables saintes qui soit au monde. M. de Chartres l'a bien conduite. Adieu , ma chère : ma lettre est courte ; mais vous seriez contente , si vous voyiez d'où je vous l'écris.
LETTRE XXIV
J'AI fait vos compliments au roi sur le bonheur de ses armes et sur le mérite personnel de M. le duc du Maine: il est persuadé que vous êtes aussi bonne Françoise j qu'excellente religieuse. Je suis ravie de pouvoir me flatter de la paix.. Je suis plus accablée que jamais , et la rareté de mes lettres vous le dit assez : vous savez le goût que j'ai pour votre commerce , sur quel ton qu'il soit. Il faut me priver des plaisirs et m'adonner aux affaires , puisque les affaires m'appellent et que les plaisirs m'abandonnent. Ne vous a-t-on pas envoyé votre pension ?
Je ne cesserai de parler au roi pour celle de votre princesse , jusqu'à ce qu'elle soit payée. Je n'ai su votre maladie qu'après votre guérison : je ne suis point à moi ; tous mes amis doivent me regardes
a M*. deBrikon, 271
comme morte pour eux : je ne puis garder ni mesures ni bienséances ; je ne puis me montrer ni en entier ni par parties ; mais il me semble que je n'ai point de tort , et que c'est le temps qui me manque et non pas le sentiment. Vous avez fort bien répondu à la pauvre femme : le roi voudroit à tout prix voir son peuple plus heureux. Je suis toute à vous , malgré toutes mes irrégularités.
LETTRE XXV
JE me réjouis du sacrifice que vous avez fait. Nous avons ici un saint , qui dit, qu'à mesure que Dieu nous demande des* sacrifices , nous nous appercevons combien nous étions attachés à des choses que nous ne comprions pour rien dans h spéculation. Nos chères dames de Saint- Louis se sanctifient tous les jours. Toutes nos bleues veulent être religieuses , et tous les couvents veulent en avoir ; et votre sainte abbesse n'en voudroit-eile pas aussi ? Je ne mérite point les remerciements de mad. la duchesse de Brunswick»
J'ai rendu témoignage à la vérité ; je le rends toujours : et c'est me remercier d'avoir fait mon devoir et de m/être livrée-
a7*i Let. de Mc. de Maintenon
à mon goût : je connois le mérite de la princesse , et je le soutiendrai en tout lieu. Le roi prend tout mon temps : je donne le reste à Saint-Cyr , à qui je voudrois le tout donner. Cette maison est d'un si grand détail, qu'en y faisant ce que je puis y je n'y fais pas la moitié de ce que je voudrois et de ce que je dois vouloir. Ma très-délicate santé me rend incapable d'agir. Le soin de mon salut occupe le peu de loisir que je puis rassembler : les mois deviennent des moments y et je vis d'une rapidité qui m'étouffe. Que je vous gronde ! vous doutez de mes sentiments, parce que vous n'en voyez pas des marques ; ne savez vous point que je ne suis pas légère , et qu'après bien des années et des discussions , vous m'avez retrouvée la même ? C'est un miracle que ma lettre n'ait pas encore été interrompue ; M. Fagon crie miséricorde contre moi de ce que j'écris trop : j'ai été dans des épuisements à mourir ; chacun disoit , on la tue à force de l'importuner , et chacun vouloit être excepté. Je durerai tant que Dieu voudra : J'aimerai toujours votre commerce ; je fais tous vos eomplimens au rci ; je considère tout ce que vous aimez ; je désire la p«éx ardemment : n'est-ce
a Me. de Brinon, 17$
pas - là tout ce qu'il faut pour vous plaire?
LETTRE XXV L
Fontainebleau , ce 22 octobre..
IL faut vous répondre d'ici y où j'ai moins d'affaires qu'à Versailles , parce que je n'y ai pas Saint-Cyr. Je ne comprends pas que mad. de C. soit contente de moi ; je l'ai si bien grondée de la manière dont elle vit avec son mari ! Cette femme-là se prépare bien des malheurs : son goût pour le monde est toujours trèsardent ; et ses voyages à la cour ne l'éteignent pas. On me demande par-tout des demoiselles de Saint-Cyr, sur-tout où j'en ai déjà donné. Si mad. votre abbesse étoit immortelle , je lui en proposerois une. Nous en avons qui veulent être capucines et filles de Y Ave Maria.. J'ai fait mon possible pour détourner Pontbrian d'être carmélite : ses confesseurs disent que sa vocation est solide , si elle subsiste jusqu'au mois de mars. Il faudra donner une forme à Saint-Cyr, dès que les bulles seront arrivées ; affaire très-difficile : il faut des vœux solennels si l'on veut de
174 ^E'T- DE Me. DE MAINTENON
îa stabilité ; la fondation aura de la peine à se soutenir , et sa singularité ne permet guère de l'attacher à un ordre. Travaillons de tout notre cœur , et mourons en disant : lœtj.tus sum. Le roi conserve beaucoup d'estime pour vous ; il n'est rien qu'il ne fît , si nous avions la paix. Adieu , ma très- chère.
LETTRE XXVII
A Fontainebleau.
JE vous l'ai dit plusieurs fois : si vous me voyiez de près , vous ne voudriez pas que je vous écrivisse. Dieu , le roi , Saint-Cyr , et ce que la cour m'arrache malgré moi •> ne me laissent pas un instant. Vous n'avez nul besoin de moi ; notre commerce est sans utilité , et ne sert qu'à notre plaisir ; il ne faut plus y penser ; vous nous l'avez appris mille fois : vous ne pouvez douter de mon estime et de mon amitié ; je connois votre cœur ; je le retrouverois au bout de cent ans comme je l'ai quitté : demandez après cela à mad.
Fagon s'il faut perdre du temps à se faire des protestations > et si les personnes solides ne doivent pas être au-dessus des
a Me. deBrinon. 2.77
formalités. Il ne faut pas finir ma lettre sans vous parler du roi : il a la goutte ; dont il est bien fâché , parce qu'il est obligé de garder la chambre. Il veut la paix , et pense sur-tout comme on le peut désirer ; vous en seriez bien contente. Adieu , madame , ne grondez plus. Je vous aime toujours ; priez pour moi , et faites prier , que je me sauve malgré le mauvais air que je respire. Me. de Montchevreuil ne vous écrit-elle pas ? Elle se sanctifie de plus en plus. Nous avons peu gardé ici le roi et la reine d'Angleterre ; Dieu n'a pas voulu leur laisser ce petit soulagement : il les traite en âmes fortes. Adieu , je ne puis vous quitter quand j'ai commencé.
LETTRE XXVIII
JE vous assure , madame , que ce n'est pas par oubli , ni par dureté , ni par négligence , ni par dédain , ni par aucun mauvais office , que j'ai été si long-temps sans vous écrire ; c'est par le peu de temps que j'ai , et cela est au-delà de tout ce que vous en avez su et de ce que je vous en pourrois dire. Les dames de Saint-Louis me donnent bien des affaires ; le mauvais
^6 Let. de Me. DE Maintenon
temps oblige le roi de garder la chambre ; il en a eu la goutte : enfin , madame , je ne l'ai pu , et il y a eu peu de jours où je n'en aie eu envie. Je ne puis jamais cesser de vous aimer et de vous estimer. Si jamais il me revenoit quelque chose de vous , ou je ne le croirois point , ou vous seriez la première, et, s'il plaît à Dieu , la seule , à qui j'en ferois mes plaintes. Vous m'avez écrit plusieurs lettres auxquelles j'aurois bien envie de vous répondre , mais sur-tout à celle qui traitoit de celle du roi. Je la lui montrai , et je vous assure , madame , qu'il la lut avec plaisir et beaucoup de reconnoissance du zèle dont elle étoit remplie pour lui. La mère Trioche sait-elle votre vivacité sur ce chapitre ? Je voudrois joindre un peu de jalousie à sa passion. A propos de bonne mère , est-ce vous qui achevez de tourner la tête à celles de Gisors ? Car le style est encore plus étonnant qu'il ne rétoit , et la mère des anges me fait espérer des vers pour notre monarque.
C'est le plus simple des noms qu'elle lui donne. Il se porte à merveille , notre monarque : et son ame va mieux que jamais ; avec cela tout est bon. Adieu , madame ! ne me soupçonnez jamais de vous manquer.
A Me. DEBrïNON. 1T7.
LETTRE XXIX
A VersaiUes,
J'AI reçu les jolis carrés que vous m'avez envoyés ; rien n'est si propre et si bien fait ; c'est dommage de les donner à une personne aussi peu curieuse que moi ! Je ne crois rien de plus beau que le portrait que vous aurez fait à mad. de Tirconel. Je sais comment vous montrez vos amies ; mais , madame , que je suis loin de ce que vous en dites et de ce que vous en pensez ! J'avoue toutes les grâces que Dieu m'a faites ; j'en suis comblée , et cependant je demeure à peu près telle que j'étois. On conserve pour vous à Saint-Cyr , un souvenir bien tendre. Me. Gantier y est à Paris pour une affaire que M. de Pontchartrain me refuse : on veut que je parle aux grands personnages , et nous aurions mieux fait de parler à ceux de dessous. J'attends incessamment des nouvelles de la dévote (i) marquise; elle a pensé mourir à Bourbon : son mari est mieux.
(0 Me. de Montchevreuil»