I II» III
LETTRE X
Ce 4 décembre 1674.
ME. de Coulanges a un peu exagéré le mal de M. le duc du Maine : mais elle n'a pu vous dire toute ma douleur. Je suis troublée par toutes sortes déraisons ; et je ne sais comment , étant aussi sensible que je le suis, j'ai la force d'y résister. Le remède dontjem'étois proposé d'essayer, s'éloigne par les difficultés que Pon trouve à mon affaire : je vous suis très-obligée delà part que vous prenez à mes déplaisirs. Ne vous lassez point de m'écrire : vos lettres ne me sont pas inutiles. M. le duc eut hier la fitvre , quoique ce fût son jour d'interrnission : je crois que ce fut par la douleur de sa plaie : je ne sais ce que l'on en doit espérer. Mais le pauvre enfant est entre les mains des médecins et des chirurgiens , et la moitié suffit pour le tuer. Adieu : voyez, je vous prie, M. Viette : vous entendez les affaires.
LETTRE
A M. L'A B B É GOBELIN. ï?
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LETTRE XL
A Saint-Germain , ce 8 Décembre 1674.
JE ne sais si votre lettre vous a beaucoup coûté , mais j'espère qu'elle me sera très-utile. Du moins suis- je fort touchée des réflexions dont elle est semée. Elles m'ont paru et solides et nouvelles. Je suis toujours dans la même situation , et je tâche de m'y affermir. Conservez - moi nne amitié dont j'espère que je jouirai quelque jour plus tranquillement et plus utilement qu'aujourd'hui. Il ne tiendra pas à moi que je n'aie Maintenon : je m'en repose sur Mr. Viette , à qui j'ai donné plein pouvoir. M. le duc du Maine a encore eu la fièvre double quarte : M. le comte de Vexin a un vomissement et un dévouement ; et Mlle, de Nantes vient de retomber malade : je me partage entre eux ; et je les sers comme une femme de chambre , parce que toutes les îeurs ont succombé à la fatigue. Mes compliments à Mr. le Ragois. L'état où est ce petit duc fait oublier tous les projets que l'on faisoit sur son éducation : il faut espérer qu'il ne sera pas toujours malade. Tome IL CV B
1 8 Let. de Me. de Maintenue
LETTRE XII
A Saint-Germain , ce 1 1 décembre i 674.
fais de mon mieux ce que vous m'avez ordonné pour l'avent : je ne puis avoir aucun mérite par mes prières : j'aurai du moins celui de l'obéissance : je dis l'office de la Vierge : quoique ce soit avec de grandes distractions , c'est toujours un temps destiné à Dieu et pissé avec lui. Je meurs de langueur ici : j'attends le printemps avec une extrême impatience :
je n'ai point encore signé le contrat de Mainte non : les sûretés sont difficiles à trouver : Dieu veuille qu'à la fin elles soient suffisantes , et que je ne tombe pas dans des procès en un temps que je voudrois mieux employer. Le roi juge à l'heure qu'il est l'affaire dont vous m'avez parlé. J'ai fait mon devoir làdessus : vous croyez bien que toute la cour est pour madame de Verneuil , et qu'on croit juste d'opprimer Mrs. les bourgeois en faveur de la qualité : je trouve qu'une chose de si grande conséquence sera jugée par un bien petit nombre : il n'y a que six juges , et le roi, qui assurément a les intentions droites,
a M. l'Abbé Gobelin. 19
rnais qui n'est peut être pas bien instruit. M. le duc du Maine est entre les imins de M. Sanguin ; ce n'est que depuis deux jours : le petit comte est fort-languissant. Je vous donne le bon jour , et vous jure que vous n'en serez pas toujours quitte avec moi pour si peu de chose. Ne vous accoutumez donc pas à m'oublier.
LETTRE XIII
Ce 7 Janvier.
IL y a long -temps que je n'ai reçu de vos nouvelles : et quoique l'on mené ici une vie très-dissipée , je m'apperçois et je sens avec chagrin la rareté de votre commerce : je meurs de peur d'en perdre tout le fruit que j'en espérois , dans le temps que je puis le recueillir , et de vous perdre quand je me serai mise en état de vous voir plus souvent. Voilà vous faire envisager votre mort assez franchement : mais je crois que vous n'en avez point de peur : je ne puis vous dire de mes nouvelles sans tomber dans des redites continuelles : car je suis toujours dans les mêmes sentiments et les mêmes irrésolutions : il faut attendre le temps
ao Let. de M'\ de Maintenon
du voyage de Barege, et le faire, si ce petit duc le fait : il se porte mieux et le comte aussi : la princesse est malade , sans que route la Faculté puisse dire si elle a la petite- vérole , ou si elle ne Fa pas : tout îe reste va son chemin. I/afFaire de Mainîenon est conclue , et on paie journellement les créanciers : j'ai grande envie d'y aller, mais les maux de ces enfants me retiennent. Je me recommande à vos prières.
LETTRE XIV
Ce 4 3 armer,
Tf E suis très- fâchée de votre mal , et J? parce que vous en souffrez , et par mon intérêt : vous savez la peur que j'ai de vous perdre quand je serai en état de profiter de votre amitié et de vos soins : j'ai déjà nommé un chanoine , et j'écrivis hier à M. le curé de Maintenon pour un vicaire : j'écris à M. Viette pour avoir réponse du chanoine qui ne réside point : je remplirai sa place , s'il ne la reprend : je prie M. Viette de vous donner mille francs pour les appointements de M. le Kagois : j'ai fait vos remercîments à Me.
a M. l'Abbé Gobelin. %*
de Montespan : demandez bien à Dkm qu'il rompe mes chaînes , si ma liberté doit être utile à mon salut : c'est ce que je lui demande tous les jours , et que je vais lui demander tout- à-J'heure, etc.
LETTRE XV
A Saint-Germain , ce 28 Janvier.
SI j'étois à Paris , je vous verrois souvent : car je vous avoue qu'on ng peut être ni plus touchée ni plus occupée de votre douleur , que je le suis ; et qu'il n'y a rien que je ne fisse pour la soulager : je sais bien que votre résignation est le plus solide remède : mais s'il empêche de se plaindre et de murmurer, il n'empêche pas l'impression de la douleur , et que le cœur ne se flétrisse dans une perte aussi grande que celle que nous venons de faire ; traitez - vous donc comme vous traiteriez un autre à qui vous conseilleriez la diversion : et croyez que je suis votre amie pour toujours et à toute épreuve.
Plût à dieu que ces assurances vous puissent être de quelque consolation , et que je puisse en quelque façon remplacer ce que Dieu à voulu vous ôter ! Je vois la
11 Let. de Me. DE Maintenon
grandeur de cette perte , à tous les moments du jour , etc.
LETTRE XVI
A S alr.t -Germain y ce marc
TOUS vos présents ont été bien reçus»
Me. de Montespan s'en loue fort :
votre tableau ornera mon oratoire de Maintenon. J'accepte avec joie la proposition que vous me faites de me voir une fois le mois. Je suis très-convaincue des vérités que vous m'écrivez , et je voudrais de tout mon cœur , mener une vie moins dissipée que n'est la mienne. J'en passerai bientôt une bonne partie à Topera, où je fais quelquefois de bonnes réflexions ; mais où il est , ce me semble , honteux de paroître quand on a près de quarante ans et que Ton est chrétienne. Priez Dieu qu'il me conduise et vous inspire ce que je dois faire. Je ne sais si M. le Ragois est content de moi : nous n'avons pas grand commerce ensemble , parce que je crois qu'il ne lui seroit pas avantageux: jugez du reste : on ne peut l'estimer plus que je fais : te étoit
aimé ici , je ne doute pas du succès du
A VL l'A 3 SE G CEE LIN. 1%
:onnu : nous verrons
ce qui en arrivera : c'est toujours un grand heur de mériter tout, quand même on n'obtient rien. Adieu 7
LETTRE XVII
Le 9 février i6~ô.
JE vous prie de me prescrire quelque chose pour ce carême : je me suis bien - de Pavent , par la fidélité que j'ai eue à exécuter ce que vous m'aviez ordonné. Je crains que nous n'allions pas à Barege : le lendemain détruit toujours les plus fermes resolutions de la veille : Jes médecins ne sont pas d'accord. J'avois :-:e cans ce voyage plus de repos peur D corps , et plus de paix pour mon que je n'en trouve ici. Je viens c entendre une belle déclamation du P.
Mascaron : ii divertit l'esprit et ne touche pas le cœur : son éloquence est hors de place : cependant il est à la mode. Il a fort parlé contre les conquérants. Il nous a dit qu'un hé h un voleur , qui fait
à !a tète d'une armée ce qu'un voleur fait tout seul : notre maître n'a pas été :ent de la comparaison : juscu'ici c'est
A4 LET. DE Me. DE MAINTENOtf
un secret : en tout il déplait au roi et aux gens d'esprit.
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LETTRE XVIII. (i)
JE n'ai jamais eu tant d'envie de vous voir que dans cette affaire-ci. Mais nous faisons une vie qui m'en ote l'espérance. Où vous donner un rendez-vous sûr ? Me. de Montespan sort depuis le matin jusqu'au soir , et n'a gardé la chambre qu'un seul jour ; et je n'en fus pas avertie. Cependant je vous verrai avant mon départ : le jour , je ne puis vous le marquer. Vous entendrez dire que je vis hier le roi. Ne craignez rien : il me semble que je lui (2) parlai en chrétienne et en véritable amie de Me. de Montespan»
( 1 ) Cette Lettre est vraisemblablement <3e l'année 1675 , dans le temps que Me. de Montespan quitta le roi , et se retira à Paris.
( 2 ) Voyez dans le livre Ve. des Mémoires le détail de cette conversation.
A M. l'Abbé Gobelin. i* LETTRE XIX.
| Versailles , ce lundi au soif*
JE ne soupçonnerai jamais que vous»
ayez de la négligence pour moi. J'aï trop vu votre amitié pour en pouvoir:
douter légèrement. Je crois que nous n'irons pas à Barege : j'en suis au désespoir. Je m'étois flattée que ce voyage donneroit de la santé à mon corps et la paix à mon esprit. On m'interrompt. . .
Les jours se passent ici dans un esclavage qui captive m^me les pensées. Je suis toujours assez triste , et les choses prennent un air ( i ) qui ne me convient pas. Je n'ai pas assez d'empire sur moi pour ne pas souffrir des péchés des autres : mais je veux bien souffrir ; et c'est quelque progrès y d'avoir mis la douleur à la place de l'impatience. Je me console avecDieu: et je suis dans une situation plus douce que je ne l'avois espéré. Je fis avant-hiec mes dévotions, n'ayant pu les faire le jour de la Visitation. Je me confessai à
( i ) Me. de Montespan se raccommodera ayee le roi»
i6 Let. DE Me. DE Ma INTENON
un homme qui ne m'entendoit point et qui m'assura que je ne lui disois pas un péché. Je suis sâre que vous n'auriez été ni si sourd ni si doux. Voilà le compte que je vous dois de mon ame.
LETTRE XX
A Saint-Germain , ce 9 février 167S-
NOUS avons encore une chanoinie à remplir. Un grand gentilhomme 5 frère d'un chanoine mort depuis peu , me la demande. Son extérieur me déplait fort. Son frère étoit libertin: celui-ci n'est point prêtre. Il me répondit fort-cavaliérement : u Je ie serai , madame , quand » il vous plaira réordonner ». Là-dessus je lui fis des difficultés. Ennn , je vous le renvoie pour en décharger ma conscience. Ecoutez- le donc : et choisissez ensuite ou lui ou le prêtre de l'abbé Testu: j'attends la réponse du curé de Maintenon pour prendre un vicaire ; mais il me paroît un peu lent. J'actends le carême avec impatience, parce que j'espère vous voir : vous me trouverez toujours dans les mêmes sentiments sur tout , et je vous rendrai compte de ce qui se passe ici
a M. l'Abbé Gobe lin. 27
entre le curé et moi : clans cette espérance , je ne veux point traiter ici de pareilles matières , etc.
LETTRE XXI
Ce 3 mars i(rj5*
CE n'est point moi qui ai chargé M, l'aumônier de vous inviter à venir ici ; mais je ne puis m'y opposer. Quoique je songe plus à votre commodité qu'à ma satisfaction , ce seroit outrer la discrétion que d'exiger de vous que vous n'y vinssiez pas : l'aumônier , qui vous aime, et qui ne hait pas à se faire voie dans le cabinet de mad. de Momespan , lui dit l'autre jour que vous aviez envie de venir , et que je vous en empechois : vous savez ce qui en est. Mais il est très-^ vrai quejetrouverois fort-inutile de vous le demander , n'étant pas maîtresse ni d'un lieu ni d'une heure pour vous recevoir : et il pourra fort bien arriver que vous ferez dix lieues peur nous voir tons uni moment. Si après vous en avoir montré les incommodités , vous voulez vous y exposer , partez. Je voudrois bien obéir à tout ce que vous me prescrivez pour le