‹ Lettres de Madame de MaintenonChapitre 6 sur 19 · D'AUBIGNÉ · texte numérisé non relu

D'AUBIGNÉ

LETTRE XLVIII

JE vous remercie très-humblement ; mais ma reconnoissance ne m'empêchera pas de vous gronder de m'avoir abandonnée depuis la consultation que je vous fis sur mon salut. J'en ai été fort scandalisée. J'en suis réduite à relire la Conduite que vous me donnâtes il y a dix ans. Il est vrai que vous ne pouviez alors me rien marquer de meilleur , et que si j'en avois profité , je serois bien changée. Vous n'êtes point mal avec le roi. Il met sur votre compte et ma douceur et la piété de Me. de Montespan. Le père Bourdaloue fait ici des merveilles. Notre duchesse (1) et moi nous continuons à le

(1) La duchesse de Richelieu,

<*4 Let. de Me. DE Maintenon

voir. Mettez le petit de Valzergues en pension. Je payerai pour lui. Rien ne lui manquera , tant que je vivrai. Autre affaire : j'ai un petit garçon de douze ou treize ans , d'assez bonne famille , ni bien ni mal fait , né avec les plus mauvaises inclinations , menteur , jureur , ivrogne et voleur. J'ai essayé de bien des châtiments : ils ont été aussi inutiles que la douceur. Cherchez quelque endroit où je puisse le mettre : j'avois pensé aux Capettes ; et Me. de la Font , nièce de Mlle. Scarron , s'en étoit informée à ma prière ; mais c'est un collège ordinaire , et j'en voudrois un où il ftit rigoureusement puni. Ecrivez-moi quand vous voulez venir ici , afin que vous ne fassiez pas de voyage inutile : car il n'est pas aisé de me voir. J'ai dit au roi les intentions de Me. de Banetot. Il approuva sa conduite , et le dira dans l'occasion. Je sais tous vos maux, et c'est un des miens. Adieu , monsieur ; J'ai grande envie de me sauver.

LETTRE

a M.l'Abbé G o b e l i h. êi LETTRE XLIX.

Ce 20 de'semhre 1679.

'Ai chargé M. l'aumônier de vous prier de venir ici. J'ai un jeune gentilhomme de mes parents , qui est huguenot , et que je voudrois faire catholique. Je m'adresse à vous pour cela , et je ne puis mieux choisir. Il n'a que quatorze ans y et me paroît un assez mauvais docteur.

Il n'en est que plus opiniâtre , et je ne me rebute point. Venez lundi ou mardi. îî faudra du moins la journée entière pour le convertir. Je vous rendrai compte de la commission de Me. de Miramion. Je vous importune souvent ; mais aussi pourquoi m'avez-vous inspiré tant d'estime et de confiance ?

ai Décembre

Celui qui vous rend ce billet est le jenne gentilhomme que je voudrois convertir. Voilà six vingt pistoïes pour M. de Valzergues. Je me chargerai de son fils. Pour vous je ferois bien autre chose ! J'ai la migraine. Rien n'accourcit plus les billets.

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