‹ Lettres de Madame de MaintenonChapitre 8 sur 19 · A M. L'A B B É GOBELIN · texte numérisé non relu

A M. L'A B B É GOBELIN

celle que mon impatience me donne : on ne peut se sauver sans croix , et je n'en ai point : j'ai grand besoin de forces pour faire un bon usage de mon bonheur.

LETTRE LUI

A Versailles y 6 janvier it8J.

VOus m'avez écrit une lettre merveilleuse, et qui me prouve que vous avez pin* H'nn style. Vous m'avez envoyé un Saint-François , qui me prouve que vous avez différentes manières d'obliger. Je l'ai au chevet de mon lit , où je n'ai de marques de dévotion que celles que je tiens de vous. Je vous rends mille grâces de tous vos présents , de cette bourse magnifique , de cette corbeille qui ne l'est pas moins , de ce que j'ai apperçu de joli , de tout ce que je n'ai pas encore eu le loisir de remarquer. Mais pourquoi me faire des excuses ? je reçois tout ce qui vient de vous avec autant de plaisir que vous me le donnez. Vos présents ne sont point de ceuxqui corrompent : ils édifient toujours. La lettre que vous m'écrivîtes sur Me. de Ménillet , je la lus au roi. Il est plein d'estime pour vous , et il ne croiroitpas

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aisément que vous demandiez une injustice. Me. de Montchevreuil m'a dit que vous avez la goutte : j'en suis affligée ; mais vous en ferez un bon usage ; et vous aurez le plaisir de souffrir. Je me porte bien ; et voilà comme tout est partagé bizarrement : ma santé est bonne f et je suis inutile au monde : vous lui êtes nécessaire , et vous êtes cloué sur un lit. Et cependant tout cela est bien dans l'ordre de la providence. Je voulois vous donner encore quelques moments. Je finis : on me parle comme si je n'écrivois pab. Ma tête et mon style commencent à s'en ressentir.

LETTRE LIV

A Versailles , ce 8 mars i 684.

LE roi a trouvé bon que les dames de la cour établissent une charité à Versailles y pour y prendre le même soin des pauvres que dans les paroisses de Paris. Madame la duchesse de Richelieu en est la supérieure ; et vous n'en aurez pas plus mauvaise idée de notre projet. Nous prétendons pourvoir à toutes sortes de nécessités. Nous nous trouvons déjà chargées

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d'un certain nombre de personnes qui excitent plus notre pitié qu'elles ne se prêtent à nos intentions. Ce sont des estropiées , hors d'état de gagner leur vie. Nous avons aussi de ces innocentes qui courent les rues , et qui font commettre bien des péchés. Toutes nos dames m'ont chargée de supplier M. le procureurgénéral de les placer à l'hôpital : s» -j'allois quelquefois à Paris , j'auroisété Pen prier : ii sait que j'ai toujours cherché les occasions de le voir , et j'en connois si bien le prix , que je ne vous fais pas d'excuse de ce que je vous envoie chez lui. Vous entendrez parler de moi : ne vous en allarmez point.

LETTRE LV

A Chamhord , 2 6 septembre 1 684»

JE vous avois prié d'aller à Noisy : je vous réitère la même prière. Quelque bon esprit qu'ait Me. de Brinon , elle a besoin de conseil. Je vous prie de me mander s'il est d'une nécessité absolue de faire un noviciat avant que de pouvoir: entrer dans cette communauté, je di», présentement qu'il en faut former une

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toute nouvelle : car je sais bien que dans la suite les filles feront un an de probation , et deux même , si on le juge à propos. Mais maintenant qu'il n'y a point de corps , doivent-elles faire leur noviciat ? sous qui le feront-elles ? et peut- on le commencer avant que la maison soit établie ? Instruisez -moi là- dessus : et si voU5 ne possédez pas ces matières, consultez des gens qui les entendent. Le roi se porte bien, l'oint de courier qui ne lui apporte de grands sujets de joie, c'està - dire , des nouvelles de conversions par milliers. Vous m'avez fait un grand présent en me donnant la chanoinesse ( madame de la Maisonfort : ) elle fait des merveilles. Pour Me. de Montchevreuil , quelque sujet qu'elle ait eu depuis peu de se réjouir , sa joie est plus mélancolique que la tristesse des autres. Nous ne recevrons à l'avenir que des demoiselles» Ecrivez-moi : je suis bien-aise d'avoir à montrer à propos de ces lettres courageuses qui excitent à bien faire. Je suis plus occupée du salut des autres , que du mien propre,

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