À SOPHIE CANNET, À AMIENS
98 septembre 1780, — de Villefranche. [En réalité, da Clos.]
Je n'ai pu trouver encore le moment de t'écrire, ma chère bonne amie, malgré l'extrême envie de me procurer ce plaisir. J'aurais mille choses à t'ex-
^') Sur la famille de Roland , voir Appen- ^'^ Branche des Roland, établie à Lyon
dice C. Elle se composait, à Villefranche, de depuis le commencement du xm* siècle, sa mère et de ses deux frères, Dominique, ^'^ Dauban, II, /i3/i. — La lettre, comme
chanoine-chantre de la collégiale, Taîné de on le verra par la fin, ne fut terminée que
la famille, et Laui'ent, simple prêtre. le lendemain 99 septembre.
ANNKE 1780.
prbner |>our te prouver que, si je ne t'ai point écrit avnni mon départ de Paris, ce ne fui (jue le défaul de lenips qui nie força au silenre ; mais je le crois Ionjours a«S€x mon amie pour n*avoîr pas besoin de justiticalion lorsqu'il s'agit de mon ccrur cl de ses dispositions a ton t^gru'd* Je pourrais ajouter pcnil-âtre avec chagrin que ta conduite autoriserait d*ailleur^ assez la mienne, puisque, sans avoir aulatil d'affain?s cpie nioi, tu me donnes de tes nouvelles aussi rarement que tu rerois des miennes. Brisons-la ; lu m'as fait dire ipielqnes-unes de tes raisons par noire sœur, et je n*ai pas perdu la foi a ta sincth'ité. Je suis partie le i^de septembre, par un temps adniinible, dont lexlnîme chaleur rendit le voyage pénible. (Courir jour et nuit, ne guère dormir, suer h tonte heure et troiiv»nl t'i peine celle de digt^rer, c'est la vie que nous menâmes jusqu a CIialon^'\ oïl nous montâmes sur la diligence d'eau. Cette voiture me parut charma nie par sa Iranquillitt^ et tous les agréments de la navigation, Lîi Saône est douce, [lure et délicieuse dans ses rivages, surtout Iors<pi*on vient h d<5couvrir les Hcheis coteaux du Beaujolais* Jamais la miturc ne fut plus riante, plus belle, plus fertile et mieux secondée. A une demi-lieue de Villefraoche^''^^ devant laquelle nous passâmes tout ilroit, nous Irouvàmes un des beaux-frèr**s qui venait nous accompagnera Lyon. Je passai quatre jours dans cette ville^ tlont la situation pittoresijue, les quais magnifiques, le 8U[terbe Rhône, la richesse el b population font une ville agréable, intéressante et considérable. Le spec- Ikle, quelques édifices, les belles promenades, des amis, des parents à voir, «ployèrent bien notre temps. J'arrivai le y à Villefranche, au sein d'une famille respectable el considérée, qui m accueillit de la maiiière la plus touchante. La maman, vive, de bonne santé, âgée de plus de quatre-vingts ans, pleine degatlé, de mœurs austères pour elle et faciles avec les autres, me reçut avec attendrissement, revit son cher fils, que tous les siens accueillirent comme olle, avec le témoignoge de la plus grande satisfaction. Après les visites et le brouhaha des premiers instants, nous nous sommes sauvés à la campagne ^^^ où nous nous livrons en écoliers aux plaisirs de la vie champêtre assaisonnée |>ar tout ce que peut y joindre l'union, rintlniité des plus doux liens, de la confiance aimable et de la franche amitié. J'ai trouvé des frères a qui je puis vouer tous les sentiments que ce titre est fait pour inspirer, et je partage avec
*^ Cbalon-sur-Saône.
' A RiottJer, petit hutneau mr ïn Saône, qui ^rvait de ^port^ à Villerrtini'lie. — Cf* Idlre fia 8 septembre 1791-
*'^ Au Clos, domaine de la fanolle Roland, sur îa paroii^s? de Theixti, a m l^llumtîlres de Villcfraacbe.^Vou Appciidici.^ M , cric Ueaujiïlaîs^ de 178^ à i79'>^'
|K^|Li«4klfc )l4ll<m.lL.
transport des liaisons, des rapports qui m'ëtaient inconnus , et qui donnent au bonheur une extension que la seule espérance peut faire apprécier. L'antique héritage est assez solitaire, mais agréable; le pays est montagneux, presque tout cultivé en vignes ; quelques bois sur les hauteurs ; les aspects sont variés ; le ciel y est beau, l'air sain, les soirées délicieuses. Nous courons les champs : ' on fait vendange à force. Je ne sais comme il arrive, mais je m'aperçois que jouir est une affaire qui absorbe tout le temps et n'en laisse plus pour rien autre. Je me dérobe aujourd'hui, et, cantonnée dans le cabinet retiré du chanoine, je dépêche quelques expéditions.
Reçois mille choses honnêtes, que tu feras agréer pour nous à la chère maman, sans t'oublier dans tout ce que mon mari y met du sien. Je te fais passer cette lettre par notre sœur, h qui je n'ai pas le temps d'écrire très au long, et que je prie d'entrer en participation de ce que j'y renferme.
Adieu, chère amie, conserve-moi l'amitié qui répandit tant de charmes sur nos jeunes années, et dont le seul souvenir serait toujours un lien si les autres pouvaient s'affaiblir. Mais nous n'aurons pas besoin d'un pis-aller. Adieu, je t'aime et je t'embrasse de tout mon cœur.
Villefranche , lieu de poste et d'adresse par consécpicnt, 39 septembre 1780.
[k SOPHIE CANNET, À AMIENS ^*'.]
la décembre 1780, — [de Paris.]
Je suis arrivée du Beaujolais, fatiguée de la route, charmée de mon voyage, mais pénétrée de tout ce que j'y avais éprouvé de touchant et d'une séparation extrêmement pénible, après deux mois passés dans les plus grandes douceurs de la confiance et de l'intimité. La réciprocité des regrets les justifiait trop pour les diminuer; les affaires à reprendre, des nouvelles à donner, tout ce que fournit d'imprévu une ville d'aussi grande ressource pour l'instruction en tout genre, ont volé tous mes moments, d'autant mieux encore que mon séjour dans cette capitale ne saurait être bien long. Je ne crois pas cependant me fixer à la résidence avant la fin de janvier, et j'irai faire un tour en Normandie avant de m'arrêter sur la Somme.
^'J Dauban.11,436.
ANNÉK 1780.
Kj
La satisfaction de te retrouver est certainement bien comptt^e par mon [etmjr* mais j*ai trop de bonne foi pour ne pas convenir de ce que tu observes Wi bien, et mon ami a mes càtës ne me laisse plus sentir le besoin d'aucun aiilr^; d'ailleurs je te vois si tranqudle h ta place, que je ne crois pas nécessaire de m'y transporter pour nvassurer de ton bonheur, (pip des goûts modérés I le civiïserveront toujours. Mais si mon estime et ma tendresse v peuvent ajouter, ' romme je le crois d'après toi-même, tu n'auras pas à me reprocher de n'y pas contribuer en quelque chose. Vouée à des occupations suivies et importantes, si tu n'as de moi rpje des communications rares et courtes, en conq^araison de ce qu'elles ont été, tu trouveras du moins la sincj'rité d un cœur droit et Tancîennelé d'une liaison qui ne se remplace pas aisément.
Dis a noire sœur mille choses douces et tendres, J*étais éloignée de la supposer encore à Paris lorsque j'y suis arrivée. J'ai regretté singulièrement de a*avoir pas été assez bien instruite pour pouvoir Fembrasser avant son départ, mais nous nous retrouverons, et nous pourrons alors goûter quelque dédommagement. J'ai vu dernièrement \L de Sélincnurt. qui me dit que Mademoiselle d*Hangard se propose de venir me voir ; j'en serais vérilahlemr^oî charmée, mms j'ai trop de choses devant moi pour former le projet de VMvr trouver.
Jc viens à l'objet intéressant dont tu m'as parlé- J*ai toujours conservé quelques relations avec M, et iM"' de Ghàlons^**. J'avais vu leur situation, et je présumais bien qu'elle n'était pas changée depuis mon absence ; mais je voulus les voir et m'en assurer de nouveau avant de te répoudre. Ils ne sont oulicment en état de prendre thci eux un pensionnaire ; je ne leur en ai pas
^* Sor M. de Ch&lons, trie gentilhomme pillieoreux » dont Marip F^hlipoii prie ai tfmrent à ses amies Caiinet avec autant d'estioie que de compassion, voir cette partie de ia correspondance, passim (éd. Dnuban , I, aSo'^^81. et II, 59-39.3 ), et particiihèrcment le* lettres des » 9 , 1 5 et 3 1 mars 1 778. Pour le ^liiager dans son affreuse misère, Marit» Plili|>ou, pauvre elle-même, lui avait fait prêter ime petite somme par Sophie uel, en se portant caution.
Il serait f=jng^ulicr que ce fi\l ce nriéme Ja Gbâions que M"** de Geulis avait 1 1 jSS el qu'elle représente comme
un scélérat {Mèm. de Madame deGenÎM, éd. de i8a5, I, 3 4-3 G). It aurait en à celte époque trente et quelques annt^es , et, comme Marie Phlipon, dons ses lettres de 1775 à 1780, nous parte de son ami mallieui-eux coamie au seuil de la vieillesse, il y aurait concordance poyr l'âge. Lu personnage de M*' de Genlis nVtait pas marie, et Tamide Marie Phlijum Tétait. Mais vingt ans s'étaient écouit^s.
On retrouvera M. de Ghâlons, toujoui^s malheureux et toujours reconnaissant, dans la suite de celle correspondance, jusqu'en
même fait la proposition, du reste; j'en voyais assez. C'aurait été les affliger en leur rappelant leur impossibilité. Je ne me suis pas flattée, depuis que je les vois dans cette nouvelle carrière, qu'ils fussent de sitôt près de remplir leurs obligations, et, du moment où je me suis trouvée dans une autre position, j'ai fait de leur dette la mienne. J'ai gardé à dessein le plus grand silence avec toi sur cet objet, parce que j'imaginais bien ce que lu voudrais y répondre, parce que cette affaire ne devait point, à mes yeux, souffrir de discussion, ni par conséquent se traiter par écrit, mais qu'elle devait se terminer entre nous, lorsque nous serions rapprochées. Je ne t'en aurais parlé qu'à celle époque, sans la circonstance qui me donne occasion de m'expliquer. Aussi tu n'as rien à me répondre là-dessus, et, quand je serai à Amiens, je prendrai mes arrangements pour finir entre quatre yeux ce petit compte d'amitié.
Adieu, ma bonne et chère amie, je t'embrasse tendrement, et je suis toujours ta fidèle. Mille choses honnêtes de mon mari à Madame Gannet, à ta soeur, à toi.
avons vu que Roland, envoyé en mission h Sens, rlail revenu |iiisser auprès de sa fenjme les Wles du i " janvier 1781. Dès le 3 , il retourne a Sens; le 15, il 04ài déjà revenu à Paris ^", A la fin de janvier, il a rcf^agné, a|)n>s un an cTabsenee, sa résidence d'Amiens, mais seul; it a envoyé sa femme à Rouen eli Dieppe, en partie pour qu*elle fasse connaissance avec tes amis bien chers iju'il avait dans ces deux villes, en parlie aus>i pour qu'elle surveille l'édilion de ses Lettren (F Italie, qui s^imprimaienl nlors i Dieppe.
Od trouvera a rAppcndire D d'ahôruliiul^ détails sur ces amis de Rouen H de Dieppe, les frères Cousin, Baillière, Justaniont, et les demoiselles Malorlie, Cesi chez celles-ci que descendit .Madame Roland, dans cette maison rie la rue aux Ours, oii, douze ans plus tard, elles devaîenl cacher Roland proscrit parla Commune de Paris. C'est la qu'il lui éeril d'Amiens, les 3, G, 1 I cl 1 8 février (ms. ti'j^o, fol. 100-101 , 8i-85, SG-S-y, 88-89), ^^ '^*' parlant de ia société où il vivait et où elle était attendue : « . , .On a de grands projets sur loi; cependant les femmes (e craignent lerrihlemenl; encore cela vaut-il mieux que le t*ontraîre. . . Ménage-toi bien el son{;r (|ue j*aurai beaucoup de plaisir de k^^^ voir courir par ci par In. , . Je soupai jeudi dernier» chez (es amies. Que de questions et de babil!. . . Je vais fréqaemmenl chez ma voisine [M"*' d'Eu]; on t'y atlend; on y parle souvent de toi, on t'y redoute; je dis que tu es une bonne enfant, etc. , . Ménage la santé, conserve le populo, aime-moi; le reste ira comme il pourra. . . J'arrange ta chambre de mon mieux; je ne saurais t'exprimer cond)ienjc désire que lu passablement bien dans ton appartemenL L*îd<*e do \\ voir à ton aise el
''* Lettre autographe de Madnnio Roland, tam signée psr mn mari, au libraire Vimi'koocl<*. Paris • 19 janvier 1781, Papiers lyml.ms. €^b3ù, fol. i38-i39.
'^ Sit, Si Ton coosldèi-e cpie l enfaiil de
Roland naqurl le 6 octobre 1781» on voit qu'il se |)i élisait dV'spi*rer. D^anlrcs pussages fie ces toltrea monlrent même qu'il avait ttrjà fait ses confidences h un rte se^ frères de ViUefranche et à l*antbenas.
^ERTISSEMENT,
coiilente m'occupe singulièrement. . , n II termine en dnnonçuul qu*il ira la chercher le ai*
Ici, la correspondance slnlerroinpt pour plusieurs mois; Madame Roland est installée à Amiens et son mari ne la quitte guère que pour de courtes tournées de service. Du i5 lévrier au i5 novembre, nous n'avons que deux lettres (ai mai et 2 5 juillet).
Nous avons rassemblé, dans rA|»pcndice E, tous les renseignements qui peuvent faire connaître le milieu d*Amieris où la jeune femme se trouvait transportée» Bornons-nous donc ici à quelques traits essentiels : peu de relations avec les autorités de la province et de la ville; Roland vivait en termes assez froids avec Tintendant, M, d'Agay, et en hostilité jnesque constante avec le$ oïïiciers municipaux, c'est-à-dire avec la haute bourgeoise amiénoise. Mais sa femme retrouvait là ses amies, Henriette et So[)hie Cannel; lui, de son cûlé, avait à Amiens des parents. M"'* de Chui^^nes, rpul appelle sa tanle (sans que nous ayons pu établir le lien), M"* Decourt, et d*autres vieilles dames, qui, dans les lettres, sont appelées frles mères ??, cries bonnes mères 71, les «r grandsparents ?i. Mais il y avait surtout des amis personnels, M. de Bray de Flesselles, avocat du Roi au Bureau des linances; M. d*Eu de Perthes, directeur général des fermes wpour les traites, les gabelles cl le tabac», grand amateur de livres, botaniste passionné; M. Devins des Ervilles, receveur générai des fermes pour les traites et gabelles, l'attentif bonn^îte et discret de xM'" d'Eu; M. dllervillez, médecin de THôpital militaire, membre de TAcadémic d'Amiens, professeur d*uu cours public de chimie. Puis des manufiicturiers, des fabricants, Fiesselles, Delamorlière, qui s'intéressaient aux travaux de Roland et à ses luîtes contre les marchands, les néguciants, maîtres de la municipalité, et maîlres jaloux, La plupart de ces noms reviendront bien souvent dans la Correspondance.
La maison préparée par Roland pour sa femme, eu face du logis de M* d*Eu, était sise rue du Collège et attenante au cloître Saint-Denis, qui servait alors de cimetière (voir Appendice E),
C'est là que Madame Roland passa plus de trois aunr^es, de février 1781 à aoi\l i'jH^y sortant peu, tout entière ^a sou ménage et à son herbien?, s*occupantde son petit jardin, allant lierboriser avec son mari et M, d*Eu dans les fossés du rempart, suivant les oHices par bienséance à l'église du Collège, voisine de son logis, et entretenant avec Roland, quand il était en tournées ou retenu à Paris par ses alTaires, une correspondance presque quotidienne.
Le & octobre 1781, elle donna naissance à une fille, qui fut baptisée le lendemain, non à l'église du Collège (l'ancienne église des Jésuites, qui n'était <{a*une chapelle), mais à Saint-Michel, l'église paroissiale.^^) ; l'enfant fut nommée Marie-Thérèse-Eudora; son oncle, le chanoine Dominique Roland, et sa grand'mère, Thérèse Bessye de Montozan, furent ses parrain et marraine par procuration.
La jeune mère était à peine convalescente que Roland partait d'Amiens, le lundi 1 9 novembre à dix heures du soir ^'^\ pour arriver à Paris le lendemain soir à 7 heures. Vingt et une heures pour faire trente lieues, par les «nouvelles diligences! 7) 11 allait s'y occuper de bien des choses (publication des Lettres étltalie, affaires d'administration, etc.), mais il y allait aussi pour demander des lettres de noblesse. L'histoire est curieuse et sera contée en détail (Appendice J).
La malade ayant fait une rechute, l'inspecteur rentra précipitamment à Amiens au commencement de décembre et, lorsqu'il y eut du mieux, repartit pour Paris le 93. Ces précisions sont nécessaires pour bien suivre la Corace.
^*^ Vé^ae Saint-Michel n'existe plus; tude, iorsqu'elleécrivait,ic& octobre 1798 :
die se trouvait derrière le chevet de la ca- te Anniversaire de la naissance de ma fille. . . n
thédraie, h Tendroit (place Saint-Michel) {Mém.,H, qso). C'estM. Faugère qui s'est
oà Ton a érigé ia statue de Pierre TEnnite. trompé en disant ailleurs 7 octobre {Mém,,
— Madame Taiilet, petite-fille d'Eudora L, a 18, note).
Rolaiid, a bieiî voulu nous donner copie de ^'^ Voir Altnanach de Picardie, i'jS^,
Yacte de baptême, qu'elle possède. — Ma- p. 98 ; — cf. lettre de Roland , du mercredi
dame Roland s'^exprimait donc uvecexacti- 1 A novembre 1781 (ms. Ga/io, fol. 5i).
À ROLAND, À SENS<"
Mercredi [3 janvier 1781, — de Paris].
In Parigi , la matina del mercoledi tre J . . . [déchirure du paptei*].
Quanto temo, miobene, che tu sia raffreddato! Sei partito con sembicnza già d'esserlo. Non posso dire quel ch'io soffro nel pensare che sei maie e lontano. M'ai lasciato mestissima, ed a ciô concorreva 1 inîo stato; da poco che fui andato, ho creduto svenire, mi sentiva deboHssima e col cuore ammalato. Ho bevuto acqua calda col zucchero, non ho mangiato che la sera, un pochissimo, e vado bene attualmente. Non era niente ch' una digestione cattiva; l'ultima notte, tranquilla assai, a rimesso tutto neir ordine. Non pigliar inquietudine, doice amico, non ti ascondo niente; sono bene adesso, non mi fa tormento che l'incertezza dell' essere tuo. H mio lavoro non fù ieri grande, ho fatto quattro lettere, due ad Amiens, una al zio mio'l canonicoW, al quale dico qualche cosa dell' atto ad avère del notajo; l'altra a Tabbate di Villafranca^ . [Ho] veduto* nella mattina quel benedetto ch' avea l'altro giorno recato la lettera dal nostro fratello; glielo detto con dolcezza, ma chiaramente pure, questo ch'io pensava dal suo poco di cura. Fece '1 suo possibile ad escusarsi, ciarlô gran tempo d'una
(*) Ms. 6339, fol. 33i-33s. La date de ceUe lettre est déterniinëe : i* parce que Roland nou8[a|)prend(ms. 6s/i3 , foi. As v*) qu'il fut envoyé à Sens pour une inspection temporaire en décembre 1780 et janvier
îjSî ; a' parce que l'initiale J ne
peut désigner, en italien , que jennaio (janvier) ou jutiio (juin), que Madame Roland aurait dû d'ailleurs écrire gennaio ou gtugfio; mais son italien est très incon*ect. Or, on ne peut songer à juin, et d'autre part l'année 1781 est la seule, des années aux-
quelles cette lettre pourrait se rapporter, où le 3 janvier tombe un mercredi. Roland avait dû quitter Paris le lundi i*' janvier à 1 1 b. i/â du soir et arriver à Sens dans la soirée du s janvier {État général du service des diligences , 1789, in-8% Oriéans,p. i63). Nous avons (Papiers Roland, ms. 953s, fol. i33-i33) une lettre de lui à son éditeur Panckoucke, datée de Sens, 3 janvier 1781.
^*^ I^ cbanoine Bimont.
^') Le cbanoine Dominique Roland.
èon, poi d*una allra; non è un dottore, beiichè sia professore; rredo ch' avrà preso ili me idea buona.
Non ho ricevuto nuove aleiine, ma la sera è venuto signer Moutard''^ a viisitare in ceremonia, facendo scusa di non aver ancora inviato gli eseniplari di m\ alcuna parte non avea, dicea efjlî, potuto ragunare, ma proïneltendolo di mandarli vcneiMlî. Ho fallu fosservazione clie sappi : lia rammentato et delto si. Mi sconlava del sif^nor Miot ch'è venuto anche a ve<lerci; la sua moglie o radreddata; anderô a %cderla; ma non sarà subito. Uscirô oggi solamente per aspirar dolcémente l'aria al giardino del R<>; sono un poco debole.
I libri sono recati dal sg. Visse (^'; furono quà dopo tn niia lettera chiudata [sic). Idol mio, raro ronsoHe, sogno a le, pcosi a me rhe t'amo si leneramenle* Il niio fratello'^' mi prega d'ofl'crirli mille cose et uiille ch'indovinerai,
Addio, non sono da troppo buon' ora uî^cila dal leUu; voglio inviarti quel bniletto («i*î).
FeHce egli ! Ti vederà; ed io. - .
Bacio ti di niore, aspetto frettolosa le lue nuove; o dioî comc è lungo '1 teui[»o che senza te se ne val
Sîg- di Villei-s^è nella grande città; giavc, austero sempre, non ha solamente detto la sua dimora al sud amico che fu alla di hii incontra.
*' Libraire de T Académie des scieoces* [1 éditait les ArU de Roland (ms. 63^3, M, *)t\) , mah îl y avail dos dilljciilU% avec lui ( i^tr/. » fal. l'i^), — Il denjeiiitiit ru o des Matlmrins (Àlm, de Pariât 1785, p. 129).
■■' Li bruire, «idiloiir des LeUtT.% d' Italie j de Rolaod, dont mille diUicullésrdîJrduient la (lublicatioa. Il demeurait rue de la Harpe.
'^' Laoth^nas. — Voir noie de la ÎL'tlre 5 H Appendice L.
*^ Cbaries-Joseidi Deviffers ou de Vilfcw* né h Rennes le a/i juillet 171/i, rnoi1
à Lyon le 3 janvier 1810, membre de V Académie de Lyciu (i^iii), et professc^ui* de physique dans cette ville, on Lmllierins avait suivi ses cours enire 1777 et 1780, et on Madauie lloland elle-mt^me avait t\A le connaître torscprelie y s<^joitrna en septembre 1780, 11 faisait a loi*s imprimer h Paris un ouvrag-e sur la Théorie de Vacide phoapitorifftie (Dumas, Hini. de l*Acmlêntic di* Lifon j K 3 08). — V. sur lui Je ùtlaloij-ue deji Lyonntiis dignes de mémoire et Biop\ imiverisclie. On le retrouvera daos la suite de In Correspondance,
Non rassomi^r a te, te sensibiie, aperto, amando. 0 1 che sei anche amatol Âddio, son tutta di te, baronceilo !
À. ROLAND, k AMIENS (>^
98 janfier 1781, — de Roaen.
Je m'empresse, mon cher et bon ami, de te donner de mes nouvelles le plus tôt qu'il m'est possible , j'attends des tiennes avec une vive impatience et je désire qu'elles soient aussi bonnes que celles que j'ai à te communiquer. Je suis arrivée bien portante, quoique un peu fatiguée, mais beaucoup moins cependant qu'il n'aurait semblé que je dusse l'être et que tu crois peut-être que je l'aie été. La voiture m'a paru beaucoup plus douce que celle qui nous ramena de Lyon; elle était remplie de gens honnêtes, et de bonnes gens, qui ont été aussi complaisants, aussi attentifs et obligeants qu'il soit possible; le grand air et l'agitation ont singulièrement diminué la fréquence des petits accidents qui m'avaient incommodée précédemment. Taî trouvé au bureau les deux amies qui m'attendaient depuis plus d'une heure avec l'empressement que tu leur connais pour tout ce qui t'intéresse et qui m'ont accueillie avec une satisfaction qui n'a rien d'équivoque. M. Baillière'^J s'est rencontré à l'arrivée, ainsi que M. Justamont^*', avec lesquels nous avons passé la soirée. On a demandé de tes nouvelles comme tu peux le penser, et l'on souhaiterait beaucoup que tu fusses aussi dans ce pays, dont je ne te dirai rien parce que je ne l'ai guère vu, et parce que les personnes ou les choses dont j'ai à l'entretenir nous importent davantage. En s'informant de toi on m'a beaucoup parlé de
(') Ms. 6s38, fol. i3a-i3i. UysujSo <*> Sur M. Baillière de Laisement, chimiste
aa manuscrit, mais c'est un lapsus. Ma- ronennais (1739-1800), voir Appendice D,
dame Roland n*ëtait pas mariée en janvier «rLes amis de Rouen, de Dieppe, et les
1780 et on va voir que son voyagea Rouen Lettres d'Italien, est bien de janvier 1781 . ^'^ Sur M. Juslamont , voir Appendice D.
les LeUretÊ <tftalie^^\ et ce qu'on a laissé échapper à ce sujet ne me paraît pas sans conséquence; je ne sais par quelle voie il se serait répiindu des exemplaires de ces lettres, mais je crois évident qu'il en est sorti quelques-uns; on m'a demandé pourquoi cet ouvrage n'était pas encore publié, on s'est étonné qu'il ne panU pas encore, on a témoigné de rimpatience et Ton a dit assez clairement, ou du moins il m'a paru résulter des expressions que Ton enq>loyait, que si tu tardais beaucoup encore à les puliiicr, lu pourrais bien te trouver prévenu par quelques gens expéditils dimt la contrefaclion te préparerait un mécompte fort désagréable à tous égards, J*ai été frappée de ceci parce que je sens mieux que personne les raisons de regretter un pareil événement* Je n'ai rien appris de pbis positif, mais j'ai [rouvé qu il y en avait assez pour me bâter de favertir, afin que tu fasses ce que tu jugeras être le plus convenable.
L'Anglais ^^J est disposé à contribuer de tout son pouvoir à rétudc que je me propose de faire de sa langue; nous devons nous en occuper les soirs, temps auquel il vient ordinaireuuHit dans cette maison, J'ûbservais aujaurd'liui à fuue de ces demoiselles quelles étaient mes intentions sur l'emploi de son temps en ma faveur et fespérance que j^'avais qu'elles me donneraient le moyen de le reconnaître avec le ménagement et l*lionnêleté dus à uu homme de mérite qui n'était point fait pour enseigner au même titre que tant d'autres; on m'a répondu à ce sujet d'une manière qui ne me satisfait pas entièrement, mais enfin je trouverai bien quelque moyen; j'ai parlé aussi de Tlieure, que je jugeais être celle de la société pour ces dames, plutôt que celle de l'étude pour moi; on m'a dit que TAnglais n'avait plus que celle-là dont il pût disposer, Je fei^i de mon mieux, je travaillerai beaucoup seule le matin dans mon appartement, qui est à mon regret celui de famée dont le déplacement me fâche beaucoup, et je ticherai de ne >iût perdre de temps.
W L'iiopreadon des Lettres d'Italie se fm%êii k Dieppe, che* rimprimeur Dubuc, fwr les soins des frère» Cousin , aiais k tra^
vers mille traverses. — Voir Appendice D. **J II ressort de celte lettre et de ta suivante que (tT Anglaise est M. Justaioont,
Je suis chargée de mille et mille amitiés pour toi. On a trouvé fort plaisante ta lettre de change dont j'étais la marchandise, et on Faccepte de grand cœur.
Je t'aime et t'embrasse bien tendrement; écris-moi, ménage-toi et souviens-toi pour cela de moi qui m'inquiète de tes embarras et qui souffre de ne point les partager.
P. S. Depuis ma lettre écrite et fermée, j'ai revu M. Justamont. Je l'ai mis de nouveau sur le chapitre d'hier; il m'a assurée qu'indépendamment des exemplaires de tes lettres envoyés à MM. les Intendants du commerce et dans ta famille, il y en avait dans d'autres mains, et que certainement on ferait une édition si la tienne tardait à paraître. Fais tes diligences et agis d'après cela.
J'ai la tête un peu fatiguée et j'ai grand besoin de t'écrire à loisir dans l'effusion de mon cœur. Adieu, je t'embrasse de nouveau et suis toute à toi.
k ROLAND, À AMIENS ^^^.
28 (?) janvier 1781, — de Rouen.
Tu as su, mon bon ami, mon heureuse arrivée dans cette ville, et j'ai pu, sans inconvénient, attendre que la fatigue et l'étourdissement du voyage commençassent à se dissiper pour m'entretenir avec toi. Mieux que je n'aurais espéré l'être en arrivant, quant à la santé, je n'étais pas encore aussi bien qu'il aurait été possible, et c'est à présent seulement que je suis en droit de te donner à cet égard toutes les assurances nécessaires à ta satisfaction. Aussi je ne me donne pas le temps de recevoir ta lettre, dont j'ai cependant le plus grand besoin, pour te faire part de ce qui me concerne.
^'^ Ms. 9533» fol. 69-70. — La date compai'cr celle leUrc avec la prëc(fdenle pour du 38 ne peul être qu'une distraction de voir qu'elle est posttirieure d'un ou de deux plume de Madame Roland, car il suffit de jours.
\\$m\l itiutilc (le lo dire avec quels soins oblijfcanU et leuJres nos amie^ chercliont à me procurer tout ce qui peut m'élre agréable, si je ne b; le disais beaucoup moins pour rendre témoignage à leur amitié pour loi, qui t^est si bien connue, que pour le plaisir de t'cxprimer ce ijiii me tuuclie si vivemeni.
Je les trouve sensibles nuianl que mon conir pouvait le ilesirer,
ff fouaaissaut et l'aimant, comnie il nie ]*laît que te connaissent et
taimeul ceux avec qui je suis, siugulièrenieul attentives et me laissant
avec cela une liberté qui complète tout ragrément dont on peut jouir
cbeî elles-
Il y a trop peu de temps encore que je suis ici pour avoir fléjj\ sorti; d'ailleurs je suis beaucoup plus pressée de jouir paisiblement des charmes de ramitié que de parcourir la ville pour examiner ce que je trouverai bien le moment de voir*
Nous avons presque tous les soirs MM, lîaillière, Justaraont, et quelques autres personnes; il a été question de toi, on s est informé de tes nouvelles avec le plus vif empressement et Ton m'a demandé, à plusieurs fois, avec chaleur, ipiand on verrait paraître tes Lettres iltalie, de Simm^ etc. Après diverses questions relatives à ce sujet, on m'a dit, comme un avis qui me paraît important et me donne de Finquiélude, qu'on connaissait une personne qui se proposait d'en faire une édition, persuadée que la tienne ne serait pas sitôt publiée. Je fus surprise, comme tu peux le penser; je questionnai, à mon tour, et ne pus rien voir autre, sinon qu'il s'est répandu «pielqaes exemplaires de ton ouvrage, indépendamment de ceux que tu avais remisa MM, les Intendaiils du commerce et envoyés à ta famille.
Comment et par qui cela s'est-il fait? Je n'y entends rien et n'en sais pas un mal, mais le fait me paraît évident et demande de ta part la plus grande diligence. Je me hâte de te le communiquer afin que tu puisses agir comme tu le jugeras convenable*
J ai peu travaillé encore : il laut s établir dans un endroit avant de }H)uvr>rr donner un ordre bien entendu à ses occupations; jai goûté du felice far niente; mais je vais sérieusement me mettre à fanglais.
M. Justamont m'a trouvée un peu plus avancée qu'il n'imaginait que j'étais : il m'avait donné des cahiers de premières leçons et il a été tout étonné de me voir expliquer couramment des lettres, assez faciles, qu'il avait apportées.
Mon séjour dans cette ville n'est pas trop un secret : tu as été reconnu, en me conduisant à la voiture, par un de ceux qui allaient y monter, et qui vit bien qui j'étais; mais une de nos amies, à laquelle on en parlait, a dit nettement que je voulais garder l'incognito et ne point faire ni recevoir de visites pendant quelque temps. Ainsi ma tranquillité, mes petites études ne seront interrompues que lorsqu'il me plaira.
J'ai écrit à M^*^ Desportes; le fidèle Achate aura, par ce moyen » des nouvelles assez promptes; mais je n'ai pu y joindre des tiennes. Je les attends bien impatiemment et j'ai grande envie de te savoir un peu délivré des tracas que je voudrais partager.
Les voyageurs grecs^^^ sont à Rome; on dit que le mariage de la fille A'Aristote est rompu, ce qui ne plaira pas à ce philosophe; on dit encore mille petites nouvelles dont nous causerons une autre fois. Adieu, mon cher et digne ami, mio dolce sposo, t'abbraccio di cuore.
(^) Roland, pendant ses années de jeunesse à Rouen (175^-1764), avait formé, avec quelques amis, une sorte de cénacle où chacun avait un surnom grec; le sien était Thaïes, Cousin -Despréaux s^appelail PlaUm, etc. . . Ces désignations reviennent souvent dans la Correspondance. Un écrit de Roland («rAux sœurs de Gléobuline»), qui se trouve aux papiers Roland, ms.
953a, fol. Sho-Sàb, en donne la clef, daprès laquelle Aristote aurait désigné M. d'Ornay et Pyikagore Michel Cousin.
Mais cet écrit date de 1778, et il semble qu'en 1781 le nom A' Aristote aurait passé
à Michel Cousm, le finàre de Platon, Quant aux tr voyageurs Grecs «, il .3embk, en rapprochant ce passage d*nn autre de la lettre suivante , que ce soient des personnefl de la famille de M. d'Omay, du nom de rrGroun, ou plutôt de (rOuéroulin (Madame Roland e^ropiant h chaque instant les noms propres). Dans le document de 1 773 que nous venons de citer, un «rM. Guéroult, de Rouen n , est inscrit avec le surnom de Zenon. 11 y avait beaucoup de Guérooit à Rouen; on en compte douze ou quinze, la plupart commerçants ou manufacturiers , dans le Tableau de Rouen de 1777.
A ROLAND, À AMIENS '"
8 février 178*1 — de Rouen.
Eh bicm! mon lenilre ami, lues toujours au milieu des Iracas; tandis que liieu Iranqiiille chez les amies que tu m'as données, je suis enviroiinéi^ de personnes qui s'empressent à me témoigner Fint^rét le plus flatteur, seul, éloigné de moi, lu te livres dans le jour à des soins peu i*elalifs à les goûts; puis, seul encore au marnent de la retraite, tu vas chercher tristeraenl un repos nécessaire, que les douces caresses de raiiûtié ne t'ont pas préparé. Tiens, mon ami, dépAclii^-loi de terminer les arrangements indispensables et reviens prnnîplement nous réunir; tout ce que ma situation peut avoir dagréable à tout autre égard me rappelle trop vivement que la tienne est diiTérente, et cette idée m'est un tourment. J'ai reçu la petite lettre avec bien de réniotion; tu étais encore inquiet, je le craignais assez; j'espère que le second courrier l'aura tranquillisé. Jal tends présentement d autres nouvelles aussi avidement que les premières; peut-être arriveront-elles aujourd'hui, et je larderai de fermer mon paquet pour y répondre,
Tai eu, lundi au soir, des nouvelles de Dieppe ■'^, par M. Tahhé Burgol^^^ qi'<?je n'ai pas vu, mais qui remit en hîis, en descendanl de la roiiure, deux exemplaires des cinq voL de tes Lettres, et un c^dn'er du 7* voL de Y Histoire de la Grke; comme cet abbé avait dil qu'il reviendrait me voir, j'ai attendu sa visite avant de répondre aux lellresqui étaient contenues dans le paipïpt. Il n'est point encore venu, et je vais
WMs. 9533. fol. 71 73.
^ C'est-à-dire de la famille Cousin. Vaïné f!r8i)ru\ frf*rê§, Mirhel Cousin, t'iait nvoral du roi on I m il liage de Cau\; l'nnire rr*>re, f^oîs Qiosîii-Despr^aiix , aidait m mère, qiii n'oceripait à la An* d un conimerce d*? den- UMf^ H d^iniifiJitMils [RM II la \ukhv càhèvo.
Il ï^crivait en intime temps son lUsioirr. gêné' raie et particulière d" la Grèce, qui coin' rnenrait à pniître.
'^^ [Vous m; savons rien siu' c«t ami des Cousin, que Roland, clans une lettre h sa femme du 3 juin 1786 (ins. 6a io, fol, r!56-*ilji). aji|Mdlei'a 'Tabbé, Biirgos'",
écrire, parce que je ne crois pas devoir mettre plus de délai à témoigner ma sensibilité aux instances remplies d'amitié que me font M% M""*" Despréaux et M. Cousin qui ont écrit tous trois. Je ne puis répondre cependant à la question principale jusqu'à ce que tu m'aies donné des errements, mais il est facile de rejeter l'indécision sur quelques affaires et de répondre aux honnêtetés. La lettre du frère est aussi singulière, aussi plaisante que lui-même; beaucoup de petits vers italiens, d'épigrammes sur le petit bétail y de français italianisé, des compliments, etc.; il demande s'il peut continuer de travailler à la partie de la musique du ô"" vol. dont la moitié est déjà composée; de là, des caractères en souffrance et un peu d'ennui de l'imprimeur; enfin, il prie qu'on ne renvoie plus le manuscrit sans en avoir daté les lettres, pour éviter tout malentendu. Je n'ai pas compris grandchose à ceci, je te le donne pour en tirer meilleur parti. Platon et sa femme me pressent d'aller les voir, t'en prient, etc.; ils m'engagent à déterminer une de nos amies à venir avec moi ; ils ont écrit en même temps à l'aînée; la proposition ne leur a pas déplu; la cadette principalement a témoigné tant d'envie de la partie, au cas qu'elle eût lieu, que l'autre lui a cédé la place. Tu m'écriras ce que j'ai de mieux à faire et s'il ne serait pas convenable que je me chargeasse, délicatement, des frais du voyage'*'; je te jette cette idée comme elle me vient, sans la réfléchir.
M. Le Monnier (^' est venu l'un de ces soirs; je l'ai trouvé d'une figure heureuse, mais annonçant peu d'activité; nous avons causé longtemps, je lui crois l'ouïe un peu dure; il doit me remettre au premier jour les vues de Rome, je m'arrangerai alors pour lui rembourser ses dépenses. J'ai le projet d'aller demain chez M**^ Maleuvre que je n'ai point encore vue : je ne suis sortie que pour la niesse et pour voir, hier matin, tout près d'ici une bibliothèque assez intéressante pour les gravures et
^*^ Et Roland de répondre, le 1 1 février ^'^ Le peintre Anicet-Charles-Gabriei Le-
(ms. 6a4o» fol. 86-87) : ^11 n'y a pas de monnier (17/13-182 4), qui resta un des plus
difficulté, mon amie, que tu doives faire la fidèles amis de Roland. — Voir sur lui
dépense entière eu allant à Dieppe. « l'Appendice D.
éditions rares, chvi tiii particulier où m\i conduite M. BarlHère,
îc une des amies; M. Baillière tedil beauronp de rlioses, désire ex- Irèmeinenl le voir; il vient souvent et paraît aimer assez noire petit cercle. M* Justarnont me fait travailler; nous lisons tous les soirs, bien mais non beaucou|), car il faut le temps de prendre le thé, de causer, de se reposer; les Anglais font tout à i aise. Trois fois la semaine à midi, il me dorme leron de grammaire; les amies prennent intérêt aux leçons, elles tichent de ne point les manquer: toutes deux ont commencé autrefois et ne seraient pas fAchées qu'il leur en restât quelque chose. J'ai des livres anglais phis que je n'en peux lire; je n'ai pas trouvé le moment de jeter les yeuv sur ceux que j'ai apportés, ni même sur notre italien; la tîlche d'anglais (pic j ai à faire et les petites choses de société remplissent mes journées à me les ftiire trouver bien rapides, si je ne sentais continuellement que tu me manques. \U Baillière m'a donné le petit ouvrage quH t'avait promis; c'est une tradoelion de l'anglais d'une description du mangostan et du fruit à pain; il sait aussi l'italien, de même que M, Jusfamont; mais je crois que, pour ceci, ni l'un ni l'autre ne sont guère plus grands docteurs que moi. A propos de docteur, je n'ai point eucoje peigné celui de Sorbonne^'J; j'attends un heureux matin et j'ai souvent le cœur faible en me levant. As-tu reçu des nouvelles de Villefranche? j'en ai du souci. M*^" Desjmrles m'a répondu bien amicalement, bien tendrement; clic avait vu deux fois le fidèle Arfmte, qui avait été d'abord lui donner des nouvelles de notre départ absolu, puis chercher s'il en trouverait de notre arrivée.
Je n'ai point encore rendu de visite à M"^*^ d'Ornay, parce que j'ai voulu laisvHer passer le jour d'un dîner dont sera (aujourd'hui) une de nos amies. M, Grou^^' a été malade à Rome, je ne sais même s'il est bien rétabli; M'"*' d'Ornay rigoore, elle attend les deux voyageurs avant Pâques.
Je demeure tout le jour dans ma chambre où Ton vient déjeuner et
^^ Lftby Dei>h<)iis$a)f?s« — Voîr les leilres soivaQU'i et T Appendice D.
trirmc* lit IvID^me aulaxo. — i.
^'^ Le nom Cîil «liHiciJe iï ïhr- an ins. Gï^sl |iraLjibleiiieut '^GiitToulln. Voir h I^Ur-c i ï.
|lll^klilL«(ft ]l4TtO'^Jll.4,
me voir de temps en temps; mais c'est toujours en haut le lieu de rassemblée du soir; la cadette aime singulièrement à s'y tenir; l'ainée voulait que je ne me déplaçasse point; j'ai cru qu'il était mieux de me rendre où laulre se plaisait d'être. Je te vois dans tous les coins et j'ai bien de l'impatience de t'y embrasser.
As-tu été dans la famille Gannet? Tu voudras bien dire beaucoup de choses pour moi là, et où l'on te parle de ma petite personne. Ecrismoi, mon bon ami; je t'adresse directement, car il m'ennuierait que ma lettre fût longtemps à te parvenir ; j'aime mieux en retarder fenvoi pour répondre à celle que j'attends et qu'elle te soit expédiée ensuite sans retardement. Tout le monde t'aime et me parle de toi sur ce ton; je le trouve bien juste et j'en sais bon gré, pour eux, à ceux qui font ainsi, car tu n'en vaudrais pas moins s'ils ne le faisaient et ils prouveraient seulement alors qu'ils n'auraient pas de sens commun; mais ils ont beau te connaître et t'aimer, ils ne sauraient le faire aussi bien que moi. Mio dolce amico, scrivi mi, dimmiche m'amisempre, clie so{;ni a me; dimmi tutto questo che tu senti, e sarô contenta. Addio; t'abbraccio teneramente ed aspetto le tue nuove corne il mio ristoro.
Le même jour à midi. On a envoyé à la poste pour ma satis&ction; j'étais si pressée d'avoir ta lettre! c'était une envie de femme grosse et puis encore d'une femme. . . tu sais? Je me suis enfermée pour te lire; je t'ai lu, relu, puis lu encore; puis pleuré, Dieu sait! Je ne saurais tenir ma plume : je baise ta lettre! lu l'as touchée, cette feuille où ton cœur se peint, ce cœur si tendre, si honnête, où je me réfugie, où seul je me plais d'exister. Peux-tu présenter au mien des tableaux plus touchants! Mais pourquoi m'ofFrir un moment affreux? Tu es cruel à force de tendresse, tu me navres et m'enivres à la fois. . . Je suis enchantée que tu aies reçu des nouvelles de la famille; dis, exprime tout ce que tu sais que je sens pour elle. Non, mon ami, je n'aurais pas cru ([U il fallût laiU d'esprit pour cela; mais comme j'en voyais assex dans notre communauté dont tu faisais les fonds, sans qu'il en arrivât
que d'aiîlres font si hien, je coiiimeuçais à soupçonner qu'il fallait III moins bien de Fadresse.
On me douillette ati point de ra'cmpéclier trunvrir les fenêtres oo dç porter ma lable, de peur que jVHendissc trop les bras. Va, le charme Taugmenter nos liens et nos jouissances, de te donner ua grige de ma tendresse, de voir imiter les vertus, est le seul qui uie touche; je irempoiâonnerais si je cherchais à le rej^arder comme un dédonimagelent futur de ce que j'estimerais irrépartd)le et decliirani. Je songeais ce matin à M. HoOmaiin^'^; ce n'est pas une petile aiijjmentation d'embarras. Ménage-loi, toi-nn'^me; on me ménage assez. Je iVaibrasse et vais te relire en attendant une autre réponse. M"" Aiaée m'a beaucoup parlé du docteur sur le ton que tu peux Imaginer; plie ne se gêoe point, mais je m'observe un peu.
À ROLAND, À AMIENS'^*
i3 février 1781, au sotr^ — dfi Boucii.
Viens toujours, mon tendre ami, viens à moi quand tu n"es pas sa- Itisfail; qui partagera mieux tes mécontentements? Qui pourra, j'ose
l*' Ceoi^ges-LotiLs-SUinislaf! ïîr^ffmann,
faniilk-! cofiskiënible de Haguenau.
1^36, slallîneisUîr de cette vîHe de
1763 à 1786 « lancé daos de grandes en*
freprisee indnsilrielles el commerciales qui
Tolitigèrent titjidement à dep^f^r mn bilan
mk HêvTÎcr 178a (renseignements fournis
pur IL l'abW Ilanauer, bibliollit^caire de
HagQêiuiu}, $0 livrait à la culture en gnttid
|ib k gmranco et s*occupiiit de Hnlroduire
^duis If» refi»te de la France (v. Inventaire des
iffl. ik la Seine- Inférieure^ Arch. civiles,
C, p. 317, et Tnhle du Moniteur (an 11,
llToi, D* tgi)* U «^^*i*' ^^ ^^^ nombreux
correspondants avec le*ïf|nels Roland ^cbangQmi des renseigiiHiîenls indyslriels. C'est lui t]ui uvail fait contialLre à riiLS|>e<cleur d'Amipos le mëtiej* an^dais pour ffle tricot à ma il i es non^îes» (Die t. des Manu/,, l, 4 a), et Itoliiiid venait d'écrire a sa femme, d'Amiens, le 6 février 1781 (ms* 69^0»
fol 84-85) : nM. Hoffmann est ici; il ne peut [ïas a*y arrêter loiï|][temptï, mais il veut voir et agir couforniémenl à son plioi ; je ne le quitte [jas. J'ai fait a[ïpoi'ler ime mëcaoitjue h 11 1er, c^ qui me remplit ma maison de monde , . . "
li:ttbi:s de madame rolam).
h dire, les adoucir plus effîcaceiiierit, si le plus vif iîitérèl et la plu5 gninde tendresse sont les meUIeurs moyens pour cela ? Tu ne rac diî^ rien de la santé : elle souftVait, sans doute, quelque altération ; hille-iGi de m eu donner d autres nouvelles. Je m attendais bien à cette dernière lettre : je l'envoyai chercher de bonne heure à la poste, afin d'en prendre connaissance avant de conclure les arrangements que j'avais pris sur celle d'hier. Je te dirai d abord, afin de répondre à Ion empressement, que je pars jeudi matin i5, pour Dieppe, avec la secoiifle de nos amies et que je serai de retour lundi. Cette marché ne dérange rien à la tienne et je suis bien aise, dans tous les cas, dVHre de retour ici avant toi, de m'y retrouver toute établie, toute reposée à ton arrivée. Si j'avais consulté le plaisir d'Atrc avec nos deux amies dans la confiance et la liberté, comme j'y suis, si j avais eu égard h ma paresse naturelle, au iiiaiivais temps, etc», je ne me serai pas déplacée; mais je suis près de Dieppe, on m'invite à m'y transporter avec beaucoup d'instances, j'ai bien des petites choses à diïe à M, Despréaux qui lie feiaient qu'un médiocre elFet par écrit, il m annonça les deux exeïnphiires des cinq premiers volumes et je nai trouvé que les quatre premiers de chacun* Je lui ai mandé cette erreur, je n'en ai pai^ de réponse; Tabbé qui remit le paquet en passant n'est point revenu; je \oudrais m assurer si, dans un cas extrême, tu ne serais pas libre de faire passer ton édition à rélranger; je pars, je demeurerai le temps nécessaire et je reviefidrai aussi piomptemenl que les voitures publiques me le perinettronl, lundi, comme je te Tai déjà dit. L'anglais, auquel je ne puis coniplei* avoir donné ipie hin'i. jours de travail, soutlriia un peu de cette absence; mais il est impossible de tout accorder'. Ces rlemoisellcs ont été singulièrement alfcctées de la J'apidilé du temps : je leur avais bien dit que je ne croyais pas rester au delà du mois; mais elles ne pouvaient imaginer que la fin en fût si prochaine : elles me noient à jieine établie chez elles. Je leur dois le témoignage que ces expressions ne soûl pas des lèvres et que les jours m'ont paru à moi-même couler très vite, à tout autre égard qu'au tien. Mais tu me manques, Tidée de ta situation me peine et je suis
rpreittée de le rejoindre; viens donc, silol ijnc tu le jugeras convenable;
. trrange-toi seulement pour t'arrèter ici cjnelques jours de plus; de ccllf* manière, tu nous contenteras tous.
Je puis ditliciienient déterminer une pïéférence pour les voitures, prce (|ue je ne connais pas les chaises de la Messagerie, qui vont en deux jours, et que j'ignore si elles soni plus douces que la posle qui, «Ftin autre cAté, va bien plus vite; j'en ai parlé à ces demoiselles, qui aimeraient mieux la poste, en supposant le choix d'une cimise douce; elle me plairait aussi, parce qu'elle laisse phis de temps; ainsi tu la prendras, à moins que tu ne juges dilleremment des voilures de la Messagerie dont tu peux t'informer; tu trrmveras ici une place pour la chaise de poste, si tu viens p^ir cette voie; ne serait-ce pas quelqu'une (le les connaissances qui le prêterait une chaise? je Fimagine au moins, et le conlmire me paraîtrait bien dispendieux.
Tu as raison, mon bon ami, de tout ce que tu me dis de M'*'' Malcuvre " ; mais, en supposant que mon malaise et ma paresse se soient autorisés des observations de nos amies sur certains jours où elles ont pensé que ma visite dérangerait cette respectable fille, i[ue
[ j^étais résolue d'aller voir, crois-tu que je ne m'en sois pas déjà repentie et que le re()rucbe de mon cœur ne soit pas sullisant? Le tien m*a vÎTenient touchée; mais je t'avais pré\emi. Au reste, je pense que cette hooijéte personne n'a rien trouvé chez moi qui ne lui retraçât ton estime et tes égards; va, lorsqu'elle n'y aurait pas des droits particuliers, le litre d'îiilortunée suflirait pour obtenir les miens.
Il n'y a pas eu un beau jour depuis que je suis dans cette ville; sûuvent les pluies étaient très foiies et les ouragans violents; je n'ai été qu'une fois un peu loin : c'est-à-dire, sur le pont, à la Bourse et
^'' H seiiible cjue M'" Maleiivre fût oiie
Bt0 pBUWTC fJe« clemokeiteK MaloHte , et
nUdnetit une coulunèrtî ; Madame Ro-
bûd, dtmn h leiirv pi-àrdtleiile , s^excusiiit
éênejmB l'avoir encore vue, et Roland lui
I écrit, le 1 1 février : '^ Je suis ladite (]iie Ly
me^ tant attendu pour aller chez M"^ Mal- *?uvre.,, ; je la ronnal^ depuis loiiglinnps; elle est malh«?iireuse : j\ii tmijotrrs e\\ [Jour elle des t^giirds, qu'elle mérite* et ijur tu ni*obtigera« de partager.., ^ (lus, <j-i/io, fol 8O-87).
daQsIes enviions, le jour que je fus voir M"'- Maleuvre. Dimanclie, nous avons été à Sainl-Ouen ; j\ii passé devant la porte de M. Descamp'*^ et mes souvenirs y uni fait hommage en secreL
Je ne pense pas qu'il faille répondre bien pronipteinent à la petite lettre du frère : tu lui diras tout ce que lu voudras pour moi ; quoiqu'il en soit de son pouls, pour me servir de ton expression, j*aime à voir qu'il ne craigne point que tu le juges. J'ai envoyé ta lettre à M. de Couronne f^^^ après Tavoir lue avec beaucoup de plaisir; je suis sûre que le docteur se mordra les lèvres en la lisant, et qu'il tâchera d'y trouver de quoi appuyer son jugement sur la sensibilité, la Gerté de ton âme, ton stjle décisif; et ce sera faute de pis; mais ses efforts seront ceux d'un enfant dépité, et je crois que M. de Couronne y comprendra quelque chose. Cette lettre prépare admirablement le dénouement et reviendra à leur esprit dans roccasion. J'ai mis, l'autre jour, assez adroitement M. Baillière sur le compte de ces deux amis ; il juge bien le docteur, et conséquemment nen fait pas trop d'estime; c'est un phrasier (ce sont ses termes) qui ne fora jamais que des projets ridiculement vantés par M. de Couronne, son aveugle admirateur, qui ne fait pas preuve de discernement en Texaltant aussi haut. Il ajouta que l'abbé serait fort heureux de mourir avant le secrétaire, pour avoir UQ bel éloge académique : et vice versa. Cela n'est-il pas plaisant? Je n*aî rien dit de M. d'Ambourney. parce que j'ai su qu'il était lié fort étroitement avec M. Baillière. Nos amies prétendent que celui-ci vient plus souvent depuis que je suis cliez elles. Ou désirerait extrêmement Atre assuré du jour de ton arrivée, parce qu'on voudrait réunir quelques amis et qu'il faut s'y prendre de loin pour inviter son monde dans un temps où chacun est engagé. J'ai répondu ce que je devais à ce projet, auquel on met beaucoup d'intérêt. Je t'écris le soir, parce qu'il m'arrive souvent de vomir en m'é veillant et que cela ne me dispose pas hou-
ï*ï Probablement J.-B. Descamps (l7o6-' ^ 79 0 ^ fumljileur ( i yào) el direcleur île l'école fjratuï If* dépeint iipr ri de dessin de R^ttron*
^*' Sur M. de Coiironne et son ami Ynhhé
Deslimissayes, ^^le doctnurv, ainsi qne sur M. Dandiourney, avec lesquels Rùland était en didienltf^fi au sijjei de certaioes dt^ronver-les de chimie industrielle, voir App. D.
Éenieat à rien faire Je bien. J'avais fait depuis peu une Epître :m docteur; je Tai trouvée plate, elle est au feu sans rémission, faitoujottru besoin de manger^ et il in*est très pénible dVn faire les frais, parce que tout me dégoûte; je mis comme les ùimmix qui recammmceni à chaque mêUmt, et je neti prends guère plus queux à la fois. M, Groani * , sa matière éleciriijue et ses ou\rages ne sont pas connus de M, jiisltiniont, qui le dit d'aiHeuis mille choses honnêtes. Nous n'avons fait encore que repasser les premiers principes et lire im peu ensemble ; je lis beaucoup dans mon particulier; j'ai d'aujourd'hui un ouvrage plus didicile *|ue les précédents; nous nous mettrions incessamment à la poésie, si je ne m'absentais pas. Je fais de mon mieux, je n'en sais guère par coniparaison à ce qui me reste à apprendre ; mais je serai lort en état de ' travailler seule.
M. d'Ornay vient de m'inlerrompre, c'est pour la seconde visite; je lui en rendrai une demain, afin de ne point m'en aller sans hii f;dre celle honnêteté; mais, en vérité, les jours fuient comme Tombre, à peine a-t-on le temps de se reconnaître.
M, Le Monnîer est revenu l'un de ces soirs ; il ne m'a point apporté les vues, parce qu'il attend quelqu'un à qui il a promis de les montrer; il m'en a fait des excuses que j'ai agréées aussi honnêtement qu elles élaienl présentées.
Écris-moi, mon ami, que je trouve ta lettre en arrivant ici. Je taime et t'embrasse bien leod rement. J'entends notre maître d'anglais : je dis rwlre^ car les amies veulent apprendre aussi. Addio, idol mio, sia contento; aspetto una lettera che ti facciîi vedere ad io più liclo; non sai quanto mi fa il esserc tuo mestol Venga dalla tua arnica che t'apre il suo seno ; addio !
Je l'écrirai un mot en arrivant à Dieppe, pour l'informer du voyage. Mille choses à tes voisins, etc.
<*' Sic, li 8*agit évideinroeat de ce «rdocirttr Graham. si fameux [lar son til dec« tricpe, par «ses bains de teri'e, par sou
pylliafj-arëisme, etc. ,« rloot parle longuement Brissoldans ses Mémoires (U, p. a 33 el suiv.V
À ROLAND, À AMIENS^''
i5 février au soir, jeudi [1781], — de Dieppe.
Nous sommes parties ce matin, mon tendre ami, par un temps affreux, qui est devenu un peu plus supportable avant midi. La voiture ma causé un peu de malaise, sans ajouter beaucoup à mes indispositions ; j'éprouve même que le grand air et le mouvement me sont assez salutaires. J'ai bien dîné, je ne me sens point trop fatiguée, tout ira bien. Nous avons trouvé toute la famille, frères, femmes, enfants, cousiues, etc., qui venaient à notre rencontre avec l'empressement et la bonne amitié que tu leur connais pour toi ; nous avons mangé tous ensemble et nous sommes allés voir la mer, qui était assez agitée ; ce spectacle imposant frappe et attache à la fois très vivement ; je Tai considéré avec intérêt malgré le vent et la pluie qui étaient considérables; et j'ai vu sur la jetée, avec un plaisir d'une autre espèce, le (ils de ce fameux brave homme dont il a tant été question. Tu peux penser que nous nous sommes beaucoup entretenus de toi, et de la part des amis particulièrement avec une vénération, une sensibilité également grandes. M. Despréaux, touché de plusieurs de tes lettres, s'est excusé des disgrâces survenues dans l'affaire de l'impression, d'une manière détaillée que je te rendrai mieux de bouche que par écrit. J'ai été chez Dubuc'^^ qui me paraît un personnage fort simple, ignorant même les lois de la librairie ; il te livrerait ton édition, si tu voulais la prendre ; je crois même qu'il lui ferait plaisir de s'en débarrasser. Peut-être, dans le cas de la publication, s'exposerait-il aux réprimandes, vu l'état des choses; mais il ne s'en doute pas et serait homme, je
^*) Ms. 6938, fol. iSg-i&o. — L*année s'imprimaient en même temps les Lettrée
n'est pas indiquée, mais c'est bien en 1781 d'Italie, de Roland, — avant que la (tennis-
que le 1 5 février tombe un jeudi. sion eût été accordée — et V Histoire de la
^*^ L'imprimeur de Dieppe, chez qui Grèce, de Cousin-Despréaux.